L ‘unité n’est pas négociable

Editorial
Marie-Claire NNANA | 03-01-2017 11:08

Jamais message présidentiel n’aura autant nourri les impatiences. Il faut dire que depuis les incertitudes nées des deux cadres de concertation créés entre les   avocats et enseignants grévistes anglophones et le gouvernement, cette prise de parole du premier Camerounais était publiquement souhaitée, en particulier dans le camp même des grévistes. Comme si les mots du chef de l’Etat contribuaient à renouer les fils de ce dialogue difficile. Cela fut-il le cas ? Il est trop tôt pour l’affirmer. On ne peut raisonnablement en juger qu’au constat d’un assouplissement à venir des positions jusqu’ici tranchées. On ne saurait oublier non plus ceux des Camerounais qui s’interrogeaient sur la situation économique. Il n’y aura pas de dévaluation du franc CFA, soit. Mais quelle forme revêtiront les ajustements que les Etats de la CEMAC se sont engagés à opérer, après le constat d’une croissance en berne ? La parole présidentielle, dans ce contexte d’attentes multiformes, a cherché à toucher les cibles et à combler leurs attentes. Tour à tour en rassurant, en mettant en garde, en exhortant ou en apaisant. D’une certaine manière, chacun en a eu pour son compte.
Au camp des inquiets et des angoissés qui craignent pour leur pouvoir d’achat ou pour l’avenir, Paul Biya s’est adressé avec une tranquille assurance, en s’appuyant sur son bilan. Oui, le pays est debout et va de l’avant, le gouvernail du bateau Cameroun est tenu d’une main ferme. Les résultats économiques et financiers en témoignent. Le déficit énergétique est en train de se résorber progressivement, suite au programme de construction de barrages. La densification des infrastructures de transport, notamment les routes et les ponts, avance. Et surtout, la création d’emplois, condition sine qua non d’une croissance économique inclusive, est au rendez-vous. Dans le même registre, le président de la République s’est félicité des avancées de la lutte contre le terrorisme, qui affaiblissent lentement et sûrement Boko Haram tout en balisant la voie pour la reconstruction économique de l’Extrême-Nord, et l’afflux de nouveaux investisseurs au plan national.
Aux intrépides qui bravent l’autorité de l’Etat sous le prétexte de manifestations, le chef de l’Etat a parlé avec gravité et fermeté. Toutes les conséquences seront tirées au terme des enquêtes en cours, et les personnes reconnues coupables subiront les conséquences de leurs actes. Sa position sur ces violences est sans équivoque : la loi et l’ordre ont primauté en démocratie. La violence de rue, le défi à l’autorité relèvent eux, de l’anarchie dans laquelle nous ne tomberons pas.
Le discours présidentiel du 31 décembre était aussi l’occasion idéale pour adresser des messages de sagesse et de pondération à tous les  Camerounais, à la manière du pédagogue et du bon père de famille. Il y a d’abord en filigrane un appel à la patience. L’expérience inédite et unique en Afrique de lier en une gerbe unique les destins des deux Cameroun, anglophone et francophone, est délicate à conduire. Le pouvoir de Yaoundé la mène du mieux qu’il peut, avec la conviction que l’on peut toujours faire mieux. Mais cette expérience a le mérite d’exister. Et d’avancer. Car qui se souvient encore de la Sénégambie ? Cette tentative de fusionner le Sénégal et la Gambie, géographiquement proches et culturellement éloignés, a tourné court. Le mérite des Camerounais n’en est que plus grand. Et les soubresauts sporadiques qui ponctuent notre cheminement ne sont ni un avis de tempête ni un coup d’arrêt. Ces états d’âme, ces malaises, ces péripéties  peuvent et doivent s’exprimer. Ils constituent, dans la vision présidentielle, des épreuves où se forge l’unité nationale.
Dans cette perspective, le seul moteur de progrès demeurera notre ferme volonté collective de construire l’unité et la prospérité. Comme on le sait, la disette et le rétrécissement du gâteau national amplifient les revendications sociales. Le chef de l’Etat invite donc le secteur privé national à prendre sa part, toute sa part, dans cette œuvre de construction nationale, en investissant dans tous les secteurs porteurs, aux côtés de l’Etat et des investisseurs étrangers. Cela suppose la poursuite du dialogue entre le gouvernement et ledit secteur, dans le but de créer un environnement des affaires de plus en plus favorable et une fiscalité incitative.
Pleinement en confiance sur sa détermination et sur les moyens à mobiliser pour bâtir une économie émergente, le président de la République annonce des grands projets d’infrastructure intégrateurs à long terme, qui traduiront dans les faits la place centrale du Cameroun comme pays-carrefour au cœur du continent.
Le fil d’Ariane de ce message reste néanmoins la constance et la fidélité. D’une année à l’autre, les Camerounais retrouvent un dirigeant habité par le devoir d’Etat et la responsabilité de sa charge. « Je m’y engage ». « J’y veillerai personnellement ». « Je n’y faillirai point ». L’omniprésence de ces idiomes dans ses discours montre bien qu’il ne s’agit pas de simples formules mais de l’expression du cœur, de la sincérité la plus naturelle ; d’intime conviction. C’est dans ce sens qu’il rappelle à ceux qui agitent le spectre du fédéralisme, ou pire de la sécession, sa propre responsabilité d’homme d’Etat, devant l’Histoire. Comment pourrait-il décider en dehors de la Constitution dont il est le haut garant ? Comment pourrait-il se permettre de travestir l’héritage des pères-fondateurs de la Nation qui ont versé leur sang, pour que le Cameroun soit uni, sans faillir et sans trahir ? Non, l’unité n’est pas négociable. Dans un geste destiné à marquer un peu plus son ouverture au dialogue, le chef de l’Etat envisage alors ce qui est sans nul doute la grande annonce de ce discours : la perspective d’une Commission nationale dont la mission sera de proposer des solutions pour renforcer le vivre-ensemble.
A la vérité, c’est une manière d’inviter ses compatriotes à réfléchir et à agir ensemble pour préserver l’héritage précieux d’un pays uni, bilingue et pluriel. Dans cette commission qui sera sans aucun doute représentative de notre diversité, des propositions pertinentes seront formulées pour satisfaire les revendications des uns d’une part, et préserver notre unité d’autre part.
Peut-être l’occasion d’un nouveau départ qui nous laisse plus unis et plus forts. Après l’orage.

 

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