La diaspora, acteur majeur du développement

S’il était encore permis d’en douter, l’ouverture effective du Grand dialogue national et le démarrage des travaux en commission ont mis en exergue l’importance des Camerounais de la diaspora en tant que composante essentielle du débat en cours. Il n’aura échappé à personne que beaucoup de nos compatriotes vivant à l’étranger ont été invités à prendre part aux discussions. Le fait de consacrer toute une commission au « rôle de la diaspora dans la crise et sa contribution au développement du pays » ne relève pas du hasard.  Bien au contraire, cela vient traduire dans les faits la considération dont elle fait l’objet, de même que les attentes que suscite sa participation. En attendant les propositions en cours d’élaboration sur le statut de cette frange importante de la communauté nationale, on peut d’ores et déjà constater à la lumière des thèmes à l’ordre du jour que la diaspora est partie prenante de la crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et ce à un double titre. Certains, heureusement minoritaires, ont contribué à allumer et à entretenir les tensions conflictuelles à travers des discours enflammés et la manipulation des opinions, allant même parfois jusqu’à financer des menées irrédentistes dans le sens de leurs intérêts bien compris. En marge des frictions partisanes, d’autres, qui constituent la majorité silencieuse, ont continué à apporter sa contribution à l’œuvre de construction nationale et du développement pour tous.
Vu sous ce double angle, la contribution de la diaspora est très attendue, notamment lors des travaux en commission. Au même titre qu’on a eu à plaider pour le désarmement des combattants sécessionnistes, il semble urgent de procéder à une sorte de désarmement moral, voire financier de certains commanditaires tapis dans l’ombre qui continuent à tirer les ficelles depuis l’extérieur. On sait à quel point les actes posés par certains activistes dans certaines de nos représentations diplomatiques ont contribué à ternir l’image du pays. En dehors de la puissance publique et de ses relais diplomatiques, seuls les membres de la diaspora maîtrisent le mieux la complexité et les usages de leur cadre de vie de de leur environnement quotidiens. Grâce à leur connaissance du terrain et à leurs capacités de persuasion, ils apparaissent comme des interlocuteurs attitrés pour porter le message du pardon, de la réconciliation et de la paix auprès de certains entrepreneurs du chaos qui ont pignon sur rue dans les réseaux sociaux et ne semblent pas disposés jusqu’ici à faire amende honorable. 
La contribution de la diaspora est également attendue sur le plan économique. Contrairement à d’autres pays qui tirent la majeure partie de leurs revenus des ressources issues de la diaspora, le Cameroun n’a pas suffisamment profité des envois extérieurs. En 2016, les Camerounais vivant à l’étranger ont transféré au pays l’équivalent de 700 milliards de F  environ. Ce flux est appelé à augmenter dans un climat plus serein. Dans un contexte de morosité marqué par des nombreux déficits, ces transferts constituent une manne financière qui, utilisée à bon escient, peut irriguer des pans entiers de l’économie nationale et relancer la croissance. Mais pour continuer à  le faire, la diaspora comme tout investisseur,  a besoin de la paix et de la sécurité.  Pour qu’elle puisse apporter pleinement sa contribution à la résolution de la crise actuelle et participer au développement du pays, ses nombreuses initiatives doivent être canalisées et accompagnées par les pouvoirs publics. Les travaux en commission ont remis sur la table quelques doléances formulées à l’adresse du gouvernement lors du tout premier Forum de la diaspora camerounaise (Fodias) qui s’est tenu en 2017 à Yaoundé. Y figurent, entre autres, l’accès à la double nationalité, la représentativité dans les grandes institutions de la République, la création d’une plate-forme d’échanges, etc. Par bien des aspects, le grand dialogue national apparait ainsi comme une opportunité historique pour sceller la réconciliation entre le Cameroun et ses fils dispersés aux quatre coins du monde. 
 

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