« Le Cameroun est un partenaire dont on ne peut se détourner sans conséquence »

S.E Paul Batibonak, diplomate, ministre plénipotentiaire

Excellence, le 28 janvier 2025, le Rapport sur le rôle de la France au Cameroun pendant la période 1945-1971 a été remis au président de la République au Palais de l’Unité. Que représente un tel acte dans les relations entre les deux pays au regard du passé qui y est relaté ?
L’on peut noter que, de par la période retenue (1945-1971), il n’est qu’un rapport partiel, voire partial. Que fera-t-on des pans entiers de cette histoire abordée par les Camerounais avant cette Commission, ou encore de la séquence (1916-1945) occultée ? L’entrisme historien dans la démarche de la Commission Ramondy a logiquement suscité de nombreuses interrogations chez certains, quand on sait qu’écrire l’histoire c’est faire mémoire. Or, Pierre Nora affirmait déjà en 1997 que « le besoin de mémoire est un besoin d’histoire ». Les experts de différentes disciplines ne manqueront pas de se prononcer là-dessus dans les années à venir.
S’agissant précisément de l’aspect relatif à la représentation de l’acte qui consiste pour les deux parties à jeter ensemble un regard rétrospectif sur une séquence d’une histoire commune reconnue particulièrement douloureuse et traumatisante, l’on devrait en tout premier lieu saluer le courage des décideurs. Le président Paul Biya en avait fait mention dans son inépuisable ouvrage Pour le libéralisme communautaire. Il est important de rétablir les faits historiques, au risque d’en perdre la traçabilité et par conséquent, toute lisibilité intelligente. Néanmoins, 65 ans après l’indépendance du Cameroun, la vigilance épistémologique impose de considérer l’histoire des relations entre la France et le Cameroun, comme une question sensible, qui ne devrait pas être traitée sans prendre en compte les conséquences stratégiques éventuelles d’une politique mémorielle au service d’une diplomatie d’influence. À cet égard, il conviendrait de revisiter la problématisation faite, pour éventuellement envisager une reproblématisation en vue d’une reprise en main du processus. Pour tout dire, la remise de ce Rapport manifestement partiel, devrait être considéré comme un point de départ et non comme un point final. Néanmoins, la démarche mérite d’être saluée. Vivement, que le travail soit poursuivi !


Reconnaître des faits historiques ayant causé des préjudices à un autre Etat peut-il aller sans compensation ?
Tout dépend en réalité des faits selon qu’ils ont été dressés et des responsabilités établies. Logiquement, il devrait avoir une contre-expertise pour s’assurer de la solidité des faits. À partir de là, il reviendrait à chaque partie concernée de voir ce qu’il en retourne. La France étant un État de droit et un pays des droits de l’homme, elle devrait pouvoir assumer ses dérives coloniales au Cameroun durant les périodes du mandat de la SDN et de la tutelle onusienne. Le Cameroun quant à lui, devrait être conséquent, prenant actes des révélations à l’issue de l’établissement des faits avérés. Toutes les générations de Camerounais devront rester saisies de cette affaire, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement soldée par une procédure juridictionnelle ou conventionnelle. 


Dans le sillage de la présidentielle du 12 octobre, l’on a assisté à la sortie, sous la forme d’injonctions de l’Union européenne à la suite du décès de Anicet Ekane. Ce qui a suscité une réaction du gouvernement. En tant que diplomate, comment analysez-vous ce fait ?
Le décès de l’homme politique Anicet Ekane est regrettable en raison de son parcours personnel, de son patriotisme, et du contexte spécifique ayant prévalu au moment de sa fin de vie. Une pensée méritée à son endroit est à rappeler. Le gouvernement ayant communiqué là-dessus, il n’y a plus de raison de douter de ce qui a été annoncé. Par le passé, et cela est tout aussi vrai aujourd’hui, la diplomatie camerounaise devrait se déployer en particulier au Conseil des droits de l’homme pour convaincre les membres de ce qui s’est passé. Notre diplomatie l’a fait avec succès par le passé, elle devrait pouvoir garder le même niveau de performance aujourd’hui et demain. S’agissant de la réaction de l’Union européenne, son comportement ne peut qu’étonner d’autant que l’Union européenne et l’Union africaine sont engagées dans le cadre d’une vision commune à l’horizon 2030, et qui consacre le respect de la souveraineté des Etats partenaires. 


Quel peut être l’impact de ces événements dans le cadre des échanges entre le Cameroun et ces partenaires, au moment où commence une nouvelle année ?
Certainement que le Cameroun devrait être attentif à tous les détails. À partir du moment où les institutions camer...

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