« La solution réside dans un investissement ciblé »

Dr. René Yatcho Nyaben, économiste du développement.

Le Cameroun met en œuvre depuis quelques années la politique d’import- substitution dont l’un des piliers est le renforcement de la production locale, la réduction de la dépendance aux importa­ tions, etc. Quelle appréciation faites-vous de sa mise en œuvre ? La politique d’industrialisation par substitution d’importations, axe central de la Stratégie na­ tionale de développement (SND30), ambitionne de restructurer le tissu productif local en rem­ plaçant progressivement les biens de consom­ mation courante, puis les intrants industriels et les biens d'équipement. Si ce virage doctrinal est indispensable pour rompre avec un modèle extraverti, sa mise en œuvre opérationnelle accuse des lenteurs structurelles. Le déficit commercial s’est d'ailleurs creusé pour atteindre plus de 2 145 milliards de F en 2025, avec un taux de couverture qui peine à se stabiliser au­ tour de 59 %. Ce déséquilibre persistant s'ex­ plique par l'importation massive et continue de produits basiques que le Cameroun a pourtant le potentiel écologique, agricole ou technique de générer sur son propre sol. A eux seuls, les achats extérieurs de céréales ont frôlé les 467 milliards de F en 2025, dont près de 269 milliards de F pour le riz, alors que des bassins rizicoles nationaux (comme ceux de la Semry ou de l'Unvda) ne demandent qu'une moderni­ sation technologique et logistique pour monter en charge. De nombreuses contraintes, à l’instar de l’insuffisance des semences, des finance­ ments, l’accès à la terre, entre autres plom­ bent cette vision de l’Etat. Comment les lever définitivement ? Les goulots d’étranglement fonciers, financiers ou techniques identifiés hypothèquent struc­ turellement la transition vers une économie productive et articulée. Pour que l’agriculture camerounaise devienne le carburant de l’im­ port-substitution, elle doit simultanément fournir des denrées alimentaires accessibles, libérer des matières premières pour l'agro-industrie naissante et générer les devises indispensables aux investissements de pointe. La superposition complexe du droit coutumier et du droit positif crée une insécurité juridique qui décourage l'investissement de long terme et bloque l'accès à la terre pour les jeunes agri­ preneurs. Il devient impératif de moderniser le cadre cadastral pour garantir des titres d'ex­ ploitation sécurisés, tout en limitant l'accapa­ rement spéculatif des terres arables par des élites urbaines absentes, redonnant ainsi aux communautés locales la maîtrise de leur destin productif. Enfin, l’équation financière du monde rural appelle des réponses en rupture avec les schémas bancaires classiques, inadaptés au profil de risque agricole. Les conséquences de ces facteurs négatifs se répercutent sur certains produits de grande consommation à l’instar du riz pour lequel le gap se situe à plus de 400 000 tonnes. Quelles solutions peut-on mettre en place pour résoudre ce problème ? Le creusement de ce déficit révèle les déséqui­ libres résultant d'une spécialisation agricole extravertie. En intégrant historiquement notre appareil productif aux circuits commerciaux mondiaux, nous avons fragilisé nos écosystèmes locaux au profit de flux d’importation massifs. Cette extraversion a favorisé l’ancrage de circuits spéculatifs exogènes au détriment de la sou­ veraineté vivrière. La solution réside dans un investissement ciblé visant la transition d'une agriculture de subsistance à faible productivité vers une agriculture de précision intensive. Il est indispensable de recapitaliser techniquement les unités de production ...

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