« En politique, il est bon de construire sa présence sociale »

Dr Fabilou, politologue, université de Ngaoundéré.

Des acteurs et des élites poli­ tiques profitent de la période des grandes vacances pour or­ ganiser différentes activités en faveur des jeunes et des femmes (championnats de vacances, for­ mations diverses, campagnes d’inscriptions sur les listes élec­ torales, etc.). Comment analy­ sez-vous ces actions ? Au Cameroun, la politique ne se joue pas uniquement dans les réunions formelles des partis ou pendant les campagnes électorales. Elle se construit aussi dans les réseaux as­ sociatifs, les chefferies, les commu­ nautés, les quartiers, les rencontres sportives, les cérémonies et les ré­ seaux de solidarité. Il faut surtout observer le contexte dans lequel l'ac­ tivité est organisée, son financement, les acteurs qui la portent, les béné­ ficiaires ciblés et les discours qui l'ac­ compagnent. C'est cette combinaison qui permet de déterminer si nous sommes face à une simple action sociale ou à une véritable entreprise de mobilisation politique. Cette année, la dimension électorale est particu­ lièrement intéressante puisque la ré­ vision des listes électorales pour 2026 se poursuit jusqu'au 31 août. Elecam mène d'ailleurs des actions spécifiques en direction des jeunes. Quel gain politique les initia­ teurs de ces activités peuvent- ils tirer ? Le premier gain est celui de la visibi­ lité. Un acteur politique qui finance ou parraine un championnat de va­ cances, une formation ou une activité communautaire se rend visible auprès d'une population qui constitue po­ tentiellement son électorat. Il ne de­ mande pas nécessairement directe­ ment un vote ; il construit progressi­ vement une présence sociale. Le deuxième gain est la construction d'un capital relationnel et symbolique. En politique, disposer de ressources financières ne suffit pas. Il faut éga­ lement être connu, reconnu et iden­ tifié comme quelqu'un qui « fait quelque chose » pour la communauté. Une activité sociale réussie peut contribuer à construire cette image. Le troisième gain est la constitution ou la consolidation d'un réseau de mobilisation. Les organisateurs iden­ tifient les jeunes, les responsables associatifs, les leaders communau­ taires, les femmes, les sportifs, les relais locaux et parfois même les responsables de quartiers. Ces ré­ seaux peuvent ensuite être activés dans d'autres circonstances, notam­ ment électorales. Il existe également un gain plus subtil : celui de la légitimation sociale. Au Cameroun, la proximité avec les po­ pulations demeure une ressource po­ litique importante. Un acteur qui est régulièrement présent dans les com­ munautés peut progressivement être perçu comme une personnalité ac­ cessible, disponible et soucieuse des préoccupations locales. Cependant, il faut faire une distinction fonda­ mentale entre mobilisation politique et achat de loyauté politique. La par­ ticipation à une activité, le fait de recevoir un maillot ou de bénéficier d'une formation ne signifie pas au­ tomatiquement que le bénéficiaire soutiendra politiquement l'organisa­ teur. Le citoyen camerounais est beaucoup plus pragmatique qu'on ne le pense parfois. Il peut participer à plusieurs activités organisées par des acteurs politiquement concurrents et conserver sa liberté de choix élec­ toral. Nous sommes à la veille des élections législatives et munici­ pales. Est-ce qu’on peut dire que cette période de grandes va­ cances est une opportunité de positionnement pour ceux et celles qui voudraient être can­ didats ? Oui, mais avec une nuance importante : les vacances constituent une op­ portunité de positionnement, mais elles ne garantissent pas une candi­ dature et encore moins une victoi...

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