Responsive image

Electricité dans le Grand Nord: ce qui fait problème

Economie
Eric ELOUGA | 18-05-2017 16:48

 Des difficultés structurelles et infrastructurelles sont la cause du rationnement de l’énergie dans cette partie du pays.

Can 2017 oblige, le déficit de production de l’énergie électrique dans le réseau interconnecté nord (Adamaoua – Nord – Extrême Nord) a été couvé en début d’année, alors même que la cote d’alerte était atteinte dès le mois de novembre 2016. Le planning de rationnement d’Eneo publié le 10 avril 2017 est alors venu confirmer un déficit énergétique systémique, avec un rationnement sans précédent depuis les premiers soubresauts enregistrés en 2013. Pour faire simple, plus d’une cinquantaine de localités, de Meiganga à Maga en passant par les trois chefs-lieux de région (Ngaoundéré, Garoua et Maroua), se voient privées d’énergie électrique deux à trois fois par semaine, dans des tranches horaires comprises entre 6h et 22h.
Si pour les ménages le phénomène cause des désagréments certains, les conséquences sont beaucoup plus préjudiciables pour les administrations et les entreprises. Les premières tournent au ralenti, tandis que les secondes subissent fortement le contrecoup économique. Si à la Sodecoton on dit avoir pris acte de la donne et pris des dispositions pour que l’huilerie de Djamboutou autant que les neuf usines d’égrenage du coton gardent un niveau d’exploitation convenable, la CICAM dont l’usine régionale de Garoua connaissait déjà des difficultés, accuse plus sérieusement le coup.
Du côté d’Eneo, la communication autour de cette situation privilégie l’axe des difficultés conjoncturelles, avec une normalisation attendue entre juin et juillet 2017, lors du retour des pluies. Officiellement, la faible occurrence des pluies l’année dernière n’a pas permis au barrage-réservoir de Lagdo d’emmagasiner suffisamment d’eau pour faire face à la période actuelle d’étiage. En « off », certains cadres de l’entreprise évoquent d’autres problèmes, plus profonds. L’ensablement du bac-réservoir qui limite considérablement la capacité de stockage de l’eau continue à être traîné comme un boulet. Le coût évoqué pour désensabler est autour de quatre milliards de F, selon une source interne. De plus, d’autres questions techniques empêchent Lagdo de faire tourner toutes ses turbines.
Mais, plus fondamentalement, ce seul ouvrage n’est plus en mesure du supporter toute la demande du septentrion. Depuis l’ouverture du barrage en 1983, la démographie du septentrion a décuplé.

 Interview

Bassoro Hayatou :« 10 MW attendus en juillet »

Directeur régional d’Eneo pour l’Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord.

Qu’est-ce qui explique ce niveau de rationnement sans précédent de l’électricité dans les trois régions septentrionales?
Comme depuis quelques années, la région du Nord a enregistré en 2016 un déficit en eau dans le bassin versant de la Bénoué. Les stocks d’eau disponibles dans le barrage de retenue de Lagdo sont insuffisants pour couvrir convenablement la période d’étiage. Le volume d’eau utile à la cote nominale de 216 m à Lagdo est de 4 568 millions m3 alors que le stock de remplissage au 1er novembre 2016 était de 3650,90 millions m3, soit 917 millions m3 de déficit. Le déficit en eau qui se creuse davantage réduit encore plus la capacité de production de la centrale de Lagdo. Comme une solution au déficit en 2015/2016 dans le réseau interconnecté nord, Eneo et les pouvoirs publics ont installé des capacités thermiques supplémentaires de l’ordre de 20 MW à la centrale de Djamboutou. Le fonctionnement quotidien de cette centrale est mis à contribution afin de réduire le rationnement.
Pourtant, les délestages s’accentuent…
A ce jour, au vu du faible volume d’eau dans le réservoir de Lagdo et de l’augmentation de la demande en énergie électrique de ces dernières semaines (+7,5%), Eneo a été contrainte de réajuster en urgence son planning de rationnement, afin d’éviter l’assèchement complet du lac hydroélectrique de Lagdo. Ainsi, pour minimiser l’impact de la situation sus-évoquée sur les ménages, et leur permettre de mieux organiser leurs activités personnelles et professionnelles, chaque localité ou quartier a une fréquence d’interruption d’énergie électrique de 2 à 3 jours depuis le début du mois d’avril 2017 et ceci, dans les tranches horaires allant de 6h à 22h.
Qu’est-ce qui est prévu à terme pour mettre fin à ces perturbations?
Dans le but d’atténuer ce déficit de l’offre, Eneo vient de signer un contrat avec l’entreprise Aggreko pour installer une capacité thermique supplémentaire de 10 MW à Maroua. La mise en service est planifiée pour le mois de juillet 2017. Ceci permettra donc de réduire le volume de rationnement actuel de près de 90%. A l’horizon 2018, Eneo a prévu également de mettre en service deux centrales solaires de 10 MW chacune dans les villes de Maroua et Guider. Les procédures de sélection du prestataire sont en cours. Sur le long terme, les espoirs reposent sur le projet gouvernemental de construction du barrage hydroélectrique de Bini à Warak.

Partagez cet article :

0 0 0 0
Loading...

Autres articles que vous aimerez lire...

Should Widowhood Rites Be Suppressed?

Societe
Emmanuel KENDEMEH | 28-05-2017 23:25 | 0 0

There is debate on many societal circles with arguments for and against the suppression of widowhood rites

 

As society keeps on evolving with globalization being a new mode of life, there is heated argument related to the relevance  of many aspects of the culture,&n ...
Lire la suite

Au nom de la dignité humaine

Societe
Jean Francis BELIBI | 28-05-2017 23:23 | 0 0

La seule évocation du rite de veuvage suscite une humeur noire aujourd’hui tant chez les hommes que chez les femmes, même s’il est loisible de reconnaître que dans la société camerounaise, ces dernières sont sans doute celles qui en souffrent le ...
Lire la suite

0 commentaire(s)

Laissez un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter