« L'ONU n'est plus adaptée à la configuration du monde »

Joseph Vincent Ntuda Ebodé, professeur titulaire des universités hors Échelle, directeur du Centre de recherche d’études politiques et stratégiques de l’Université de Yaoundé II-Soa.

Certaines grandes puissances et des organisations à travers le monde sont d’avis qu’il y a urgence de réformer l’Organisation des Nations unies. Est-ce à dire que plus de 77 ans après sa création, l’ONU n’est plus à même de satisfaire les aspirations du monde.
La question de la réforme des Nations unies est un débat récurrent qui traverse l’opinion publique internationale à chaque grande crise internationale. Il surgit particulièrement en référence au Conseil de sécurité lorsque l’un des cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) utilise son droit de veto pour interdire un débat ou bloquer une décision. Même si ce débat est plus global, puisqu’il touche à la fois les plans sécuritaire, économique et social, les critiques les plus acerbes restent d’ordre politiques. Ainsi, depuis que la Russie a lancé son « Opération spéciale » en Ukraine, en février dernier, le fait qu'elle utilise son droit de veto pour s’opposer à toute résolution susceptible de la condamner a de nouveau relancé le débat sur la réforme de l’ONU. Les présidents français, Emmanuel Macron et américain, Joe Biden ont ainsi proposé une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Le premier, au cours de l’Assemblée générale des Nations Unies, le mardi 20 septembre 2022, lorsqu’il déclare qu’il souhaite qu’on engage enfin la réforme du Conseil de sécurité, pendant que le second appelait à augmenter le nombre de membres permanents et non permanents. Si l’on ne peut ignorer les calculs diplomatico-strategiques (c’est la première fois que deux membres permanents se prononcent pour la réforme du Conseil de sécurité), que cachent ces appels en pleine guerre ? Il n’en demeure pas moins vrai que sous sa forme actuelle, l'ONU n'est plus adaptée à la configuration du monde qu'elle est supposée réguler. Sans doute donc, une réforme ou une refonte est nécessaire, afin d’améliorer au moins, sa représentativité politique et donc sa légitimité, son efficacité dans le champ du maintien de la paix, et son travail sur les plans socio-économique. Bien évidemment, cela n’est possible que lorsque les esprits se seront calmés ; afin que la diplomatie retrouve son vrai champ de prédilection. 

Dans la configuration souhaitée, beaucoup plaident pour une modification de la structure actuelle et un rééquilibrage du Conseil de sécurité. Dans quelles conditions une redistribution saine des cartes peut-elle être possible ? 
Dans toute organisation qui veut être à la fois efficace et représentative, deux modes d'action collective sont généralement requis pour donner, dans ce qu'on appelle dans le registre électoral, un scrutin mixte. Ici, on associe à la représentation majoritaire des éléments de la proportionnelle. C’est vers cette logique qu'il faudrait peut-être tendre en élargissant la représentativité politique, sans affaiblir l’efficacité de l’organisation. Dans cette logique et pour qu’une réforme de l’ONU soit acceptable au moins par la majorité des États, les principales variables suivantes doivent constituer la clé de répartition d’une structure consensuelle, légitime, équitable, représentative, inclusive et efficace : les continents ; la population ; la puissance économique ; la puissance militaire ; la possession de l’arme atomique. La répartition entre grandes puissances, pays émergents et pays en voie de développement pourrait donc être la suivante, si on se limite juste aux membres permanents du Conseil de sécurité, dans l’optique de l’agrandir, en laissant tous les membres permanents actuels en poste pour les droits acquis et en octroyant le droit de veto à tous les nouveaux membres. Chaque continent devrait avoir au moins deux représentants d’office en raison de la surreprésentation européenne actuelle (deux membres ou trois, selon qu'on compte la Russie en Europe ou pas). Chaque grande puissance démographique continentale doit devenir membre permanent. Chaque grande puissance économique d’un continent doit devenir membre permanent. Chaque grande puissance militaire d’un continent doit devenir membre permanent. Chaque puissance ayant au stade actuel la bombe atomique doit devenir membre permanent.  Cette clé de répartition permet à la fois de régler la question de la représentativité de l’ONU, celle de son efficacité et celle de son inclusivité. Ainsi, on pourrait avoir une organisation mondiale au sein duquel cohabitent les vieux pays industrialisés, les pays émergents et ceux en développement, chacun disposant d’un droit de veto et les décisions se prenant à l’unanimité…
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