« Les formes de solidarité se sont réinventées »
- Par Alexandra TCHUILEU N.
- 09 Jul 2026 13:54
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Pr. Christian Bios Nelem, sociologue à l’Université de Yaoundé I.
La solidarité familiale semble s’effriter au fil des années. Cette observation est-elle fondée ? Le sens de votre question permet de ressortir, d’emblée, le rôle significatif de la famille, présentée comme la cellule primordiale à partir de laquelle le processus de socialisation est amorcé, le socle fondamental qui structure la conscience collective en précisant ce qui est permis et ce qui est proscrit. La famille est vue ici comme le terreau de la transmission des valeurs, à l’instar de la solidarité, des croyances et des modes de vie d’une société précise, des adultes vers les plus jeunes. C’est sur ces éléments que l’on a coutume de parler de la solidarité comme une caracté ristique des sociétés africaines tradi tionnelles. Or, ces dernières se sont ouvertes aux autres, faisant l’effet des pressions externes, des tensions plurielles et de l’individualisation des pratiques sociales. Ainsi, les formes de solidarité se sont réinventées, tout comme la famille n’est plus la seule instance à partir de laquelle l’individu construit sa personnalité. Les médias vont interférer, au même titre que la religion, l’école et d’autres groupes de référence. Des facteurs tels que les soup çons de jalousie, de sorcellerie et des rivalités fraternelles sem blent à la racine du mal. Comment en est-on arrivé là ? Si, par le passé, l’individu se définissait à partir de son groupe d’appartenance, les réalités actuelles sont plus com plexes et placent l’individu au cœur de son processus de réalisation. Sa conscience va être déterminée non pas nécessairement par la conscience collective, mais par sa détermination à satisfaire les besoins vitaux qui s’imposent à lui, sans lui et malgré lui. Dans ce cas, l’on peut être solidaire d’un individu pour lequel des liens de sang ne sont pas établis et entretenir des tensions profondes avec un mem bre proche, pour des motifs divers tels que le contrôle des ressources, les conflits d’hégémonie, le transfert des frustrations ou simplement une cristallisation des antagonismes au nom des clivages politiques. Avec les contraintes d’au jourd’hui, comm...
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