Projets culturels : le défi de la pérennité
- Par Brice Mbeze
- 20 Sep 2026 22:40
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12 mai 2026. Une triste date pour les milieux de la culture de notre pays. Ce jour-là en effet, le Très- Haut rappelait auprès de lui Bassek ba Kobhio, l’un des éminents hommes de culture du Cameroun, arraché à la vie à 69 ans. L’homme à la casquette, comme certains l’appelaient, arborait justement plusieurs casquettes. Ecrivain, réalisateur, formateur, il était le promoteur des « Ecrans noirs », festival de cinéma qu’il a porté comme une femme porte un enfant. Avec délicatesse et jalousie. « Ecrans noirs», c’était son bébé. Le nom de celui qui avait comme signe ves timentaire distinctif son éternelle casquette s’est identifié à cet évènement culturel devenu l’un des repères les plus importants de l’agenda du cinéma au Cameroun et en Afrique. Bassek ba Kobhio quittait la scène alors même qu’il préparait le 30e anniversaire des « Ecrans noirs ». Son équipe, bien que sonnée encore par cette disparition aussi brutale que soudaine, trouve néanmoins les ressources mentales né cessaires pour peaufiner l’organisation de ce 30e numéro. Elle ambitionne placer la barre à la hauteur de la notoriété qu’a pu atteindre le producteur du « Grand blanc de Lambéréné », l’un de ses films à succès. Rendez-vous est pris du 21 au 28 novembre prochain à Yaoundé. Bassek a contribué à démocratiser le 7e art, y compris en rase campagne, comme à Lebamzip (Sa’a), où fut tourné en 1991 « Sango Malo », une success story. A sept semaines de la tenue de l’édition hommage au cinéaste, une question brûle les lèvres : ce festival survivra- t-il à son promoteur ? Lors des différentes cérémonies d’hom mages organisées dans le cadre de ses obsèques, que ce soit à Yaoundé ou Nindjé, son village dans le département de la Sanaga Maritime, officiels, collaborateurs, mécènes, et tous ceux qui revendiquent aujourd’hui son héritage, ont pris l’engagement solennel d’inscrire ce festival qui a largement contribué au rayonnement du Cameroun dans la durée. Le festival a été reconnu d’utilité publique depuis avril 2016 à la suite d’un décret du Président de la République. Ce statut octroyé par le chef de l’Etat, plus qu’une recon naissance, pourrait garantir sa survie, voire sa pérennité. Al lons-y néanmoins avec les pincettes. Rien n’est jamais ac quis...Nonobstant les assurances reçues çà et là, et en se ré férant à certaines expériences du passé dans le secteur cul turel, certains observateurs affichent leur scepticisme et nourrissent des craintes légitimes quant à la survie de cette jolie et belle oeuvre. Beaucoup d’évènements culturels qui suscitent les promesses à leur avènement disparaissent gé néralement de la circulation du jour au lendemain. Sans crier gare. Comme si de rien n’était ! Partageons ensemble cette coupure de presse d’Afrique Ma gazine, publication du groupe Jeune Afrique. L’article publié en mai 2000 annonce la tenue des Rencontres musicales de Yaoundé (REMY). « Les sons de Yaoundé », c’est son titre. « La deuxième édition des Rencontres musicales de Yaoundé comporte un important volet musical, avec une vingtaine de groupes issus de toutes les régions du continent : le Franco- camerounais Manu Dibango, bien sûr, mais aussi le Congolais Lokua Kanza, Sally Nyolo, la Camerounaise, Rokia Traoré, la Malienne, etc. Des ateliers de pratique musicale permettront aux musiciens professionnels invités de rencontrer les artistes locaux. » L’article s’achève par cette information : « Afrique Magazine est partenaire de la soirée « Chœurs de jeunes ». A Yaoundé, un évènement culturel avait donc réuni en mai 2000, sur une même scène, tant de talents ! 26 ans plus tard, que sont devenues les REMY ? Les Rencontres musicales de Yaoundé, festival qui avait fait bouger les lignes, inaugurant une autre grammaire dans le narratif culturel, étaient soutenues par la Coopération française. Elles ambitionnaient s’inscrire dans la durée. Les Remy n’ont duré que le temps de deux éditions seulement : 1998 et 2000. Deux des quatre pères fondateurs sont décédés à savoir le colonel Teyang et Catherin Noah, qui était allé s’installer à Nantes où il avait trouvé un emploi à la Mairie. André Djibathe s’était expatrié aux Etats-Unis où il est devenu banquier. Alexandre Siewé, lui, était reparti en France pour poursuivre ses études, et s’est bâti une autre trajectoire à la fin de son cursus universitaire. Trajectoire qui l’a emmené loin des milieux culturels. Les Remy étaient quasiment nées à la même période que les « Ecrans noirs ». Il en est des Rencontres musicales de Yaoundé comme d’autres belles i...
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