« Il faut une implication totale de tous les acteurs »
- Par Lucien BODO
- 30 Jun 2026 02:16
- 0 Likes
Dr Gérard Bounougou, enseignant de science politique, Université de Douala.
Le 31 août prochain, le processus de révision des listes électorales sera arrêté. Comment Elections Cameroon (Elecam) peut-il capitaliser au mieux le temps qui reste ? Elecam ne dispose plus d’un temps de routine, mais d’un temps politique. Il ne s’agit plus de « sensibiliser », mais d’occuper le dernier kilomètre qui sépare l’électeur potentiel de la liste électorale. Trois axes stratégiques s’imposent pour convertir le temps restant en stock d’inscrits. On peut accentuer le passage de la logique d’affichage à la logique d’implantation. Cela signifie qu’il faut multiplier des équipes d’inscription et les déployer dans les marchés, les gares routières, les universités, les stades et les églises/mosquées les dimanches et vendredis. L’enjeu est de réduire le coût d’opportunité de l’inscription à zéro. L’électeur ne doit plus aller vers Elecam. C’est Elecam qui doit aller vers l’électeur, là où se joue sa vie ordinaire. C’est la technologie du porte-à-porte institutionnel. On doit aussi passer de la pédagogie civique à l’économie politique du vote. Il s’agit de savoir que rappeler que « voter est un devoir » ne mobilise plus. Il faut produire de l’intérêt. Elecam peut renforcer sa coopération avec les partis politiques, la société civile et les leaders d’opinion locaux pour dire l’utilité concrète des élections législatives et municipales de 2027. Qu’est-ce qu’un Conseil municipal décide pour mon quartier ? Pourquoi le député compte pour ma route, mon marché ? Il faut transformer l’inscription d’un acte abstrait en un investissement local. C’est faire passer l’électeur du statut de « sujet civique » au statut de « partie prenante ». On doit aussi passer de la contrainte temporelle à l’effet d’urgence. Cela signifie que le 31 août doit cesser d’être une date administrative pour devenir un dispositif de mobilisation. Il faut créer un « effet de rareté » politique (Campagne de compte à rebours, affichage du nombre de jours restants, caravanes « 31 août, dernier délai »). La contrainte temporelle, bien mise en scène, devient alors une technologie de gouvernementalité : elle force la décision de ceux qui remettent toujours à plus tard. L’urgence doit être rendue visible, audible et palpable. Les partis politiques et la société civile sont également des acteurs importants de cette opération. Sur quoi devraient-ils axer leur action au cours des deux prochains mois ? À deux mois de la clôture des inscriptions, l’État ne peut pas tout. La société politique, au sens large, a une fonction d’intermédiation à assumer. Partis politiques et organisations de la société civile ne sont pas des auxiliaires d’Elecam. Ils sont des producteurs de sens et des mobilisateurs de croyance. Leur action doit donc s’axer sur trois registres complémentaires. Le parti politique ne doit plus attendre l’électeur dans ses permanences. Il doit aller le chercher. Sa mission dans les 60 jours qui viennent est une mission de captation. Concrètement, cela suppose trois déplacements. Il est territorial, avec la mise en place des cellules d’inscription de quartier, des fiches, des stylos et des motos pour accompagner les postes Elecam. Il est aussi social : cibler les non-inscrits, les femmes du secteur informel, les déplacés internes. Ce sont les réservoirs électoraux dormants. Il est également discursif : arrêter le langage national-abstrait. Parler « commune », « route », « eau », « marché ». Montrer que la carte d’électeur est la première carte d’accès au local. Le parti doit redevenir une machine de sociabilité politique, et non un club de cadres. Qu’en est-il de la société civile ? La société civile, pour sa part, doit passer de la logique de dénonciation à la logique facilitation...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires