L’action ou le chaos

Editorial
Marie-Claire NNANA | 27-09-2016 13:14

Exit New York 2016. Exit la 71e Assemblée générale des Nations unies. Sans aucun doute, cet événement fera date. Pas seulement du fait du grand ballet annuel des dirigeants du monde qui s’y est déroulé une fois encore. Mais aussi parce que les deux maîtres des lieux, Barack Obama, président des Etats-Unis d’Amérique, et Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, arrivent chacun à la fin d’un double bail. Dans un environnement mondial particulièrement instable, trouble et quasi délétère. Au vu d’un tel contexte et au vu du poids politique du pays et de l’institution que ces deux hommes dirigent, la tentation était grande d’y esquisser un bilan de leur action politique. Ont-ils fait preuve de leadership ? Ont-ils essaimé des idées neuves et porteuses, préparé les conditions d’un retour à l’ordre et à la paix globale ? Curieusement, les médias du monde se sont abstenus de transformer la 71e Assemblée générale de l’ONU en une session-bilan des deux leaders. Par pudeur ? Tant mieux, cela n’arrive pas si souvent …

Pourtant, la singularité de cette session onusienne ne s’arrête pas là. En effet, la probabilité existe que ces deux leaders soient tous deux remplacés à leur poste si stratégique par des femmes. Ce qui constituerait une grande première dans l’un et l’autre cas. Il serait alors particulièrement intéressant pour le village planétaire, d’observer l’apport de ces pionnières à la gestion du monde, à l’ère de la terreur, du dérèglement économique et climatique, et des vagues migratoires sans précédent enclenchées par les guerres et la pauvreté, qui ont fini par installer la question des réfugiés aux premières loges de l’agenda politique mondial. Un héritage fort lourd, convenons-en. Mais nous n’en sommes pas là. Pas encore… Même si nous pressentons que le monde se trouve à la croisée des chemins.

On peut donc se réjouir que la relative discipline des médias ait projeté la lumière sur les problématiques que le président de l’Assemblée générale avait identifiées lui-même,  notamment le débat sur les objectifs du développement durable (ODD), et la question ô combien brûlante des réfugiés. Sur ces sujets majeurs, le président de la République du Cameroun avait une triple légitimité quant à sa prise de parole.

Il se présentait en premier lieu devant la tribune de la 71e Assemblée générale drapé de son manteau de leader expérimenté et écouté, pragmatique et efficace dans la gestion des affaires politiques. Son aura de sage est d’autant plus recherchée que le Cameroun, pays on ne peut plus complexe de par ses composantes humaines et culturelles, demeure un havre de stabilité dans une région compulsivement agitée. Et de fait, en dépit de la blessure encore vive de Boko Haram et de nos centaines de morts, l’expérience camerounaise est toujours pour le monde un donner à penser. Mieux : malgré ses propres turpitudes internes et la baisse drastique des prix du pétrole et de certaines matières premières, l’économie du Cameroun fait montre d’une rare résilience, en se maintenant à une croissance du PIB proche de 6 %.

En second lieu, sur la question des réfugiés, le Cameroun ne pouvait que faire entendre sa voix dans ce type de sommet où la proclamation des grands principes fait souvent florès, au détriment des actes concrets de solidarité. Ainsi, alors que nous assistons quotidiennement au spectacle déshumanisant de pays développés barricadés dans leur trop-plein, renvoyant les hordes de migrants à leur misère, l’hospitalité légendaire du Cameroun permet à 350 000 réfugiés de se reconstruire sur son sol, en attendant des jours meilleurs. En dépit de la menace des groupes terroristes qui reste, le long des frontières avec la Centrafrique et avec le Nigeria, un aiguillon permanent, le Cameroun assume sans états d’âme ses responsabilités internationales.

Enfin, quant aux objectifs de développement durable, qui intègrent le combat des gouvernements contre le sous-développement humain et économique, les changements climatiques autant que les efforts pour la construction de l’Etat de droit et la préservation de la planète, patrimoine commun, le premier Camerounais était fondé à partager avec ses pairs et avec le monde entier, la méthode camerounaise. Et surtout les leçons qu’il en tire afin d’irriguer la réflexion commune pour bâtir un autre monde. Un monde durable.

Comment camper en peu de mots la vision du président de la République pour construire ce monde plus solidaire et plus humain que l’Agenda 2030 des Nations unies entend promouvoir ? Nous pouvons user d’une formule schématisée sous la forme d’un triptyque : Vouloir. Agir. Se serrer les coudes. Agir étant entendu ici comme le fait de rassembler concrètement les financements nécessaires et d’organiser efficacement l’action par la suite.

Néanmoins, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les motivations des hautes autorités onusiennes en suscitant ce débat passionnant et passionné autour de la route des ODD. A l’observation, ce séduisant programme en 17 objectifs pose un véritable problème d’applicabilité. Des résolutions similaires prises dans le passé n’ont pas été suivies d’effet, rappelle le président du Cameroun. Quelles garanties dès lors que la route vers 2030 soit pavée de succès aujourd’hui ? Si les pays les plus pauvres se présentent plus volontiers comme les plus concernés et les plus mobilisés, sans surprise parce que la pauvreté et les inégalités y sont les plus poignantes, les pays riches montreront-ils le même engagement sans un instrument coercitif autre que l’exigence morale ? On peut en douter. On peut aussi faire remarquer que l’Assemblée générale des Nations unies n’ayant pas un pouvoir de décision, la volonté commune d’avancer, si elle est actée, doit être relayée dans des cadres institutionnels plus restreints et plus décisifs tels que le G8 ou le G20. Dans le cas contraire, le monde se contenterait pour longtemps encore de belles déclarations d’intention. Sans passage à l’action.

La conséquence serait dramatique, et nous serions tous perdants. La pauvreté ne reculerait pas, la planète suffoquerait sous la chaleur, les conflits sanglants et le terrorisme gagneraient plus de terrain, les réfugiés tenteraient plus que jamais de forcer les portes blindées du monde riche, encore et encore, au péril de leur vie, pour y trouver un asile, ou pour y semer la terreur. Ce manque d’engagement collectif, dicté par l’égoïsme, l’indifférence ou l’absence de lucidité entraînerait clairement la décadence des valeurs et celle des acquis de toute la civilisation.

Et quand nous résumons la pensée de Paul Biya en ce dilemme, l’action ou le chaos, nous exagérons à peine…

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