Interview : « Il faut appuyer sur la transformation agroalimentaire »

Evariste Yameni, Directeur exécutif de la Bourse de Sous-traitance et de Partenariat.

M. le Directeur, quelles sont, selon vous, les principales avancées enregistrées au plan économique par le Cameroun depuis 40 ans ?
Je note la transition plus ou moins réussie de l’Etat providence, propriétaire de l’essentiel des entreprises, à l’Etat régulateur, qui s’est effacé pour laisser éclore une génération d’entrepreneurs. On compte aujourd’hui des milliers d’entreprises notamment des PME/PMI, créées et tenues par des Camerounais. En plus, le caractère résilient de l’économie camerounaise lui a permis de faire face aux différentes turbulences de l’environnement économique mondial. Les avancées sont nombreuses. Sous l'impulsion du chef de l'Etat, nous observons par l’exemple au plan industriel la mise en place d'une vraie filière de production dans le domaine de la cimenterie, avec la création de plusieurs grandes entreprises. Ce même dynamisme a été constaté ces dernières années avec la production dans le domaine de la métallurgie, où plusieurs entreprises dans le secteur se sont également installées au Cameroun. La présence marquée de plusieurs hauts calibres de donneurs d'ordre permet de maintenir debout le secteur productif par le biais de la sous-traitance industrielle, qui est une réserve sûre de création d'emplois pour notre économie.
Aussi, parmi les acquis, le déploiement des projets infrastructurels d’envergure ne sont pas des moindres. A l’instar de la construction des barrages hydroélectriques en vue  d’augmenter la capacité énergétique et booster l’industrie locale ; la construction d’infrastructures routières et l’aménagement des voies ferroviaires, aéroportuaires, entre autres. Vous constatez que le gouvernement a toujours été à pied d'œuvre pour apporter une révolution positive du tissu économique camerounais. En 40 ans donc, nous avons connu une avancée significative qui a redoré et lustré l'image de notre économie.
Durant cette période, quels auront été les moments les plus délicats à négocier, et les bonnes opérations réalisées par le pays ?
Il faut noter la difficulté connue par le pays à la suite de l’ajustement structurel des années 80 et 90, doublée par une dévaluation du FCFA qui nous a obligés à privatiser la plupart des entreprises publiques. Précédée par la crise économique créée par la chute des cours de nos principales matières premières. Mais beaucoup plus près de nous, il faudra aussi parler des différents défis et menaces sécuritaires auxquelles a fait face le Cameroun sur la dernière décennie, qui ont plombé la croissance de notre pays. Ce fut une transition difficile à négocier qui a été à l’origine de la fermeture de plusieurs entreprises et de la baisse du salaire des fonctionnaires. On peut se réjouir que le pays ait réussi à dépasser cette étape. En guise de bonnes opérations, on peut noter le grand sursaut réalisé au niveau des ressources énergétiques avec la construction de barrages venus améliorer et stabiliser l’offre énergétique, et surtout l’attrait et les potentialités qu’offre notre pays aux investissements étrangers qui se bousculent à nos portes. Néanmoins, nous avons réussi à y apporter une résilience farouche à travers par exemple la réalisation du programme d'infrastructures adossé derrière l'organisation des différentes compétitions continentales de football. Ces méga investissements ont été précédés par ceux liés à la production énergétique par la construction de différents barrages. Ce défi infrastructurel représente la meilleure garantie de pérennisation de la croissance et du développement de notre pays, malgré le contexte ambiant plombé par la menace de récession soutenue par une inflation galopante subie à l'issue des doubles crises avec la pandémie du Corona virus et la guerre russo-ukrainienne. Mais on voit bien que les perspectives de 2023 selon le FMI et la Banque mondiale laissent espérer une reprise mondiale dont le Cameroun pourra jouir sur plusieurs aspects.
Pensez-vous qu’à ce jour, le Cameroun, en termes de développement économique, ait fait tout ce qu’il fallait, au vu du potentiel qui est le sien en la matière ?
Des choses ont été faites, mais beaucoup reste à faire. Des pays comme le Canada ont bâti leur économie sur les PME/PMI en mettant en place une législation favorable à ce secteur. Le Cameroun est sur cette voie, car cette catégorie d’entreprise constitue 97% des entreprises en activité chez nous. Seulement, l’arsenal juridique et réglementaire en vigueur ne permet pas aux PME/PMI de jouer véritablement leur rôle. Des initiatives à l’instar d’une loi sur la Sous-traitance sont en cours, tout comme la nécessité de la prise en compte du local à tous les niveaux de l’activité économique. Notre sous-sol et de nombreuses autres ressources sont sous-exploités et sont parfois aux mains des étrangers. Je pense ici à la valorisation du potentiel minier du pays pour la mise en œuvre d'une industrie lourde pouvant assurer une transformation locale et abondante, source de davantage de devises. Cette même démarche peut être développée sur le plan du renforcement de notre potentiel de champ gazier pour profiter au mieux de la montée des cours actuels, qui va se consolider avec le temps. Il ne faudra pas non plus négliger la politique d'import-substitution pour les denrées agricoles, principalement pour renforcer notre secteur primaire à travers les filières comme l'huile de palme, le blé, le maïs, le haricot…
A votre avis, quels sont les chantiers prioritaires auxquels s’attaquer pour que le pays parvienne à l’émergence projetée à l’horizon 2035 ?
Le principal est le secteur minier, qui a permis à des pays comme l’Afrique du Sud de compter parmi les nouveau...

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