« La situation de la femme s’est considérablement améliorée »

Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille.

Madame le Ministre, l’on célèbrera le 8 mars prochain, la Journée internationale de la Femme. Le thème de cette 34e édition est « Croisade contre les inégalités de sexes : s’arrimer à la nouvelle impulsion ». Quel état des lieux pouvez-vous dresser concernant la promotion de l’égalité de sexes au Cameroun ?

A mon humble avis, la situation de la femme camerounaise s’est considérablement améliorée, même si d’indéniables disparités restent perceptibles, dues à des préjugés sexistes séculaires et certaines survivances socio-culturelles inappropriées. La volonté politique et l’irréversible évolution du temps finiront, j’en suis persuadée, par en avoir raison. J’évoquerai, à titre d’illustration, et sans la moindre prétention à l’exhaustivité, le domaine de l’éducation où les indicateurs côtoient ostensiblement les standards internationaux, ainsi qu’il ressort tant de l’évaluation achevée des anciens Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), que du suivi des 12 domaines critiques de la plateforme d’action adoptée à la faveur de la 4e Conférence des Nations unies sur les femmes, tenue à Beijing en 1995. Ainsi, le taux de fréquentation des programmes au niveau préscolaire est de 27% chez les garçons contre 23% chez les filles. Les filles représentent 84% des effectifs contre 87% de garçons dans l’enseignement primaire. Les filles représentent 94% des jeunes achevant le cycle primaire contre 93% de garçons. L’indice de parité entre les sexes au niveau primaire est de 0,96%, et de 0,92% au niveau secondaire (MICS 2015). En ce qui concerne le cadre institutionnel de promotion et de protection des droits de la femme et de la fille, un document de politique nationale genre a été élaboré, sa mise en oeuvre est en cours. Ce document qui n’existait pas avant définit le cadre des interventions dans les sept secteurs arrêtés dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE). Bien plus, des unités techniques spécialisées se multiplient sur l’ensemble du territoire national. Elles ont pour mission la formation, l’encadrement, l’autonomisation économique et l’insertion professionnelle des femmes dans une société camerounaise en quête de l’Emergence. Il s’agit, vous vous en doutez, des Centres de promotion de la femme et de la famille, des unités polyvalentes de transformation des produits agricoles, des maisons digitales qui permettent à nos cibles d’accéder aux opportunités économiques via les TIC, des centres d’accueil et de prise en charge des femmes et filles victimes de violence, des Gender Desk dans les commissariats et des espaces de cohésion des femmes et espaces sûrs dans les camps de réfugiés. Dans la même foulée, d’importants programmes et projets sont mis en place à la fois pour réduire la pénibilité du travail des femmes, et pour faciliter et massifier l’accès de celles-ci aux opportunités économiques. Parmi les nombreux exemples que l’on pourrait citer, il y a le projet routier Batchenga-Ntui-Yoko-Lena, un bel exemple d’intégration du genre dans les projets structurants. Ce projet d’envergure a rendu possible la construction de nombreuses unités d’appui aux activités productrices des femmes, permettant la mise en place ou le développement d’activités génératrices de revenus des femmes, sans oublier des activités connexes liées à la planification familiale, à la promotion de la santé sexuelle et reproductive, et à la lutte contre les violences basées sur le genre et le Vih/Sida. Bien avant cela, un projet d’appui aux femmes pauvres dans les CPFF, sur financement PPTE, a octroyé des micro-crédits en vue du montage et de la gestion de projets productifs.

Madame le Ministre, lorsqu’on parle d’égalité genre, les regards se tournent souvent du côté de la scène politique...

Sur le plan de la représentativité féminine dans la vie publique, le Cameroun est classé 42e sur 180 pays selon l’indice d’inégalité de genre. Par ailleurs, notre pays a atteint et dépassé les 30% de représentation féminine fixés par la Conférence de Beijing. Dans ce contexte, une importante réforme législative est en cours. Dans sa phase actuelle, elle a donné lieu à l’adoption d’un nouveau Code pénal plus protecteur des droits de la femme et que les observateurs avertis considèrent comme un exemple palpable d’internationalisation de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femme (CEDEF). La nouvelle loi réprime les mutilations génitales féminines, la répudiation abusive, le refus de verser la pension alimentaire ou de scolarisation des enfants dont les filles, le repassage des seins, l’expulsion abusive de la veuve, le viol, la violence sur la femme enceinte. Le délit d’adultère est désormais qualifié et puni de la même manière chez l’homme et chez la femme.

Qu’en est-il sur le plan social ?

Sur le plan social, l’on assiste à un remarquable essor du mouvement associatif féminin, résultante des politiques publiques inclusives impulsées par Son Excellence Monsieur Paul Biya. Je dois souligner que cette évolution et toutes les mutations positives dont elle s’accompagne sont le corollaire logique du projet de société du chef de l’Etat, car avant 1982, année de l’accession à la magistrature suprême de notre pays de cet homme de haute stature, la femme ne constituait pas un centre d’intérêt spécifique de l’action publique. Ses problèmes apparaissaient comme une manière d’appendice accolé à des problématiques de développement plus prépondérantes dans le processus de planification du développement. Sa présence résiduelle dans les grands corps de l’Etat en témoigne à suffisance : l’Assemblée fédérale de 1962 n’avait qu’une femme, Mme Keutcha Julienne ; le premier gouvernement de 1957 n’avait pas de femme ; le deuxième gouvernement camerounais de 1958 non plus ; Mme Azang Madeleine, directrice d’école était la seule femme membre de la Commission ad hoc chargée d’examiner la première mouture de la première Constitution de notre pays. Les femmes sont ostensiblement sous-représentées au sein des partis politiques de la période correspondante : aucune dans l’Union camerounaise, une dans le Front Populaire, aucune dans le Groupe du Front Populaire, aucune dans l’Union des Populations du Cameroun, aucune dans le Groupe des Professionnels du Cameroun. Aujourd’hui, précisément sous le régime du Renouveau, la donne est visiblement tout autre. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans toutes les administrations et à tous les niveaux de l’appareil de l’Etat. Elles sont dans les forces armées et de police, le commandement territorial, la fonction publique internationale. Il n’est pas superflu de rappeler qu’au Cameroun il n’y a pas de différence de salaire entre les hommes et les femmes et que la liberté d’aller et venir, de même que le droit de vote pour tous constituent des réalités palpables. C’est pourquoi les femmes camerounaises ont intérêt à soutenir l’homme par qui arrivent tous ces changements.

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