Journée de l’Afrique : et si on parlait des vrais problèmes...

Lundi dernier, un établissement de microfinance a suscité de l’admiration à partir d’un détail. L’habillement des agents avait quelque chose d’inhabituel et cela a visiblement frappé les usagers. La tenue traditionnelle africaine était de règle ce jour-là. Tous les employés y étaient astreints. Du moins gradé à la hiérarchie la plus élevée de l’agence, chacun dans un style de son choix. Dans cette diversité, se dégageait une harmonie sous-tendue par l’esprit de ce code vestimentaire. Ici on reconnaissait le kaba ngondo et le sandja des Sawa ; là, le ndop et le toghu des Grassfields ; plus loin, la cotonnade des régions sahéliennes, etc. La curiosité a permis d’apprendre que l’établissement avait instruit le port du costume traditionnel africain à tout le personnel de son réseau au Cameroun, du Nord au sud, de l’Est à l’Ouest pour commémorer à sa façon, la Journée de l’Afrique. Ce lundi-là tombait le 25 mai : le jour de l’année dédié au continent. Une initiative inspirante qui, mine de rien, a permis à l’institution financière de sortir du train-train habituel. Puisse l’exemple de cette entreprise parler à l’Afrique ! Il n’est plus admissible que la Journée internationale de l’Afrique demeure dans les sentiers battus avec des conférences- débats, des tables-rondes, des mises en scène, des chants, des danses sans suite palpable. Cette année comme les précédentes, il y a eu des messages : les intellectuels, les associations et autres experts sont montés au créneau pour meubler la Journée. La même rengaine. Certes, d’année en année, les thématiques changent, mais elles n’en demeurent pas moins que les mêmes causes qui produisent les mêmes effets : causeries sans profondeur, viles résolutions convenues, puis rien de concret. Pourtant, il y a urgence de sortir de cette routine. Dans cette perspective, la Journée de l’Afrique devrait être un vrai rendez-vous d’actions concrètes pour s’attaquer aux défis qui interpellent le continent, un temps d’arrêt pour mesurer les avancées et fixer de nouveaux caps. Il faut passer d'une simple célébration à une valorisation des enjeux contemporains. Cela implique des réflexions en vue de promouvoir une image de l'Afrique qui construit son avenir et qui valorise ses acquis. Les tenues traditionnelles africaines font partie de ces acquis et c’est pourquoi, à plus d’un titre, l’initiative mentionnée plus haut doit parler fort et inspirer dans l’objectif d’explorer de nouvelles voies de capitalisation de la Journée du 25 mai. Le costume africain représente à l'international un puissant symbole d'affirmation culturelle, d'élégance et de fierté. Au-delà de l'esthétique, il incarne un héritage historique puissant, chaque motif et couleur véhiculant un message unique. Imaginons que tous les 25 mai, toute l’Afrique et tous les Africains et sympathisants s’habillaient en Africain, quel que soit l’endroit du monde où ils se trouvent. Imaginons que ce jour-là les têtes couronnées du continent marchent sur le tapis rouge en costume du terroir et artistes de leur côté, montent sur le podium dans ce look. Les retombées seraient inestimables. Sur la scène mondiale, c’est un marqueur de diplomatie culturelle et une affirmation identitaire forte. Il ne faut aucune dépense pour cela, juste une prise de conscience, une décision et la sensibilisation y relatives. Sur le plan économique, les retombées seraient tout aussi colossales avec une demande qui exploserait et donnerait une impulsion nouvelle à l’artisanat local, ses couturiers, ses tisserands, teinturiers, etc. Il serait donc bon que la Journée de l’Afrique se réinvente. Elle doit s’engager dans une dynamique entraînant les médias pour relayer la pensée africaine moderne. Le rendez- vous pourrait être saisi pour faire connaître des jeunes qui émergent, présenter des inventions et innovations made in Africa afin de bousculer des contenus et revivifier les narratifs concernant le continent dans la perspective de traduire dans les faits le rêve de l’Union africaine contenu dans son slogan « l’Afrique que nous voulons ». La Journée de l’Afrique est une perspective à exploiter à fond. Il faut le sortir du folklore, ce d’autant plus que le retard du continent en matière de développement n’autorise plus aucune perte de temps dans un...

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