Discipline à l’école : il faut reprendre la main

L undi 26 octobre à Yaoundé. Le proviseur du lycée bilingue de Nkolndongo s’égosille au portail à la vue de nombreux élèves qui déambulent hors de l’enceinte de l’établissement. Le responsable interpelle ces jeunes, mais aucun d’eux ne prête attention. Un lundi ? Des élèves qui flânent aux alentours d’un éta­ blissement scolaire d’enseignement secondaire ? Un peu curieux. C’est pourtant le signe que tout ne tourne pas rond. A une certaine époque, le retard et l’absence à la levée des couleurs du lundi étaient des fautes graves. Les coupables tremblaient de tout leur corps et ne pouvaient pas avoir le toupet de s’exposer ainsi. Les temps ont changé et l’indiscipline en milieu scolaire n’a pas épargné le mythique rassemblement de début de semaine. Si les élèves d’aujourd’hui en arrivent à boycotter un rituel institué et exécuté depuis des générations, il y a lieu de reconnaître que la coupe de l’insoumission a débordé. Le rassemblement du lundi matin dans les écoles, est une institution. Bien plus, c’est le seul jour de la semaine où tout l’effectif et tout le staff admi­ nistratif et pédagogique se retrouvent autour du drapeau pour exécuter l’hymne national. Du coup, lundi matin n’est pas un jour ordinaire. C’est l’ins­ tant de l’honneur à la pa­ trie dans les établissements scolaires, l’instant de l’ordre et de la rectitude pour un cérémonial républicain obligatoire. Des enfants en viennent à s’en exclure de nos jours... A l’école, les encadreurs semblent parfois débordés. A la maison, certains parents sont aussi à bout, malmenés par les mensonges, les grands et petits coups de leurs progénitures. D’autres se rendent à peine compte de la dérive. Le cas de désinvolture et de mépris observé par notre proviseur ce matin-là est révélateur. C’est une gangrène sur laquelle il n’est pas trop tôt pour se pencher, si on veut que la jeunesse d’aujourd’hui reste le fer de lance de demain. Il faut agiter plus vigoureu­ sement la sonnette d’alarme. Mais cela implique la participation de l’ensemble de la communauté éducative. La situation actuelle n’est pas la seule faute des enseignants sur qui on a tendance à rejeter tous les torts. Les parents ont baissé les bras, il faut se le dire. Ils sont trop occupés au travail, dans les missions ou les affaires, et n’arrivent plus à maintenir le regard sur l’enfant. Lorsque ce dernier traîne dehors aux heures de cours, il accumule forcément des heures de retard qui sont comptabilisées et notées dans le bulletin. Cela devrait attirer l’attention. Les systèmes d’évaluation permettent aujourd’hui d’avoir ces bulletins toutes les six semaines. C’est là que les parents devraient prendre la « température » exacte. S’ils redoublaient de vigilance, ils verraient dès la maison que les six nattes réglementaires ne sont pas renouvelées et susceptibles de sanction à l’établisse­ ment. Dès la maison, on anticipe sur les cas d’indiscipline avant que la situation n'échappe au contrôle. Aujourd’hui, les élèves ne sont pas des anges. Beaucoup débordent d’ingéniosité quand il s'agit de contourner les règles, de faire l’école buissonnière ou d'innover dans la triche. Un parent rigoureux raconte, meurtri, comment son fils, traduit au conseil de discipline, lui a caché l’information. Le parent était pourtant convoqué à ce conseil. L’élève mis en cause a dû contourner son géniteur en louant les services d’un parent de substi­ tution contre 15 000 F. Voilà où on en est : des adultes qui acceptent de jouer frauduleusement un rôle devant une situation gravissime, contre de l’argent, sapant ainsi l'autorité parentale. Faut-il le souligner, le conseil de discipline n’est convoqué...

Reactions

Commentaires

    List is empty.

Laissez un Commentaire

De la meme catégorie