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Théâtre: qui a peur du Croquemitaine

Culture
Monika NKODO | 12-05-2017 13:15

Ce personnage maléfique était au cœur d’une pièce jouée le 10 mai dernier à l’Institut Goethe à Yaoundé dans le cadre des Rencontres théâtrales universitaires.

Un souffle bruyant et effrayant au creux de la nuque. Le Croquemitaine, ce personnage maléfique vedette de contes et de films d’épouvante, apparaît dans le dos du petit garçon turbulent. L’image est traditionnelle des épopées terrifiantes racontées aux enfants pour leur faire peur et les rendre plus sages. Ce « monstre » a enfilé un tout autre costume mercredi dernier à l’Institut Goethe de Yaoundé. Le Croquemitaine prend des allures d’un roi dictateur. Les jeunes comédiens du département des Arts et Archéologie de l’Université de Yaoundé I, dans le cadre des Rencontres théâtrales universitaires, ont joué la pièce intitulée « Le Croquemitaine et le rêve », tirée de l’œuvre de l’auteur portugais José Jorge Letria.
La réécriture scénique orchestrée par Guy Francis Tami Yoba, enseignant d’université et promoteur desdites rencontres, a insufflé un vent de révolution. Le rideau s’ouvre sur un royaume imaginaire, où le génie créatif est bâillonné. Le peuple n’a plus le droit de rêver ! Pour tout contrevenant : le fouet, les geôles, le bannissement.  Dans un procès à la sentence prononcée d’avance, un clown, un magicien et une fée, sont soumis à l’oppression. « Au temps de votre père, nous étions adulés », regrette le magicien. L’époque a bien changé, et le Croquemitaine est décidé à enfouir les rêves ou toutes sources de libération de l’esprit d’évasion, d’invention, de distraction. La bataille de mots lancée par les citoyens de ce royaume pour se délivrer de la tyrannie, finira-t-elle par briser la glace et conduire le roi à un questionnement personnel?
L’introspection, en tout cas, était pour le public du Goethe-Institut, témoin de cet hymne entonné contre la dictature. « Le Croquemitaine et le rêve », milite pour la libre pensée, et l’émancipation des artistes affranchis des chaînes de la censure.  « C’est une pièce qui prend le contrepied de tout ce qui peut oppresser l’homme dans son environnement. C’est un chant révolutionnaire qui invite toute conscience réprimée à se rebeller. Nous avons abordé la pièce sur les aspects du conditionnement psychologique, de la répression et des châtiments », a expliqué Guy Francis Tami Yoba. Si l’Institut Goethe a permis à ces étudiants de réaliser cette performance mercredi dernier (déjà jouée en février dernier à l’IFC), tous les derniers mardis du mois, ils peuvent se dévoiler à l’Institut français du Cameroun à Yaoundé.

 

Guy Francis Tami Yoba: « Nous voulons ramener le public au théâtre »

Enseignant à l’Université de Yaoundé I, promoteur des Rencontres théâtrales universitaires.

Comment les Rencontres théâtrales universitaires ont-elles influencé la capacité scénique des étudiants de l’Université de Yaoundé I ?
Les Rencontres théâtrales universitaires constituent une sorte de théâtre-école. Depuis que j’enseigne à l’Université de Yaoundé I, j’ai pris ces étudiants de niveau I qui arrivent fraîchement du lycée et qui font leurs premiers pas sur la scène. Je les tiens par la main pour monter des spectacles à grands effectifs pour que chacun d’eux fasse ses armes, que ce soit au niveau de la scène ou en back stage soit à la régie son, soit à la régie lumière, aux costumes, au maquillage, etc. Ils apprennent comment harmoniser la bande sonore avec l’éclairage, l’expression scénique… A l’arrivée, nous recherchons la professionnalisation. Il y a toute une machinerie derrière, et ces jeunes sont mis face à leurs responsabilités. C’est un travail énorme que nous accomplissons malgré le manque de financements.
Comment l’idée de ces Rencontres est-elle née ?
De retour de Roumanie en 2008 après mes études doctorales, je voulais me rendre utile. Et il y avait un vide. Dans l’imagerie camerounaise, on confond théâtre et fou rire. Souvent, on ne sait même pas ce que c’est que le théâtre. Posant ce constat, j’ai décidé de créer cette plateforme pour répondre à ces préoccupations. A l’Université, on enseigne le théâtre, mais, il n’y a pas d’espace d’expression. C’est ce que les rencontres offrent aux étudiants. Ensuite, il est question de donner l’opportunité à nos étudiants d’exister, de se révéler. On ne s’enferme pas seulement dans le théâtre. Aux rencontres, il y a des étudiants qui peuvent chanter, déclamer des poèmes, faire dans l’audiovisuel en filmant les spectacles. Nous formons les étudiants pendant des résidences de création de quatre ou cinq mois.
Pensez-vous que vos pièces réconcilient le public avec le théâtre ?
Nous jouons entre octobre et juillet, durant une année académique. Les Rencontres existent depuis quatre ans, par le biais d’une convention entre l’université et l’Institut français. Nous jouons des pièces de tous les auteurs, bien que chaque saison des Rencontres théâtrales soit traversée par une idéologie. On peut donner de l’importance aux auteurs camerounais ou étrangers en fonction de cette idéologie. Nous voulons éduquer le public, l’aider à comprendre le sens caché des pièces des auteurs. Le théâtre est comme un miroir. On ne ressort pas le même après avoir assisté à une pièce. Nous voulons ramener le public au théâtre, lutter contre la désaffection des salles de spectacle par des programmations régulières et de bonne facture.    
 

 

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