« Ces jeunes ont besoin d’affection »

Dr Marileine Kemme, sous-directeur de la Santé mentale au ministère de la Santé publique, et chef service d’addictologie à l’Hôpital central de Yaoundé.

Lorsque des adolescents sont déjà accros aux substances psy­ choactives, peut-on parler de prédisposition à cet âge ? En termes de facteurs biologiques, on parle de prédisposition aux ma­ ladies chroniques. Et ici effective­ ment, on a affaire aux maladies chro­ niques. Mais attention ! Une prédis­ position n'est pas héréditaire. La prédisposition est évoquée peut- être parce qu'il y avait une consom­ mation chez la mère ou dans la fa­ mille. Pour ce qui est des substances qui circulent dans l'organisme, une carence peut pousser une personne à dépendre d’une substance. C’est le cas avec la dopamine, l'hormone du bonheur. Et pour demeurer dans cet état, certains adoptent des conduites addictives. C’est le cas par exemple de quelqu'un qui mange beaucoup quand il est très content. À côté de ces facteurs biologiques, il y a aussi l'influence de la parentalité sur l'individu. Dans notre contexte, les modes éducatifs les plus présents sont le mode rigoureux et le mode permissif. Le mode rigoureux étant le plus problématique. On ne prend pas en compte le ressenti et les émotions des enfants. Du coup, l’en­ fant peut faire face plus tard à un besoin de reconnaissance, d'appar­ tenance et d'autonomie. Il y a aussi la violence parentale qui produit des sévices corporels, notamment quand on fouette trop un enfant. Avec l’âge, il va se mettre à boire et devenir violent. Les bourreaux d’au­ jourd’hui sont souvent des anciennes victimes. À ceci s’ajoutent les fac­ teurs familiaux ou environnemen­ taux. Face à chaque patient, il faut chercher à savoir s’il vit dans la rue? Est-ce qu'il arrive à s'alimenter, à se soigner ? Ce sont des éléments qui perturbent la santé mentale en réa­ lité. Quels peuvent être les dom­ mages liés à ces addictions ? Ça commence par le cerveau. La baisse de la performance scolaire parce que la tension, les réflexes et la mémoire sont perturbés, car les fonctions exécutives cognitives du cerveau le sont tout autant. Sur le plan comportemental, l’enfant de­ vient violent et très nerveux avec les gens. Il manifeste de l'insolence parce que la drogue entraîne une désinhibition. Désinhibition verbale, comportementale, émotionnelle. Par­ fois, c'est le repli sur soi. Il devient effacé et ne participe plus à la vie familiale. Sur le plan de la santé gé­ nérale, l'alimentation est perturbée. L'individu va davantage maigrir, car l'organisme puise dans les réserves et développe des carences, et c’est la porte ouverte aux maladies car­ diovasculaires, au diabète, aux in­ fections. Tout l'organisme est touché. Chez les fumeurs notamment, on identifie des maladies de l'appareil respiratoire, les bronchites aiguës, chroniques et la tuberculose. Plus il est âgé, plus il peut développer des maladies cardiovasculaires ou des cancers. La consommation de drogue, surtout le cannabis, favorise égale­ ment l'apparition des signes de schi­ zophrénie. Elle va se manifester par des hallucinations régulières. Qu’en est-il des actions mises en place pour adresser cette problématique ? La question de la prise en charge holistique de l'addiction ne concerne pas uniquement le ministère de la Santé publique. Tous les sectoriels doivent se mettre en branle pour adresser cette question de manière correcte. Néanmoins, au niveau du ministère de la Santé publique, il y a des instances qui sont dédiées à la lutte contre les addictions de ma­ nière générale. C’est le cas de la Di­ rection de la promotion de la santé qui abrite la sous-direction de la sant&eacu...

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