Apaisement : l’affaire de tous

En quelques semaines, le chef de l’Etat a réalisé plusieurs coups politiques dont il a seul le secret. En effet, alors que le Grand dialogue national, qu’il a fait organiser du 30 septembre au 4 octobre 2019 pour ramener la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, n’était pas achevé, Paul Biya a appuyé sur l’accélérateur de la décrispation en décidant, le 3 octobre - et cela pour la troisième fois depuis le début de la crise dans ces régions fin 2016 - de l'abandon des poursuites engagées contre des personnes arrêtées et détenues pour divers délits. Cette fois-ci, ce sont 333 prévenus qui ont été récemment remis en liberté.

Pendant que ce nouveau geste d’apaisement alimentait les conversations, le président de la République a sorti la surprise du chef. Le grand jeu. Matérialisé par la décision inattendue d’arrêter les poursuites judiciaires et de libérer certains responsables et militants de partis politiques, notamment du MRC, arrêtés et détenus pour des faits commis dans le cadre de la contestation des résultats de l’élection présidentielle de 2018. Un véritable coup de maître qui aura beaucoup surpris au sein du microcosme politique. Plaçant, une fois de plus, Paul Biya au-dessus de la mêlée et l’auréolant dans la posture du patriarche qui pardonne dans l’intérêt supérieur du Cameroun. Comme il fallait s’y attendre, la libération de Maurice Kamto et de ses alliés a été fortement saluée par les Camerounais et les acteurs majeurs de la communauté internationale. En lâchant ainsi du lest, le chef de l’Etat a incontestablement fait retomber la tension qui était montée d’un cran depuis la dernière présidentielle. Si bien que les observateurs sont aujourd’hui surpris de  la tonalité des propos tenus il y a quelques jours par le président du MRC sur les antennes de RFI. « La résistance nationale va se poursuivre dans les formes et les modalités que nous indiquerons le moment venu », a-t-il lancé, répondant à la question de savoir si les manifestations contestant les résultats de l’élection sont terminées. S’il faut comprendre par là que la présidentielle du 7 octobre 2018 va à nouveau jouer les prolongations, d’aucuns estiment, et ils sont nombreux, y compris dans les rangs même du MRC, que le temps est venu de s’appuyer sur le geste de mansuétude du président Paul Biya pour tourner définitivement cette page. On peut donc comprendre pourquoi le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, dénonce la logique de l’extrémisme, d’autant plus qu’elle est fondée sur une prétendue victoire que le leader du MRC n’a pas remportée en toute logique.

A vrai dire, l’immense majorité des Camerounais pense que les responsables du MRC devraient prendre toute la mesure de la clémence présidentielle pour se consacrer plutôt à la préparation des compétitions électorales annoncées en 2020. Car en dernière analyse, qui peut, à juste titre, reprocher à l’opposition de se battre dans le cadre des lois en vigueur pour accéder au pouvoir ? Pareillement, qui peut faire grief au parti au pouvoir de mettre en œuvre les moyens légaux pour continuer à gérer les affaires de la cité ? C’est dire qu’il est temps que le jeu politique reprenne ses droits à quelques mois d’importants rendez-vous électoraux. L’apaisement enclenché par le chef de l’Etat est l’affaire de tous. Les fauteurs de troubles de tous bords doivent éviter d’ouvrir de nouveaux foyers de tensions, alors que le Cameroun n’a pas fini de relever les défis sécuritaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans l’Extrême-Nord soumise au harcèlement permanent des combattants de Boko Haram et au niveau de sa frontière orientale. A l’heure de la désescalade, ceux qui veulent ramer à contre-courant sont perçus comme les ennemis du Cameroun. Déjà résilient sur le plan économique malgré les perturbations, ce qui est à saluer, le pays a besoin de paix là où elle est menacée afin que les activités économiques reprennent et que la reconstruction des infrastructures détruites commence. C’est là, à notre sens, le seul bon combat qu’il faut mener pour vaincre la pauvreté et les inégalités dans toutes nos régions.

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