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TIC et innovation: Où sont les investisseurs ?

24 heures
Yves ATANGA | 16-05-2017 16:54

 Un foisonnent incroyable d’initiatives qui ne demandent qu’à être accompagnées. Mais comment ? Le Forum international sur l’économie numérique donne l’occasion d’y réfléchir.

Ce sera certainement l’un des sujets phares du Forum international sur l’économie numérique qui s’ouvre solennellement à Yaoundé ce matin. Comment faire de ces dizaines d’applications originales et des start-up camerounaises reconnues et régulièrement primées à l’international, des entreprises dignes de ce nom, créatrices d’emplois et de richesses ? L’enjeu de l’économie numérique pour le Cameroun semble bien résumé dans cette question pragmatique. Il y a bien longtemps en effet que les jeunes Camerounais ont fait leurs preuves en matière d’innovation dans le domaine ô combien prometteur des technologies de l’information et de la Communication (TIC). Et même si le « Cardiopad », tablette médicale à usage cardiologique de l’ingénieur Arthur Zang, est l’un des projets les plus aboutis en la matière sur la scène nationale, il est désormais loin d’être une exception dans l’environnement local. Où des dizaines de jeunes, parfois dès l’école primaire, se lancent à la conquête des TIC, dans le but de les apprivoiser et améliorer la vie quotidienne de leurs concitoyens.
Parmi les signatures les plus célèbres de la place, des noms reviennent souvent : Alain Nteff et son application « Gifted Mom », dédiée au suivi des femmes enceintes. Nino Njopkou et son site de petites annonces kerawa.com pour lequel il nourrit des ambitions à la Google. En février dernier, cinq jeunes élèves, âgées entre 13 et 16 ans, développeurs d’application, recevaient aussi la reconnaissance des pouvoirs publics après avoir brillé au concours « Technovation ». Et comment ne pas mentionner tous ces ingénieux qui peuplent la place forte de l’innovation qu’est devenue la ville de Buea, au point de mériter le surnom de « Silicon Mountain » ?
Voilà pour le décor. Cette liste non exhaustive d’inventeurs et de développeurs camerounais dans le domaine des TIC n’est qu’un indicateur de la bonne santé de l’innovation dans le pays. On peut donc dire que le Cameroun dispose de l’essentiel : la matière grise et la ressource humaine pour exploser dans le secteur d’avenir que constitue l’économie numérique. Et le forum qui se tient en ce moment à Yaoundé sera l’occasion de découvrir encore une multitude de talents, une multitude de fruits de leur génie. Seulement, il en faut bien plus pour faire de l’économie numérique un vrai moteur de la croissance et du développement du Cameroun. Le discours politique, depuis quelques années, en a fait une piste prioritaire. Le président de la République en a fait un véritable leitmotiv, pour lequel il ne cesse de mobiliser ses jeunes compatriotes. Le discours a même été suivi d’actes conséquents, comme la réorientation de la formation à l’ancienne école nationale supérieurs des Postes et Télécommunications, adaptée depuis lors à l’évolution de la technologie. Le chef de l’Etat et le gouvernement ont aussi apporté des encouragements ponctuels aux inventeurs. Arthur Zang et quelques autres ont bénéficié de l’accompagnement financier des pouvoirs publics pour matérialiser leurs belles idées en entreprises ambitieuses.
Le forum qui se tient à Yaoundé est une autre marque de l’attention soutenue du président de la République pour ce secteur porteur de bien des espoirs. On en attend une réflexion de fond sur la problématique de la contribution du numérique au PIB du pays. Les 5% actuels pèsent évidemment bien peu par rapport au potentiel que nous venons de décrire. Les banques, les mécanismes d’accompagnement des petites et moyennes entreprises, mieux les industriels sont encore étrangement hésitants devant les résultats de l’intelligence camerounaise. Ces jeunes n’ont hélas que leur imagination fertile. Ils sont en droit d’attendre, au-delà de la reconnaissance de la pertinence de leur travail, une mutation résolue de l’idée au produit de consommation courante. Et cela passe par l’implication du monde des affaires.
C’est de cette manière que leurs inventions pourront jouer leur rôle, en prenant une place dans la vie quotidienne de leurs concitoyens du Cameroun, et du village planétaire qu’est le monde de ce 21è siècle. Un peu comme le fer à repasser, la machine à coudre, le cure-dents, le téléviseur… ont en leur temps, révolutionné le quotidien des hommes à travers la planète. Le gouvernement a montré l’exemple en achetant par exemple des centaines d’exemplaires du Cardiopad, destinés aux hôpitaux publics. Mais le promoteur n’a pas encore le soutien industriel de poids pour faire de son invention un produit incontournable. Ce n’est pourtant pas la demande qui fait défaut. Alors, toutes ces applications dont la pertinence est reconnue, vont-elles se perdre ? Il n’en est surtout pas question.

 

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