Le chemin escarpé de la paix

Une visite du chef du gouvernement dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest est toujours en elle-même, un événement, tant les espoirs d’une paix durable et d’un retour à la normale ici sont grands, après quatre longues années rythmées par la guérilla sournoise, puis ostentatoire de la mouvance sécessionniste, les exactions des bandes armées et l’exode des populations. Malgré la main tendue du président de la République, initiateur du Grand Dialogue national et malgré la présence protectrice des forces de maintien de l’ordre et de défense, avec qui ces renégats jouent au chat et à la souris, en se fondant dans la population dès que les représentants de la loi se rapprochent de leurs terriers…

L’émissaire spécial de Paul Biya, Joseph Dion Ngute, n’en était pas à sa première visite officielle, loin de là. Mais ce déplacement se situe à un moment crucial : d’un côté, la seconde réunion du Comité de suivi des recommandations du Grand Dialogue national convoquée à Buea, par Dion Ngute, dans l’espoir de palper les premiers fruits du Dialogue et d’évaluer le long chemin qui reste à parcourir; de l’autre, la montée significative des actes de barbarie et de violence des insurgés, après une amélioration notoire du climat global, qui a favorisé la reprise des activités économiques,le retour progressif des déplacés, et le repeuplement des salles de classe. Ce double signal, pour contradictoire qu’il soit, ne doit pas décourager ceux qui agissent avec abnégation et loyauté, au nom du président de la République, pour restaurer la paix et la sécurité, et tous ceux nombreux,qui croient que le Cameroun uni et indivisible poursuivra sa marche en avant, après cette pénible parenthèse historique. Rien, pas même les attentats visant des soldats, des écoles, des ecclésiastes, ou des chefs traditionnels, ne doit fléchir leur détermination. Ces développements malheureux, bien marginaux reconnaissons-le, ne prouvent qu’une chose :l’hydre terroriste, acculée dans ses retranchements, pousse de plus en plus loin les limites de l’abjection, tout en sollicitant le soutien des forces du mal à l’extérieur de nos frontières. C’est la preuve que dans une première phase de leur combat, les sécessionnistes ont échoué à rallier les cœurs des populations de ces deux régions, et que le maillage professionnel du terrain par les forces de maintien de l’ordre et de défense les confine à quelques actions d’éclat sporadiques.

En changeant de tactique, pour se muer en une prétendue internationale du crime, ils envoient un message clair que Yaoundé a bien capté. Les visites sur le terrain, à quelques heures d’intervalle du ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, et celle du Premier Ministre, chef du gouvernement, se passent de tout commentaire. Elles signifient de la manière la plus ferme que le Cameroun ne peut pas accepter de devenir un laboratoire d’expérimentation pour une coalition hétéroclite d’insurgés de tous horizons. Cela dit, pour faire définitivement échec à cette entreprise nihiliste, construite sur un projet sans aucun avenir, le Cameroun doit travailler consciencieusement sur trois fronts au moins : l’union sacrée de la classe politique, l’adhésion des populations concernées et leur collaboration tous azimuts et la diplomatie. L’union sacrée contre la partition du Cameroun nous paraît à la vérité comme le préalable à toute action politique, diplomatique et militaire d’envergure. Les voix discordantes affaiblissent considérablement l’autorité et la légitimité de l’Etat dans son entreprise de disqualificationde la vision et de l’action séparatistes. Les partis politiques, les hommes politiques, les élites, dirigeantes ou non, les associations religieuses et civiles, les lobbys économiques, en un mot, toutes les forces vives sont-elles convaincues du bien-fondé du dialogue avec les populations concernées, dont l’Etat doit améliorer le standard de vie et accorder de substantiels pouvoirs dans le cadre de la loi sur la Décentralisation ? Parlent-ils assez fort et agissent-ils assez vite pour que la décentralisation voulue par le chef de l’Etat soit effective, et vienne, du fait de son efficacité même, affaiblir et déligitimer toute velléité de déstabilisation du pays basée sur la « doctrine sécessionniste » ? L’honnêteté intellectuelle commande d’affirmer ici que les Camerounais peuvent mieux faire pour démontrer leur parfaite cohésion dans ce registre. Il n’est pas rare de relever des voix discordantes, voire des freins et des actions dilatoires, à l’intérieur même du système.

Ne nous y trompons pas : « c’est l’affaire de tous les Camerounais »,comme l’a plaidé le chef du gouvernement à Buéa. Les leaders d’opinionen particulier doivent monter au créneau, à l’exemple de Christian Cardinal Tumi de regrettée mémoire. A la fin de sa vie, il ne craignait pas de déclarer : « Je ne veux plus entendre parler d’Ambazonie !». L’adhésion et la collaboration des populations sont l’autre pan de cette croisade. On ne peut raisonnablement vouloir sauver des populations de la violence sécessionniste sans les imbriquer étroitement dans la réflexion stratégique. Et cela commence par une communication efficace sur la finalité des actions menées,et le décompte exhaustif de celles-ci. Or, beaucoup l’ont reconnu à Buéa : ils ne sont pas informés des jalons significatifs et décisifs déjà posés pour le retour à lavie normale et l’amélioration de leur sort.Le plan présidentiel de reconstruction, les avancées du Code général des collectivités territoriales décentralisées avecl e Statut spécial, la spécificité reconnue aux systèmes éducatif et juridique, avec le Common Law ; la Nasla, etc. Sans aucun doute, le gouvernement améliorera-t-il son mode de communication en direction des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en prenant en compte des relais communautaires...

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