« Freda » : au nom de la liberté

Le film de la Haïtienne Gessica Généus a conquis le public de Ouaga par la force de ses personnages attachants.

Un film féministe et saisissant. « Freda » de Gessica Généus est une immersion dans la réalité d’un Haïti populaire, dans lequel elle promène sa caméra à l’aide de personnages bien campés et au caractère bien trempé. L’héroïne Freda, jouée par l’actrice Néhémie Bastien, est une jeune étudiante vivant avec sa mère, Jeannette, sa petite sœur Esther et son petit frère Moïse, dans un quartier défavorisé de Port-au-Prince. Le tableau peint par la réalisatrice de 36 ans oppose Freda et Esther, deux sœurs aux antipodes dans leur perception de la vie, mais liées par un amour inconditionnel. Elles sont sous les ailes d’une mère autoritaire, calculatrice et fataliste face à une misère de plus en plus profonde. Partir ou rester ? C’est le questionnement au centre de cette aventure mêlant romance et révolution. S’affirmer en tant que femme, quels que soient les regards et les conséquences, mais surtout vivre pleinement malgré les cris, le chômage, les coups de feu et autres assauts à la liberté de la jeunesse haïtienne, concernée dans ce film en particulier. 
Dans l’univers féministe de « Freda », les hommes s’illustrent par leur incapacité à être présents et investis dans leur foyer ou leur famille, par leur violence, leur manque de courage et d’empathie… C’est le visage que leur donne la cinéaste. D’un bout à un autre, « Freda » saisit le cinéphile, capturé par la rythmique soutenue d’une scène à une autre. Pas de temps pour s’ennuyer. La technique de prise de vue employée sur certaines séquences par la réalisatrice (également auteure du scénario, des dialogues, et même de la coproduction), plonge dans l’intimité de chaque existence, encourageant à partager grandes peines et petites victoires. Certaines scènes sont inspirées de faits réels, même si la réalisatrice leur donne une fin à sa sauce. Le contexte dans lequel a été tourné le film, au sortir d’un confinement de trois mois pour des raisons politiques, dans une rue agitée, relève l’effet d’une réalité filmée. 
La réalisatrice a d’ailleurs rappelé à tous ses motivations en prenant la parole avant l’une des projections de son film en lice pour l’Etalon d’Or de Yennenga au Ciné Burkina de Ouagadougou lundi dernier, devant une forte présence de la communauté haïtienne. « Il fallait que je place un miroir sur la situation actuelle de mon pays, afin d’avoir ce film qui nous permette de nous regarder en face », a déclaré la cinéaste. De bouche à oreille, la beauté de « Freda » se répand dans Ouagadougou. Beaucoup misent déjà sur ce long métrage pour la statuette dorée au soir du 23 octobre prochain.
 

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