Modes de vies : sous l’emprise du Covid-19

La pandémie du coronavirus a engendré des bouleversements dans les habitudes, les usages et les coutumes.

Les premiers d’entre eux concernent sans conteste les contacts humains. Les Camerounais, comme tous les autres Africains subsahariens, sont connus pour être très chaleureux. Un trait de caractère qui se traduit par des comportements très tactiles, notamment dans les salutations et les expressions émotionnelles du quotidien. Depuis mars 2020, la donne a changé et les populations essaient, tant bien que mal, de s’adapter. D’abord, en matière de salutations : exit poignées de mains, accolades, embrassades et autres bises sur la joue. Place à des marques d’attention sans contact physique, ou à tout le moins par les pieds et les coudes, parties du corps susceptibles de ne pas toucher le visage, particulièrement le nez. Zone très sensible pouvant aisément être contaminée par le coronavirus. « Quand tout cela sera passé, je me demande si l’on saura encore faire la bise. Et si jamais cela perdure, est-ce que les générations futures sauront y faire ? Sauront-elles que nous avions des manières très expressives, voire affectives, de nous saluer ? », s’interroge un quadra, cadre d’entreprise à Yaoundé. 
Le masque. C’est l’autre grand changement hérité de cette pandémie. « Qui eût cru qu’un jour, les populations du monde entier devraient se promener le visage à moitié dissimulé derrière une étoffe, sans que cela n’inquiète dans les quartiers, les commerces, encore moins dans les banques ? », relève un autre habitant de la capitale. Dans la mouvance, cette crise sanitaire a tant et si bien fait que les liens déjà affectés depuis des années par une autre crise, -économique celle-là-, sont plus que jamais distendus. Les usages, les coutumes et les traditions en ont pris un sacré coup au passage. « Nous sommes un peuple très exubérant et démonstratif. Le plus difficile et le plus douloureux est certainement les périodes de deuil. Ne pas pouvoir porter assistance et exprimer sa compassion comme l’exigent nos traditions est pénible à accepter. Mon père, un patriarche respecté de tous, a été inhumé 24h après sa mort, comme un enfant. Il n’a pas eu droit aux honneurs dus à son rang. Jusqu’à présent, je n’ai pas pu faire mon deuil, à cause de ces dysfonctionnements », confesse Martine A. dont le père est décédé des suites de coronavirus.
La pandémie a affecté tous les rassemblements sociaux, des milieux professionnels aux cadres familiaux, en passant par les scènes religieuses, l’école, les marchés et les commerces. Organisation de l’espace, façons de communiquer, de collaborer et d’interagir... Toute la vie sociale a été impactée. D’abord avec le confinement, cette espèce de grand stop qui a entraîné le renvoi de milliers d’élèves à la maison pendant sept mois. A la reprise, les élèves ont découvert un nouveau système marqué par plusieurs réformes : mi-temps, effectifs de soixante par classe, entre autres. Crédo similaire du côté du monde du travail. De nombreux occupants de bureaux ont dû se mettre au télétravail, ce que des employeurs et employés jugeaient impossible ou hésitaient auparavant à essayer. Jusqu’à l’heure actuelle, le défi en entreprises, dans les administrations publiques comme chez les particuliers et dans le secteur informel où les stigmates du coronavirus sont encore visibles, c’est de concevoir un milieu de travail « à l’épreuve des virus ». « Nous avons compris que nous devions transformer très rapidement nos espaces de travail. D’abord, les bureaux ne sont plus des destinations incontournables. Aussi, nous avons laissé évoluer en électrons libres les personnels n’ayant pas des contraintes sur le site. Ne se rendent dans les bureaux que ceux qui y ont des responsabilités et pas tous les jours. C’est cela le « bureau souple », avec pour autre conséquence, l’adoption d’une panoplie de technologies intelligentes nous permettant de travailler sereinement, malgré tout », explique le responsable Rh d’une entreprise de la place. Clair que cette crise sanitaire a produit de tout nouveaux défis, devenant un catalyseur pour des changements qui bouillonnaient déjà sous la surface. 

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category