Camwater : pas d’état de grâce

D’aucuns nous accuseront de jouer les rabat-joie, au moment où les nouveaux dirigeants de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) sont sur un nuage, deux semaines après leur désignation par le chef de l’Etat Paul Biya pour tenir les rênes de cette entreprise publique chargée de la production, de la distribution et de la commercialisation de l’eau potable. Loin de nous l’idée d’étouffer l’intense émotion des populations de Betaré-Oya, reconnaissantes envers le président de la République qui a porté son choix sur l’un de leur fils, en l’occurrence Blaise Moussa, pour occuper le poste de Directeur général de la Camwater. Il serait tout aussi inconvenant d’inviter les concitoyens de Ngok-Mapubi à contenir leur bonheur alors que la directrice générale adjointe de la Camwater, Ngo Njiki épse Mine Jocelyne Alice, plonge ses origines dans cet arrondissement.                                                                                                                             
Quoi qu’il en soit, si la promotion à un poste de responsabilité est un motif légitime de joie, il faut s’empresser de souligner que les nouveaux défis liés à cette ascension sociale peuvent être si importants qu’ils obligent les promus à avoir le triomphe modeste. L’état des lieux en ce qui concerne l’accès à l’eau potable dans le périmètre concédé par l’Etat à la Camwater (centres urbains et périurbains), ainsi que le mauvais état de santé de cette entreprise, sont révélateurs de la lourde mission confiée à ces nouveaux managers qui ont du pain sur la planche. Leurs premières actions montrent qu’ils en sont conscients. En témoigne cette descente, vendredi dernier, à la station de production d’Akomnyada qui fournit 75% de l’eau potable consommée à Yaoundé et à la station de la Mefou à Nkolbisson. A Akomnyada, il était question de s’assurer que les instructions du ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee), Gaston Eloundou Essomba, relatives à la quantité et à la qualité des produits de traitement de l’eau sont respectées. Cependant, si cette station tourne derechef presqu’à plein régime, avec 124 000 mètres cubes par jour produits à cette date contre 84 000 trois semaines avant, il reste que des difficultés énormes demeurent, à l’instar de la vétusté des équipements de pompage et des ouvrages de traitement. 
Après ce baptême du feu prometteur, le nouveau tandem doit garder à l’esprit que l’immense majorité des Camerounais a soif. Sur une population d’environ 26 millions d’âmes, un peu plus de 500 000 seulement sont abonnées à la Camwater. Certes, les investissements réalisés par le gouvernement au cours des dix dernières années ont permis d’augmenter de 70% le volume d’eau potable au profit des populations en milieu urbain et péri-urbain, soit un volume nominal supplémentaire de 350 000 mètres cubes par jour. Mais, la réalité est implacable : un déséquilibre structurel criant demeure entre l’offre et la demande. Et du fait de l’exode rural couplé à la pression démographique, l’écart entre les capacités de production d’une eau de bonne qualité et les besoins croissants dans le périmètre concédé se creuse chaque jour un peu plus. La nature ayant horreur du vide, l’inflation des unités privées de production des eaux présentées comme « minérales » en est le corollaire. Tout comme la tendance à construire des forages et puits aménagés chez les particuliers qui en ont les moyens. Quant aux plus démunis, ils sont obligés de se contenter des puits plus ou moins entretenus et d’autres sources pour accéder à ce corps liquide. Dans ces circonstances, peu importe la qualité de l’eau. Les conséquences de sa rareté sur la santé des populations sont évidentes. Comment convaincre, dans ces conditions, qu’il n’y a point de lien de causalité entre l’offre insuffisante de l’eau potable et la résurgence de l’épidémie de choléra dans les régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest où 243 malades sont déjà décédés au 20 septembre 2022, sur près de 12 000 cas notifiés ?                                                                                    
On le voit, le séjour du nouveau duo à la tête de la Camwater ne sera pas de tout repos. En l’installant le 30 septembre dernier à Douala, le Minee a présenté une photographie préoccupante de la situation avant de dresser une feuille de route. On en retient que des défis techniques majeurs doivent rapidement être relevés quand on sait que de nombreux équipements de production et de traitement des eaux sont dans un état de délabrement.                   Quant au réseau de distribution, il est lui aus...

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