« Un multipartisme intégral dominé par un parti »

Pr. Serge Paulin Akono Evang, enseignant de science politique à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université d’Ebolowa.

La composition du Sénat, pour le compte de la troisième législature est désormais connue. Elle laisse transparaître une hégémonie du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC. Quelle analyse cela vous suggère-t-elle ?
L’hégémonie du RDPC, qui va au-delà de l’élection des sénateurs du 12 mars 2023 dernier, est le produit de la société politique camerounaise. Contrairement aux apparences et aux analyses de surface, l’emprise et la domination du RDPC relèvent de la normalité politique du fait des structures d’opportunités politiques. Il y a des facteurs historico-politiques. Le RDPC est l’héritière de l’ex-parti unique et bénéficie logiquement d’un avantage comparatif par rapport aux partis d’opposition qui présentent des difficultés et des faiblesses à s’imposer dans le jeu politique. Ce n’est pas seulement la problématique du consensus sur les règles du jeu. Il y a aussi des raisons d’ordre financier. La politique a un coût et l’argent étant le nerf de la politique. L’environnement psychologique des acteurs, le contrôle des conseillers régionaux et municipaux par le RDPC, et la surenchère électoraliste d’un discours en réalité démobilisant sur la fraude et la corruption électorales ajoutent à ces autres facteurs pour mieux comprendre l’hégémonie du RDPC. C’est donc sans surprise que le RDPC a raflé tous les 70 sièges en lice.

Conformément aux dispositions légales, le président de la République a la possibilité de nommer 30 sénateurs. Là aussi, il a porté son choix sur 24 toujours issus des rangs du RDPC. Quel commentaire pouvez-vous faire de ces nominations ? 
D’abord, la nomination de certains membres de la chambre haute n’est pas propre au Cameroun. Ensuite, la démocratie impliquant la loi de la majorité, c'est celui qui gagne qui impose et applique sa politique. C’est donc normal que le président de la République, président national du RDPC, utilise son pouvoir de nomination pour rétribuer ses militants tout en assurant les équilibres infrarégionaux et récompenser certains partis de la majorité présidentielle. En sus, la politique étant un rapport de force, et le parti au pouvoir ayant pour objectif normal de conserver le pouvoir, il devient difficile de donner des ressources politiques aux adversaires, parce que chaque position de pouvoir nominatif ou électif confère légitimité, pouvoir, influence et richesse. Ce qui serait bénéfique pour les futures compétitions électorales. Enfin, il n’y a pas un retour au parti unique, il y a un multipartisme intégral dominé par un parti politique.

Avec 94 sénateurs sur 100, ce parti est hyper dominant. Quelle incidence cela peut-il avoir sur le rendement de cette Chambre parlementaire ? N'y a-t-il pas lieu de craindre un endormissement ?
L’hyper domination du RDPC n’est pas seulement réelle au Sénat, elle l’était déjà dans la vie politique nationale. Il n’y a pas matière à pe...

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