Football local : les professionnels de l’amateurisme

L a reprise de la saison sportive en football est annoncée pour le 17 octobre prochain. Ce sera parti pour une nouvelle année de ce que nous appelons conventionnellement « Championnat professionnel » depuis à peu près une quinzaine d’années. Entre nous, ça ressemble à un abus de langage, dans le contexte came­ rounais. Parce que le football professionnel, on sait à quoi il renvoie, notamment dans les nations les plus avan­ cées en la matière. En Europe, en Amérique ou de plus en plus en Asie. Avec des clubs financés et gérés comme des entreprises. Et des entreprises prospères, payant des salaires enviables à leurs joueurs, encadreurs techniques et personnels d’appui nécessaires. Des infrastructures propres : stades aux normes, terrains d’entraînement, centres de formation… Des supporters inconditionnels, qui constituent l’une des principales sources de revenus, parce que souvent abonnés à l’année pour assurer les re­ cettes de stades. Sur les principes et les caractéristiques du football pro­ fessionnel moderne, il n’y a pas grand débat. Le modèle est plus ou moins universel. Et le Cameroun a entamé la mue depuis quelques années, pour faire du sport-roi, un pourvoyeur d’emploi décent et une source de croissante. La volonté politique est affichée, affirmée même. Mais la réalité indique une marche très lente, voire parfois une marche à reculons qui éloigne de l’objectif quand on croit s’en approcher. Le fait est que le football de chez nous n’a en­ core de professionnel que le nom. L’essentiel étant à construire. Des avancées ont pourtant été enregistrées. Le modèle d’organisation a changé. La Fédération camerounaise de football ne centralise plus l’organisation des compétitions, comme cela avait toujours été le cas. Elle a favorisé l’avè­ nement d’une Ligue de football professionnel, à l’image de ce que l’on voit dans les grands championnats d’Europe (Angleterre, Espagne, Allemagne, France, Italie…) L’idée n’a malheureusement pas survécu à des conflits de com­ pétences et de personnes. Résultat : c’est une instance hybride et provisoire qui organise le championnat. Le Conseil transitoire du football professionnel est en réalité un appendice de la fédération qui s’efforce de fonctionner comme une ligue autonome. Quoi qu’il en soit, un point d’honneur est mis sur la situation des acteurs principaux que sont les joueurs. Le combat pour des salaires dignes est permanent, même si l’on finit par être rattrapé par la triste réalité. Au fond, peut-on espérer voir des joueurs du championnat local millionnaires sans savoir d’où l’argent va venir pour les payer ? Le fonctionnement actuel des clubs et l’architecture de leurs sources de revenus apportent une réponse claire à cette question : Non. Depuis que le championnat s’appelle « professionnel », on n’a pas vu des tas de clubs faire preuve d’autonomie financière et matérielle. Au contraire, beaucoup continuent de compter sur l’appui que l’Etat consent sous forme de subventions. Très peu ont réussi à s’appuyer sur des moyens de financement durable. Le football professionnel a pourtant ses canons en matière de ressources. On y trouve pêle-mêle, les droits de re­ transmissions télévisée des matches, les recettes de stades, les recettes issues de la vente de gadgets, les contrats de sponsoring pour ne citer que ces sources de financements. Transposer ce modèle dans le contexte camerounais va se heurter à de nombreuses limites. La qualité du spectacle dans les stades du pays ne fait pas spécialement courir les chaînes de télévision. D’autant plus que les matches se jouent pour l’essentiel sur ce qu’on appelle chez nous les « stades annexes », qui sont en réalité des terrains d’entraînement aux abords des grands stades. En raison de divergences de vues autour de l’exploitation des infrastructures construites par l’Etat justement pour offrir à la jeunesse des arènes dignes de l’image du football camerounais, la situation est celle-là, avec un impact évident sur l’attractivité du championnat. La vérité est qu’aucun club ne dispose de son stade et ne peut donc planifier quoi que ce soit sur les recettes. De même, on n’observe pas de grands efforts pour multi...

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