Fonction publique : l’incontournable rationalisation

Près de cinq semaines après leur interruption pour cause de débrayage décrété par les enseignants du secteur public de l’enseignement secondaire, sous le slogan OTS (On a Trop Supporté), les cours ont repris depuis la semaine dernière dans la plupart des établissements scolaires du pays. La mise en œuvre des mesures prescrites par le président de la République pour apporter des réponses aux revendications et le modus vivendi obtenu au terme des négociations entre les syndicats des enseignants et le gouvernement ont finalement abouti à ce happy end. Il y a lieu de saluer le sens du dialogue et l’esprit de responsabilité de la plupart de ces serviteurs de l’Etat qui ont reconnu les efforts et la bonne foi du gouvernement dans l’exécution des prescriptions présidentielles visant à trouver des solutions durables à leurs doléances. L’implémentation des premières mesures, selon les données fournies par le ministère des Enseignements secondaires, a impacté 23 965 enseignants au cours du mois écoulé. Conformément au plan présidentiel, une bonne partie des revendications trouvera progressivement satisfaction d’ici à la fin du premier semestre en cours et le reste sera apuré au cours du prochain exercice budgétaire.
Mise à part la demande d’implémentation de leur statut particulier, les enseignants ont exprimé deux principales préoccupations : la prise en charge trop décalée de leur intégration à la Fonction publique et la gestion arbitraire de leurs carrières. Selon les statistiques avancées à la fois par leurs syndicats et collectifs ainsi que par l’administration, plusieurs milliers de jeunes recrues se retrouvent, plusieurs années après leur sortie d’école, sans être effectivement enrôlées et sans être prises en solde. Le cas le plus tristement célèbre est celui de Hamidou, cet enseignant d’éducation physique et sportive, affecté depuis 2012 au lycée de Beka (département du Faro, région du Nord) et décédé le 8 mars dernier après dix ans d’attente de son arrêté d’intégration. Ces dysfonctionnements dans la gestion des carrières des enseignants sont extensibles aux autres corps de la Fonction publique. D’ailleurs, des greffons d’OTS avaient déjà commencé à apparaître, notamment chez les enseignants de l’Education de base et les personnels de santé.
A l’analyse, cette crise ramène en surface la problématique de la gestion prévisionnelle des effectifs dans la Fonction publique. Considérée toujours comme la principale pourvoyeuse d’emplois à la jeunesse camerounaise, l’administration publique semble aujourd’hui à la croisée des chemins. Après le gel des recrutements observé dans les années quatre-vingt-dix avec les plans d’ajustement structurel et la dévaluation du franc Cfa, l’ouverture des vannes depuis une décennie est en passe de conduire visiblement, de nouveau, la Fonction publique au seuil de la saturation. En principe, selon les usages, les plans de recrutement actualisés chaque année tiennent compte des besoins de chaque administration utilisatrice. Les arbitrages opérés par les services du Premier ministre permettent de prendre en compte la soutenabilité budgétaire des effectifs à recruter. Mais la multiplication des écoles de formation (Ens, Enset, Enieg, facultés de médecine etc) depuis quelques années et le recrutement massif des lauréats qui en sortent obéissent-ils toujours à la méthodologie décrite plus haut ? Tout ce que l’on sait, c’est que l’engorgement des dossiers a fini par créer des dysfonctionnements dans les circuits administratifs et des pratiques peu orthodoxes. L’exploit accompli ces dernières semaines par les administrations dans le traitement des dossiers prouve à suffisance que la machine était grippée. 
Il est donc plus qu’urgent de mettre sur pied des mesures appropriées pour sortir de ce bourbier. Ce n’est qu’un secret de polichinelle : le mauvais accueil, la « paresse sociale », l’absentéisme et le rançonnement des usagers ont élu domicile au sein de l’administration publique. Ces dérives font partie des griefs formulés par la plupart des agents publics. Pour les juguler, il faut s’attaquer à la routine et la constitution de « baronnies » au sein des services centraux à travers le redéploiement permanent des personnels. Tout en prenant en compte les spécificités de certaines compétences, il ne doit y avoir d’agents publics condamnés indéfiniment à travailler à la « périphérie » et d’autres à exercer uniquement « au centre ». 
Ces dérives peuvent également disparaître avec l’amorce effective de la transition numérique dans la gestion des carrières des agents publics. Certes, des avancées perceptibles ont été enregistrées dans la dématérialisation de certaines procédures mais l’administration camerounaise reste encore attachée à une gestion par trop paperassière. Par ailleurs, l’utilisation parallèle par exemple du Système informatisé de Gestion intégrée du Personnel de l’Etat et de la Solde (Sigipès) par le ministère de la Fonction publique et les administrations utilisatrices et de l’Application nationale pour le Traitement informatique et logistique du Personnel de l’Etat (Antilope) par le Minfi n’est pas de nature à fluidifier le circuit du suivi des carrières des agents publics. L’harmonisation de la mécanique passera par la mis...

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