« Nous voulons passer à une agriculture adaptée et valorisante »

Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille.

La 31e édition de la Journée mon­ diale de la Femme rurale est com­ mémorée ce 15 octobre sous le thème : « Investir dans la femme rurale : levier pour la croissance économique et le développement durable ». Quels sont les axes de réflexion arrêtés par votre dé­ partement ministériel ? Le thème de cette 31� édition traduit notre volonté de faire évoluer le regard porté sur la femme rurale. Notre ré­ flexion s’articule autour de plusieurs dimensions complémentaires. Le ren­ forcement des capacités : Il s’agit d’abord de renforcer les capacités des femmes rurales afin qu’elles puissent mieux produire, transformer, conserver, conditionner et commercialiser leurs produits. La transformation locale est particulièrement importante, car elle permet de conserver davantage de valeur ajoutée au niveau des terri­ toires. L’accès au financement : Nous ac­ cordons également une place impor­ tante à l’inclusion financière. Investir dans la femme rurale suppose de lui faciliter l’accès à l’épargne, au crédit, aux services financiers adaptés et aux mécanismes qui peuvent lui per­ mettre de passer progressivement de l’activité de subsistance à l’investis­ sement productif. L’accès au foncier : La question de l’accès au foncier et aux autres facteurs de production reste également essentielle. Une femme ne peut investir durablement dans une activité agricole si elle ne dispose pas d’un accès suffisamment sécurisé aux ressources nécessaires à sa production. L’accès et l’utilisation du numérique : Nous devons par ail­ leurs accompagner la transformation numérique du monde rural. La digita­ lisation peut faciliter l’accès à l’infor­ mation, aux services financiers, aux marchés et aux opportunités commer­ ciales. Elle peut également permettre aux femmes de mieux promouvoir leurs produits et d’élargir progressi­ vement leur clientèle. L’accès aux marchés : Sur ce point, nous devons inscrire ces efforts dans une perspec­ tive d’ouverture des marchés. Les femmes rurales doivent pouvoir mieux s’insérer dans les chaînes de valeur nationales, régionales et, à terme, tirer parti des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Un environnement favorable : En définitive, notre ambi­ tion est de créer progressivement un environnement dans lequel la femme rurale dispose non seulement des compétences, mais également des ressources, des outils, des marchés et des opportunités nécessaires pour transformer son potentiel en véritable activité économique. La fiche d’inter­ vention retenue pour Tcholliré illustre cette orientation à travers le renfor­ cement des compétences techniques, entrepreneuriales et managériales. Concrètement, quelles stratégies l’État compte-t-il employer pour faire passer la femme rurale du statut de simple cultivatrice à ce­ lui d’actrice économique ? Il faut d’abord reconnaître que la femme rurale est déjà une actrice éco­ nomique. Elle produit, transforme, com­ mercialise et participe au fonctionne­ ment des économies locales. L’enjeu est donc moins de la faire passer d’un statut à un autre mais de donner à son activité les moyens de monter en échelle. Cela passe par le renforcement de ses compétences techniques, en­ trepreneuriales et managériales, mais également par l’accès aux facteurs de production, au financement, aux équipements, et technologies et adap­ tés aux marchés. Nous devons no­ tamment encourager davantage la transformation des produits locaux. Lorsqu’une femme ne vend plus uni­ quement sa matière première mais la transforme, la conditionne et la com­ mercialise sous une forme mieux va­ lorisée, elle augmente potentiellement ses revenus et crée davantage de va­ leur sur son territoire. C’est précisément l’une des orientations concrètes rete­ nues dans le cadre de la JMFR 2026. À Tcholliré, par exemple, les formations portent sur la transformation des res­ sources disponibles localement. Elles intègrent également le packaging, l’éducation financière et la formalisa­ tion des activités. Bien entendu, cette approche a vocation à être adaptée et reproduite dans les différentes lo­ calités, en fonction de leurs potentia­ lités économiques. Il faut également renforcer les stratégies organisation­ nelles, fonctionnelles et managériales à travers la création des coopératives et les mécanismes d’épargne, améliorer leur culture financière et faciliter leur connexion avec les opportunités de financement. C’est cette évolution qui permettra de faire de la femme rurale un véritable moteur de la croissance des économies locales. Comment pensez-vous aider la femme rurale à repenser son ac­ tivité, dans un contexte de plus en plus marqué par l’informati­ sation du secteur agricole ? La digitalisation constitue aujourd’hui une opportunité importante pour les femmes rurales à travers l’utilisation du téléphone intelligent mais elle doit être abordée comme un outil au service de leur activité économique, et non comme une fin en soi. Une femme qui a accès à l’information peut mieux connaître les prix, les débouchés, les techniques de production, les possi­ bilités de financement ou encore les exigences liées à la qualité et à la commercialisation de ses produits. Le numérique peut également faciliter la promotion et la vente des produits, l’accès aux services financiers et, pro­ gressivement, l’intégration des femmes dans des réseaux commerciaux qui dépassent leur environnement immé­ diat. Mais nous ne devons pas opposer les savoir-faire traditionnels et les nouvelles technologies. Il s’agit de mettre les nouvelles connaissances au service des savoir-faire existants. C’est d’ailleurs dans cet esprit que les actions de renforcement des capacités prévues dans le cadre de la JMFR as­ socient des compétences très pratiques — transformation, conditionnement, formalisation, gestion financière et épargne — à une vision plus large du développement de l’activité écono­ mique des femmes. À terme, notre ambition est que la femme rurale puisse utiliser le numérique pour mieux produire, mieux gérer, mieux s’informer et mieux accéder aux marchés, y com­ pris aux marchés régionaux et conti­ nentaux. L’accès à des équipements mo­ derne...

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