Or, risques et périls

Bétaré Oya reste une localité qui, dans l’imaginaire des Camerounais d’une certaine génération, rime avec l’or. Mieux son exploitation. Seulement cette renommée commence à dater. Aujourd’hui, Bétaré Oya a presque perdu le monopole de l’exploitation de cette substance minérale. Batouri, Ketté et Ngoura ont su se faire une place dans cet univers opaque. Ces derniers temps, on parle aussi un peu plus de Benita, Kambele et même de la région de l’Adamoua où, de l’avis des Ong, la ruée vers l’or creuse dangereusement son sillon. A un moment, c’est vers Eseka, dans la région du Centre, que les orpailleurs venus de divers horizons ont convergé. 
Dans cet univers, des éboulements viennent de temps en temps troubler la loi du milieu. Les cris de détresse des orpailleurs aussi. Ces derniers, lorsqu’ils ne présentent pas une santé déclinante, du fait des pratiques du secteur minier, poussent des cris de détresse pour pleurer un parent arraché brusquement à leur affection. La dernière hécatombe a eu lieu dans la nuit du 9 juin dernier dans un chantier minier à Benita dans le département de la Kadey, région de l’Est. Sept personnes ont été englouties dans un éboulement de terrain. Les enquêtes révéleront plus tard que parmi les victimes de la recherche quotidienne de l’or, on retrouvera les corps sans vie de deux femmes et deux enfants. Dans un concert de condamnations, le préfet de la Kadey ira même plus loin en signant le 22 juillet 2022, un arrêté qui met fin à toute activité d’exploitation minière dans la zone de Kambélé. Au sein de l’opinion, on approuve la mesure, on encourage même le haut commis de l’Etat à faire plus pour la sécurité des populations.
Seulement, les affaires de l’orpaillage ne sont pas aussi simples. Si tout se passe dans le silence, rien n’est cependant inconnu dans ce couloir miné. C’est ainsi que les acteurs de la société civile ont saisi la balle au bond pour raviver les souvenirs macabres de l’exploitation de l’or dans la région de l’Est. On apprendra ainsi ahuri, que les sept morts de Benita viennent alourdir un bilan déjà peu élogieux. L’organisation non gouvernementale Forêt et développement rural (Foder) soutient qu’avec ce dernier incident, on tutoie désormais la barre de 192 décès. Période d’observation : 2014-2022. A côté des pertes humaines, l’ONG signale 133 accidents graves. Et c’est là que la conscience collective doit être interpellée. En effet l’exploitation minière, si elle est menée en phase avec la loi, présente d’inestimables atouts. Elle fera même du bien à tout le monde, les exploitants miniers, les populations mais surtout le Trésor public. Or au Cameroun, et même dans quelques autres pays du continent, l’exploitation de l’or ne laisse pas toujours de traces. Les exploitants semi industriels, comme les artisans miniers, engrangent de fortes sommes d’argent. Mais le circuit officiel de vente ne reçoit que des quantités et des montants dérisoires. A peine 15% de l’or produit au Cameroun est exporté via les circuits formels. Les multiples saisies illégales enregistrées dans nos aéroports sont là pour créditer cette thèse.
Ce qui arrive aux populations est donc blâmable, car en dehors de la vie des Camerounais, l’exploitation désordonnée des mines d’or, dégrade le patrimoine routier, pollue les terres et les rivières et expose, à la longue, les populations à la précarité. La récente mesure du préfet de la Kadey doit donc être suivie et respectée par tous les intervenants du secteur minier. On se souvient que depuis 2012, le ministre en charge des mines a pris des mesures allant dans ce sens, mais force est de constater que sur le terrain, les exploitants miniers et les orpailleurs clandestins ont leur appréciation des directives des pouvoirs publics. En 2020, le ministre en charge des mines a réitéré l’engagement des pouvoirs publics à assainir le secteur minier pour mettre les populations à l’abri des dérives observées à la faveur de l’exploitation min...

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