Motos-taxis: Solidarité jusqu’à la folie

Ces transporteurs font plus que jamais partie du décor dans les villes et campagnes. Avec le sentiment d’avoir contre eux le monde entier, ils ont développé un instinct grégaire très fort.

U n impressionnant cor­ tège de motos-taxis dé­ boule à toute vitesse ce vendredi du mois de juil­ let au lieu-dit descente Eleveurs, dans l’arrondissement de Yaoundé V. Sous un concert de klaxons to­ nitruants, les motos de tête exi­ gent des automobilistes de libérer rapidement la voie. Certains conducteurs hésitant à obtempé­ rer reçoivent de violents coups sur la carrosserie. Sur les deux-roues habillés de branchages verts, deux à trois occupants. Vêtus tous de t-shirts noirs, ils affichent une hargne inhabituelle. Certains exhibent des portraits d’un jeune homme. « Ah, ils sont en deuil. Ils sont certainement en train de se rendre au cimetière municipal de Nkolfoulou pour un enterrement », explique la tenancière d’un café de fortune sis sur le trajet. Le pas­ sage d’un corbillard quelques ins­ tants après confirme ses dires. « Pour l’accompagnement de l’un des leurs au cimetière, ils pren­ nent des risques inutiles. Un acci­ dent a vite fait d’arriver. Et ce ne sera plus une seule personne qu’on accompagnera à sa dernière demeure aujourd’hui », fait obser­ ver un client du café. La solidarité chez les conducteurs de motos-taxis, communément appelés bendskins, est très forte. Elle repose sur des réseaux d’en­ traide informels solides. Ceux-ci s’organisent autour d’associa­ tions de quartier disposant de caisses d’épargne et secours, de tontines. Dans ces cadres aux clauses bien déterminées, les membres cotisent de l’argent chaque jour ou chaque semaine. « Les montants varient d’un re­ groupement à l’autre. Dans notre association qui totalise 25 mem­ bres, chacun a le devoir de verser 1500 F à la fin de la journée. De cette manière, la cotisation ne pèse pas lourd et chaque di­ manche un membre bouffe. Ce qui nous permet de faire deux tours par an. En décembre, nous cas­ sons les caisses d’épargne et fai­ sons une petite fête pendant la­ quelle nous offrons des cadeaux-souvenirs à tous les membres, avec les fonds des deux semaines qui flottent dans l’an­ née », explique Ange Tsogo, com­ pagne d’un bendskin et « mère d’une cotisation » au quartier Tsinga Village, Yaoundé V. L’entraide chez les motos-taxis est aussi directe sur les routes. Question de surmonter la préca­ rité et les risques du métier. Les conducteurs fraîchement débar­ qués du village pour la jungle du trafic urbain, sans avoir de notions de condui...

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