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Lutte contre Boko Haram: soutien populaire assuré

Politique
Rousseau-Joël FOUTE | 22-05-2017 06:16

Plus de 2 milliards de F offerts aux forces de défense et aux populations victimes des exactions des terroristes. En plus des dons en nature et de  l’appui des comités de vigilance.

Au Cameroun, le concept de défense populaire ou civile a un contenu concret. La guerre engagée contre les membres de la secte terroriste Boko Haram depuis plusieurs années dans la région de l’Extrême-Nord à la frontière avec le Nigeria a montré à quel point les populations sont attachées à la paix. A travers les dix régions, les citoyens de différentes classes sociales, au plus fort des affrontements en 2015, ont manifesté spontanément un soutien inédit aux forces de défense qui se battent au front, et aux compatriotes qui ont dû s’éloigner des zones de combat en abandonnant tout derrière elles. Ce soutien, en nature et en espèces, s’est également matérialisé par la création, dans les localités frontalières, de Comités de vigilance qui veillent de jour comme de nuit. Ils traquent les adeptes de la secte qui s’infiltrent au sein de la population et fournissent de précieux renseignements à l’armée, au péril de leur vie. Pour une meilleure coordination des opérations de collecte et de distribution des dons, le chef de l’Etat a signé le 21 avril 2015 un arrêté portant création, organisation et fonctionnement du Comité interministériel ad hoc de gestion des dons destinés aux populations et aux forces de défense dans le cadre de la lutte contre Boho Haram. Placé sous l’autorité du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le Comité est chargé de superviser la collecte et la centralisation des dons reçus des populations, des Etats étrangers et des organisations humanitaires nationales et internationales ; d’identifier, en liaison avec les autorités administratives locales et la hiérarchie militaire, les besoins en vivres et autres matériels, le cas échéant ; de superviser les opérations de distribution des dons aux populations et aux personnels des forces de défense ; de servir de cadre de concertation entre le gouvernement et les donateurs nationaux et internationaux ; d’effectuer toute autre mission à lui confiée par le gouvernement. De source proche du Comité, plus de 2 milliards de F CFA ont été offerts. En nature, les dons collectés sont, entre autres, des denrées alimentaires (régimes de plantain, sacs de riz, lait, farine, sardines, huiles végétales, sacs de sel, sucre, eau minérale, bêtes sur pied), des effets vestimentaires envoyés aux enfants dans des camps pour  déplacés internes, équipements médicaux et réactifs de laboratoire, dons de médicaments, tentes à usage militaire et pour déplacés internes, etc.  Le Comité s’est déjà réuni six fois à Yaoundé, pour évaluer le niveau des dons en nature et en espèce et donner des orientations. Sur proposition du gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, le Comité a décidé d’autoriser l’acquisition du petit équipement pour les Comités de vigilance (sifflets, lampes-torches, bottes, flèches, détecteurs de métaux, imperméables, chasubles). Il est aussi prévu l’acquisition des vélo pour permettre un meilleur quadrillage du terrain. En outre, le Comité a prescrit au gouverneur de l’Extrême-Nord de faire de proposition de financement des micro-projets d’intérêt communautaire au profit des populations victimes des exactions de Boko Haram: forages, petits ponts à reconstruire, petits groupes électrogènes pour les villages, réhabilitation de certaines cases de santé et salles de classe, etc.

Comités de vigilance: une présence dissuasive à Mokolo

Plus d’une cinquantaine de barrières des comités de vigilance dans la ville pour détecter les terroristes.

«Ne sillonnez pas seulement les artères de la ville de Mokolo en journée. Faites-le aussi la nuit tombée et vous pourrez apprécier la présence des comités de vigilance ». Parole de Joseph Christian Abouma Biloa, le sous-préfet de Mokolo. C’était samedi dernier, 13 mai 2017, lorsque nous sommes descendus sur le terrain. Ici, toutes les artères de la ville disposent de barrières de sécurité. Au niveau de toutes ces barrières, au moins deux personnes montent la garde de jour et de nuit. Pas de problème pour les autochtones et autres visages bien connus. Tous les autres doivent montrer patte blanche avant de traverser ; non sans décliner l’objet de leur présence dans la ville. Et tous ces renseignements sont consignés et envoyés tous les matins à qui de droit pour exploitation.
Selon les indiscrétions du sous-préfet de Mokolo, le maire de cette commune a même introduit dans le budget de cette collectivité territoriale décentralisée, une enveloppe d’un montant de 12, 5 millions de Fcfa pour soutenir les efforts des membres de 1255 comités de vigilance répartis dans les sept cantons de cette commune qui compte une population de 315 000 âmes environ. Ces comités de vigilance sont répartis dans trois principaux secteurs : Tourou, Mokolo et la plaine.
Chacun de ces secteurs a sa spécificité. Dans le secteur de Tourou, par exemple, les populations qui ont longtemps souffert des exactions de la secte Boko Haram sont conscientes du rôle que chacun doit jouer. Elles collaborent étroitement avec les forces de défense et de sécurité et avec les autorités administratives. A Mokolo, ce sont les membres des comités de vigilance qui s’adonnent plus à cette tâche de mise à disposition de qui de droit, des informations permettant de traquer les terroristes. C’est grâce à eux que le phénomène des braquages est réduit à sa simple expression à Mokolo. A Minawao, par exemple, où on note la présence de 181 membres des comités de vigilance, le rôle est plus accru le jour du marché hebdomadaire. Il en est de même des autres localités de la plaine. Selon les affirmations du sous-préfet de Mokolo, un effort est fait dans l’actualisation des listes des membres de comités de vigilance. « Ceux qui affichent des comportements déviants sont écartés, car, nous veillons à ce qu’ils ne jouent pas un rôle contraire à celui qui leur est assigné au départ, à savoir celui de dénonciation de tout suspect », précise Joseph Christian Abouma Biloa.

