« Il faut rouvrir le canal de communication »
- Par Sainclair MEZING
- 15 Oct 2026 13:17
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Dr Christian Pout, mi nistre plénipotentiaire, président du Think Tank CEIDES.
Après la rupture de leurs rela tions diplomatiques au début du mois d’octobre, l’Ethiopie et l’Erythrée sont au bord d’un af frontement. Comment éviter une nouvelle escalade entre les deux voisins ? Ce qui devrait retenir l’attention dans cette séquence, c’est que chacune des parties se présente comme la victime. Dès lors que les deux capi tales revendiquent le registre de la légitime défense, elles se donnent l’une et l’autre un fondement juri dique à l’emploi de la force. L’histoire enseigne que cette configuration précède de peu l’affrontement di rect... Et le plus frappant est que les alignements se sont inversés. L’Ery thrée, qui combattait le Front ti gréen, il y a quatre ans, aux côtés d’Addis-Abeba, s’en rapproche au jourd’hui, pendant que le gouverne ment fédéral s’appuie sur des sup plétifs issus de dissidences de ce même Front. Quand les alliances se retournent à cette vitesse, aucune partie ne sait plus avec certitude qui elle affronte, et c’est dans ce brouil lard que naissent les guerres que personne n’a décidées. J’ajouterais que la zone concernée n’est pas une périphérie militaire ordinaire, puisque le nord éthiopien abrite de puis longtemps le gros du dispositif fédéral, ses garnisons et ses dépôts, de sorte qu’un incident de frontière peut y devenir un problème d’Etat. Pour éviter l’escalade, deux ur gences me paraissent essentielles. La première est de rouvrir un canal de communication, fût-il indirect, puisque la rupture diplomatique a supprimé le canal ordinaire et qu’il re vient à un tiers de porter les mes sages. Ce canal existe déjà. A la fin du mois de septembre, la task force conjointe des Nations unies et de l’Union africaine sur la paix et la sé curité, réunie à New York, a demandé à l’ancien président nigérian, Oluse gun Obasanjo, haut représentant de l’UA pour la Corne de l’Afrique et ar tisan des pourparlers de Pretoria, de relancer le dialogue entre les parties. Il appartient maintenant à celles-ci de répondre. La deuxième urgence porte sur le terrain, où il faudrait ob tenir une mise à distance des forces avant qu’un incident ne déclenche ce qu’aucune partie n’a officiellement décidé. Si je plaide pour un canal afri cain, c’est parce que l’expérience de la décennie écoulée a montré que les pressions, les sanctions et les sus pensions de coopération venues de l’extérieur n’ont jamais produit l’effet escompté. La culture politique éthio pienne rejette l’ingérence, et elle le fait avec constance, quel que soit le gouvernement en place. Enfin, der rière les déclarations officielles, il y a les populations. Un million de per sonnes demeurent déplacées quatre ans après la fin des grands combats. Près de quatre millions, soit plus de la moitié des habitants du Tigré, dé pendent d’une aide urgente, et la sé cheresse de cette année fait redou ter des poches de famine. Les tensions actuelles viennent remettre en surface un conflit qui date depuis des décennies entre les deux voisins. Quelles solutions peut-on envisager pour une paix durable entre Ad dis-Abeba et Asmara ? Pour penser une paix durable, il faut revenir sur ce qui a fait la fragilité de la précédente. L’accord de 2018 a mis fin à vingt années de « ni guerre ni paix », et il a valu au Premier mi nistre Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix. Toutefois, il a reposé sur l’en tente personnelle de deux diri geants, sans jamais être traduit en institutions. Aucun mécanisme de rè glement des différends n’a été insti tué et la démarcation de la frontière est restée inappliquée. Lorsque la re lation entre les deux hommes s’est défaite, il n’est resté aucune archi tecture pour amortir le choc. A mon sens, voilà la première leçon : une paix qui ne s’institutionnalise pas fi nit par s’évaporer, tôt ou tard… J’ajou terais même que ce rapprochement avait été rendu possible par une re configuration politique intérieure, celle de l’effacement des officiers qui avaient porté le conflit précé dent. La paix de 2018 était donc adossée à un équilibre interne da vantage qu’à un traité, et la recom position de cet équilibre a emporté l’entente avec elle. Le deuxième nœud est celui de l’accès à la mer. L’Ethiopie est enclavée depuis l’indé pendance de l’Erythrée en 1993. Elle compte plus de 120 millions d’habi tants et fait transiter l’essentiel de son commerce extérieur par le port de Djibouti. Le Premier ministre éthiopien a érigé l’accès à la mer Rouge en priorité stratég...
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