Marché du ciment : où est passée la concurrence ?

Alors que le ministère du Commerce, après concertations avec les producteurs du ciment au Cameroun, a validé en mars 2022 les nouveaux prix de référence applicables à Yaoundé et à Douala, l’offre et les étiquettes de cet important matériau de construction focalisent le plus l’attention en ce moment. Ainsi, le sac de ciment de 50 kg de type 32.5 (travaux courants) est vendu dans la capitale à 4 900 F, contre 4 600 avant. Et pour le ciment 42.5 (travaux de structures), le prix est passé de 4 900 F à 5 400 F. Les prix en vigueur à Douala subissent quant à eux une décote de 300 F par rapport à ceux pratiqués à Yaoundé pour chaque type de ciment, selon le chef de la Brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes, Barbara Elemva Amana. Dans le reste du pays, ce sont les services déconcentrés du Mincommerce, en relation avec les acteurs de la filière, qui déterminent les prix de vente que les distributeurs doivent respecter, en tenant compte des coûts supplémentaires induits par le transport. Autrement dit, plus la distance est longue, de l’usine au lieu de vente au détail, plus le prix payé par le consommateur final sera élevé.                                                                                                
Le gouvernement intervient dans la fixation des prix du ciment dans le cadre de la loi de 2015 régissant l’activité commerciale qui dispose que les prix et tarifs de certains produits et services sont soumis à la procédure d’homologation préalable, avant toute mise en vente sur le marché national. Et un rappel a été fait le 14 avril dernier à travers un arrêté ministériel fixant la liste des produits concernés. Le ciment, tout comme le fer à béton et les tôles de couverture, en fait partie.                                                                                                                                    
Cependant, au regard des prix qui battent des records dans l’arrière-pays souvent enclavé, une question taraude sans cesse les esprits. Pourquoi, en dépit de la fin du monopole, suivi par la multiplication du nombre de producteurs locaux de ciment -au nombre de six à ce jour- et l’augmentation de l’offre, le jeu de la concurrence tarde à fonctionner pour tirer les prix vers le bas ? « Une nouvelle marque de ciment a fait son apparition sur le marché camerounais déjà très concurrentiel, sans toutefois impacter le prix », relevait avec étonnement, il y a quelque temps, une mission diplomatique dans une note de conjoncture. La presse spécialisée renchérit et tranche : « L’arrivée des autres opérateurs n’a curieusement pas eu d’incidence sur les prix du ciment ». Qu’est-ce qui pourrait alors expliquer, ces dernières années, cette stagnation des prix autour de 5000 F le sac de ciment ordinaire dans les deux principales agglomérations du pays, puis, la hausse et la spéculation à laquelle on assiste ici et là, au détriment du pouvoir d’achat malmené par des tensions inflationnistes qui épargnent peu de produits ?                                                                                                                                          
A l’heure où la perspective d’une baisse des prix du ciment s’éloigne comme jamais auparavant, au Mincommerce, on met sur la table les paramètres-clés du marché. « Il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande. D’où les tensions et les risques inflationnistes qui en découlent », analyse un responsable proche du dossier. Car en effet, la production locale est insuffisante, 4,5 millions de tonnes par an, face à une demande croissante estimée à 6 millions de tonnes ces jours-ci. Soit un gap à combler d’environ 1,5 million de tonnes, dans un contexte marqué par la poussée démographique et la croissance économique dont l’un des moteurs est la demande intérieure tirée entre autres par la multiplication des chantiers de BTP.                                                                                                                                
Au-delà des problèmes structurels, l’autre facteur est conjoncturel. C’est que, face à la hausse des coûts d’importation du clinker, l’un des constituants essentiels du ciment qui ne bénéficie plus de l’accompagnement lié aux APE, et qui est maintenant acheté en dehors de l’Union européenne, selon des sources crédibles, et en raison du renchérissement du coût du fret maritime consécutif à la crise sanitaire qui a perturbé les chaînes logistiques et d’approvisionnement, les cimentiers locaux ont saisi le gouvernement afin que les prix soient revus à la hausse. « Pendant la période de négociation des nouveaux prix entre les deux parties, les cimentiers n’ont pas été patients. Ils n’ont pas attendu que le gouvernement accède à leur demande pour qu’ils puissent retrouver leurs marges bénéficiaires. C’est ainsi que de décembre 2021 à mars 2022, ils ont appliqué des prix illicites sortie usines et les services de contrôle sont montés au créneau pour bloquer les ventes de ciment aux prix non homologués. Conséquence, le produit s’est raréfié et de nombreux chantiers ont dû fermer », analyse un haut fonctionnaire. Il ajoute que « depuis quelques semaines, malgré l’activité intense dans les huit unités de production qui tournent à plein régime en ce moment, autour de 90 à 95% de leurs capacités, il est difficile de remettre le marché du ciment à flot, l’écart s’étant davantage creusé du fait du report de la forte demande. Quand un camion chargé arrive à Yaoundé, sa cargaison généralement déjà réservée est vite dispatchée. L’entrée en scène des spéculateurs n’a fait que tendre davantage un contexte déjà bien difficile ».                                                                                                                                              
Même si les nouvelles variét&...

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