Patrice MBOSSA, envoyé spécial à Mokolo

Général de brigade Valère Nka : « La contribution des comités de vigilance est déterminante »

Commandant par intérim de la 4e Région militaire interarmées.

Quel est l’apport des comités de vigilance dans la guerre que vous menez contre Boko Haram ?
Je voudrais tout d’abord préciser que les comités de vigilance sont placés sous le contrôle des autorités administratives que sont les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets. Ce sont elles qui les recrutent, qui détiennent leurs fichiers et leur fournissent des badges d’identification. Généralement, les autorités administratives procèdent préalablement à une enquête de moralité avant de les retenir. Pour ce qui est de la contribution des comités, elle est importante et déterminante dans la guerre que nous menons contre Boko Haram. Ses membres vivent avec les populations. Ce sont les originaires des villages dont ils sont membres des comités. Ils ont une bonne connaissance du terrain. Ils guident les soldats quand ils effectuent les différentes reconnaissances. Ils nous donnent des renseignements. Ils jouent le rôle de sonnettes. C’est eux qui identifient les kamikazes. Certains ont ainsi eu à perdre leurs vies pendant ce combat. C’est pourquoi le chef de l’Etat a décidé de leur apporter des appuis significatifs en termes de gratifications et en termes d’équipements. En dehors des comités de vigilance, chacun doit être garant de la sécurité collective car tout le monde peut donner les renseignements pour pouvoir vaincre la nébuleuse Boko Haram.
La mise en place des comités de vigilance est-elle une nécessité ?
C’est une nécessité, sinon le chef de l’Etat ne les aurait pas créés. C’est aussi un impératif au vu du travail d’accompagnement qu’ils abattent. Ils connaissent les couloirs d’infiltration des Boko Haram. Mais il faut souligner que ces Comités ont besoin d’un encadrement. Nous le faisons sur le plan opérationnel. Ils doivent savoir leurs missions pour qu’il n’y ait pas de débordements. On a eu à déceler des brebis galeuses qui parfois jouent un double jeu au sein des Comités de vigilance. Certains ont eu à traverser les frontières en poursuivant Boko Haram en territoire étranger sans savoir qu’ils travaillent pour protéger l’intégrité territoriale du Cameroun. Ils ne doivent pas s’engager dans des missions qui ne sont pas les leurs. On ne doit pas les retrouver avec des munitions ou des effets militaires. Ils n’ont pas le rôle des forces de défense et de sécurité. Ils ont pour fonction d’informer l’autorité administrative sur ce qui se passe sur le terrain.
Qu’est-ce qui doit être concrètement fait pour maintenir cette synergie d’actions entre les comités de vigilance et les forces de défense et de sécurité ?
 Nous menons une guerre asymétrique. Si vous n’avez pas la population avec vous, c’est que vous allez tirer à côté. Depuis que j’ai pris le commandement, nous avons entrepris des actions civilo-militaires. Ces actions ont été précédées par la sensibilisation dans tous les villages. Nous venons par exemple de sillonner la quasi-totalité des villages de l’arrondissement de Kolofata et beaucoup de localités de l’arrondissement de Mora. Nous réconfortons ces populations en leur apportant des denrées alimentaires et, de l’eau potable à travers la réhabilitation des forages. Nous distribuons des fournitures scolaires et autres matériels didactiques. Nous avons un corps médical qui administre des soins de santé partout où nous passons. Nous remettons des gratifications aux membres des Comités de vigilance… l’armée est là pour rassurer les populations. Celles-ci peuvent nous aider à dénoncer ou à démanteler les kamikazes ou les poseurs d’engins explosifs improvisés sur les itinéraires qu’empruntent les forces de défense. Pour tout dire, nous ne cessons de mener des actions afin de mettre les habitants en confiance.

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