« Aucun travailleur ne doit se sentir lésé »

Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale.

Monsieur le ministre, la 140e Fête du travail se célèbre cette année encore autour de la problématique du travail décent. Quel regard général portez-vous sur les conditions de travail aujourd'hui au Cameroun ? La célébration de la 140e Fête du travail autour du thème du travail décent nous interpelle tous sur les progrès accomplis, mais aussi sur les défis persistants. De manière générale, les conditions de travail au Cameroun connaissent une amélioration progressive, portée par les réformes engagées par le gouvernement et le renforcement du cadre normatif. Toutefois, il subsiste des disparités importantes selon les secteurs d’activité, notamment dans l’économie informelle, qui demeure majoritaire. Notre ambition est celle de faire du travail décent une réalité pour tous les travailleurs, sans exception. Le chantier du travail décent est donc un processus continu qui nécessite l’engagement de tous les acteurs : État, employeurs et travailleurs. C’est ensemble que nous pourrons bâtir un monde du travail plus juste, plus inclusif et plus prospère au Cameroun. De manière générale, les entreprises camerounaises vous semblent-elles disposées à améliorer de façon spontanée et régulière ces conditions de travail ? Il convient de reconnaître que certaines entreprises, notamment les plus structurées, s’inscrivent déjà dans une dynamique d’amélioration continue des conditions de travail, souvent sous l’effet de la concurrence et des exigences internationales. Cependant, cette évolution n’est pas encore généralisée. C’est pourquoi l’État joue pleinement son rôle de régulateur, en veillant au respect des normes et en incitant les entreprises à adopter des pratiques responsables, durables et conformes aux normes, d’où d’ailleurs le Programme Pays pour le Travail Décent en collaboration avec le BIT. Chez plusieurs employeurs, les salaires et avantages continuent d’être réglés à la tête du client. Comment faire en sorte que les travailleurs ne se sentent pas abandonnés ? La question de l’équité dans le traitement des travailleurs est au coeur de nos préoccupations. Le respect des conventions collectives, des grilles salariales et des dispositions légales doit être une règle intangible. Pour lutter contre les pratiques arbitraires, nous renforçons les contrôles à travers les inspections du travail, tout en sensibilisant les employeurs à l’importance d’un climat social apaisé, fondé sur la justice et la transparence. Aucun travailleur ne doit se sentir lésé. C’est le lieu pour moi de rappeler que le travailleur doit être le premier défenseur de ses droits en signalant de possibles abus au délégué du personnel ou en dénonçant à l’inspection du travail tout fait qui lui semble contestable. Signaler ici le dispositif mis en place par la CNPS pour que le travailleur vérifie ou dénonce sans être démasqué. Les difficultés économiques, comme celles que connaît le monde actuellement doivent- elles justifier l’absence de protection sociale observée dans bon nombre d’entreprises ? Les difficultés économiques, aussi réelles soient-elles, ne sauraient justifier la remise en cause des droits fondamentaux des travailleurs, notamment en matière de protection sociale. Celle-ci constitue un socle essentiel de dignité humaine et de stabilité sociale. Le gouvernement, par le biais de la CNPS, poursuit ses efforts pour étendre la couverture sociale, y compris aux travailleurs du secteur informel par l’assurance volontaire, dans une logique d’inclusion et de solidarité nationale. Dans ce contexte, le dialogue social peut-il vraiment être sincère et efficace autour de cette question des conditions de travail ? Le dialogue social demeure un levier essentiel pour concilier les intérêts parfois divergents des employeurs et des travailleurs. Lorsqu’il est mené dans un esprit de responsabilité et de bonn...

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