Coopération inclusive

« Nous vivons une crise sans précédent de notre système international », avec une renaissance de « l’unilatéralisme parfois même chez ceux qui étaient les garants en dernier ressort de ce système international ».  Le président français, Emmanuel Macron, a lancé cette phrase choc le 12 novembre dernier, à l’ouverture du deuxième Forum de Paris sur la Paix. Une déclaration qui dénote de la crise actuelle qui vit le multilatéralisme, c’est-à-dire le manque de concertation entre les Etats pour gérer  les défis  qui interpellent le monde. Même si la survenance d’un conflit planétaire reste à écarter,  les menaces actuelles qui pèsent sur l’humanité méritent une mutualisation des stratégies et des moyens. Les dérèglements  climatiques dont les conséquences sont visibles et vécues dans notre environnement immédiat, le défi démographique dont l’une des facettes est l’immigration, le défi technologique qui implique une fracture numérique….  sont autant des risques potentiellement déflagrateurs. Les guerres commerciales auxquelles se livrent certaines puissances, les désaccords sur la gestion  de certains conflits….illustrent à suffisance la gravité de la crise du multilatéralisme dans sa version actuelle. Hélas, tout effort de remédiation est miné par la montée de la pensée unique, du nationalisme et du populisme.
Les crises sécuritaires, les défis démographiques, les  changements climatiques touchent tous les continents. Il y a donc lieu de se concerter et de s’écouter pour affronter ces menaces. Personne n’est paré pour les contrer seul. La crise migratoire qui se joue devant nous prouve notre impuissance à agir seul. On voit la grande Europe peiner à prendre une décision cohérente contre cette menace. La guerre en Syrie  affiche au grand jour les divergences entre les grandes puissances. Beaucoup de pays paient jusqu’aujourd’hui le lourd tribut de la déstabilisation de la Libye. L’émergence de Boko Haram qui sévit dans les pays du Bassin du Lac Tchad, la crise sécuritaire au Sahel en sont les externalités négatives.
Il est temps d’imaginer une nouvelle coopération pour trouver des nouvelles solutions. Le combat doit être collectif. Il consiste à barrer la voie à ces nouvelles idéologies nocives.  Il faut en réalité inventer une coopération plus inclusive qui prend en compte l’évolution du monde. Le Forum de Paris sur la Paix propose par exemple  de mettre sur pied une diplomatie multi-acteurs réunissant à la fois des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, des dirigeants de grandes organisations internationales, d’ONG, des experts et des chefs d’entreprise. Fort heureusement, le Sg de l’Onu soutient cette idée. Lundi, à la veille du Forum, il a souligné que la coopération internationale ne saurait se contenter des seuls acteurs institutionnels et il a en cela plaidé en faveur de la pleine participation de la jeunesse, des milieux économiques, universitaires et philanthropiques. 
La demande des réformes faite depuis plusieurs décennies par les pays du Sud mérite qu’on s’y penche. Il apparait aberrant, injuste voire inique  de décider pour  les autres sans que ces derniers ne soient associés ou  ne participent au processus de la prise de décision. Le Conseil de Sécurité de l’ONU, les grandes institutions financières internationales devraient prendre au sérieux cette quête d’élargissement aux pays du Sud pour une plus grande inclusion.
Mais il y a plus. Les institutions doivent être plus proches des populations.   L’inclusion doit être encouragée  par la participation des citoyens  à la prise des décisions concernant leurs propres affaires.  Cette préoccupation,  António Guterres l’a fait sienne puisqu’il a promis que tout au long de l’année 2020, un dialogue ouvert aux citoyens du monde entier permettra de recueillir des idées pour faire face aux défis et encourager l’action collective. 

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