« La matière première est un intrant vital de production »
- Par Junior MATOCK
- 11 May 2026 08:16
- Likes
Patrice Yantho, Coordonnateur de l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux.
Monsieur le coordonnateur, on observe comme une effervescence dans le secteur de la transformation du fer depuis quelques années. Vous confirmez cette impression ? Votre constat est réel, l’Etat et les membres de l’Organisation des industries de transformation des métaux ont beaucoup travaillé afin de construire une filière viable et compétitive ces 15 dernières années. Naturellement, ça incite à l’attractivité comme une route nouvellement bitumée qui attire vers les zones de production et de commercialisation. La constitution en interprofession des industries de transformation de l’Acier, Ocita, devenue l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (Ocitram) a contribué à renforcer le dialogue entre les industries de transformation des métaux et l’Etat dans un cadre de dialogue constructif et dans une perspective de meilleure compétitivité de la filière en général. Toutefois, il convient de relever que la plupart de nos industries fonctionnent à moins de 50% des capacités installées, en raison de la raréfaction de la ferraille, qui diminue au fur et à mesure que la transformation prend de l’ampleur. L’installation anarchique dans un contexte de surproduction actuelle devrait être rationalisée afin d’éviter les effets pervers d’une surproduction destructrice. A l’exemple de la Chine qui aujourd’hui tente de réduire les surcapacités de ses usines devenues un risque systémique pour son économie. Comment jugez-vous la qualité de tout ce qui est produit, notamment le fer à béton et les tôles ? Les membres de l’Ocitram (Alucam, Aciéries du Cameroun, Metafrique, Prometal et Proalu) ont fait de la norme une exigence de sécurité, de viabilité et de compétitivité. Ils s’accordent pour produire conformément aux normes camerounaises, lesquelles sont cohérentes avec les standards internationaux. L’Etat du Cameroun à cet effet accompagne le processus de normalisation et a rendu d’application obligatoire les normes sur les aciers et métaux. Il s’agit de la NC 236: 2021 pour le béton, fer à béton, la NC 237:2021 pour treillis soudes, la NC 238:2021 pour les fils d’attache, rendue d’application obligatoire par arrêté N0 du 20 Avril 2022, les normes camerounaises sur les produits de fer, et la norme NC 100 : 2002-06, spécifiques aux tôles en alliage d’aluminium, la NC 101 : 2002-04 spécifiques aux tôles en acier revêtu, la NC 118 : 2002- 06 spécifiques aux techniques pour les tôles en alliage d’aluminium, rendue d’application obligatoire par arrêté du 20 Juin 2012. En ce qui concerne les produits d’aluminium, notamment les tôles, les importations et contrefaçons affluent. Nous observons avec inquiétude une dégradation de la qualité issue des importations, notamment sur les alliages pour toiture dont les produits doivent respecter la composition chimique définie par les standards normatifs généralement alignés sur les séries 3003 et 5005 qui sont adaptés pour les toitures afin de garantir la résistance à la corrosion, en plus de ne pas avoir les marquages recommandés. Nous restons dans un processus d’amélioration continue. Les produits « Made in Cameroun » en qualité sont meilleurs que ceux des pays similaires comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée, le Gabon et bien d’autres. Certains acteurs affirment être en surproduction sur certains articles, en l’occurrence le fer à béton, les bonbonnes pour le gaz... Le marché n'offre-t-il pas suffisamment de débouchés aux producteurs ? Nous encourageons nos membres à penser à conquérir la Zone de libre-échange continentale africaine, en adéquation avec la vision du chef de l’Etat, qui demande de penser audelà du seul marché camerounais. Malgré cette hausse de la production, les prix des barres de fer utilisées par exemple pour la construction restent élevés sur le marché. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ? Il faut d’entrée de jeu rappeler que les prix sont homologués, encadrés par la loi et soumis à la validation de l’autorité des marchés à savoir le ministère du Commerce qui fait office de gendarme en la matière. La détermination des prix dans notre secteur d’activité est tributaire des facteurs endogènes et exogènes qui impactent le coût des intrants et donc le prix de revient qui est diffèrent du prix distributeur final. Le prix d’accès à la matière première, l’énergie, la logistique, la fiscalité, la main d’oeuvre et autres facteurs influencent le prix final rendu au consommateur final. L’amélioration du pouvoir d’achat et l’accès local aux intrants de production qualitatifs et compétitifs sont des leviers susceptibles d’aménager l’accès à des prix sociaux, en synergie avec la politique fiscalo-douanière et la protection de la production nationale ainsi que la dynamisation des marchés vont inéluctablement y contribuer. Le tout assis sur une la politique d’import-substitution en cours d’implémentation. La filière reste toutefois fragile, au regard de multiples contraintes comme l'indisponibilité de la matière première (ferraille), l’offre insuffisante en énergie, etc. Où trouver les solutions à ces problèmes ? Les solutions existent, mais il faut les mettre en oeuvre. Il nous souvient qu’un arrêté du Premier ministre du 14 mars 2025 précise les modalités spécifiques d’implantation et d’exploitation des unités de transformation de l’acier. La rationalisation dans la politique industrielle est une autre solution. Car, est-il nécessaire par exemple de continuer de donner des incitations à l’investissement sur des secteurs saturés et en surproduction ? Il faut éviter que l’Etat fasse des pertes de recettes fiscalo-douanières sur des secteurs où l’économie locale n’en a plus besoin. Quelles sont les mesures envisagées par votre groupement pour aider les industriels à résoudre durablement ces problèmes ? D’abord, nous avons, à la faveur de la loi sur les interprofessions pu regrouper les producteurs en invitant tous les acteurs sans exclusion. Nous avons en outre sensibiliser ces derniers sur les bonnes pratiques et engagé, aux côtés de l’Etat, la structuration de la filière. Les résultats à date sont perceptibles. Nous sommes dans un processus d’élaboration et de validation de notre plan d’action triennal par nos membres, les impacts seront perceptibles et mesurables. Nous avons d’ores et déjà saisi le gouvernement afin qu’ensemble nous puissions faire de notre filière, la première conquérante de la Zlecaf et réussir durablement la structuration de la filière des métaux, ancrée sur une chaine de valeur locale en cohérence avec la vision gouvernementale initiée et soutenue par le président de la République. Beaucoup de leviers touchent à cet effet la politique industrielle, et la politique énergétique pour l’industrie lourde et industrialisante qu’est notre filière. Il est nécessaire de catégoriser les industries et de rester cohérent entre la vision, les mesures et actions concrètes, afin de garantir les résultats escomptés relativement à notre véritable potentiel. Nous nous réjouissons du fait que le Premier ministre ait décidé de la mise en place d’un comité stratégique de haut niveau pour piloter et implémenter la vision synergique du gouvernement et de la filière des aciers et métaux. Nous restons optimistes sur l’issue des travaux pour la viabilité durable de la filière et de sa compétitivité afin que les aciers et métaux « Made in Cameroon » domine la Zlecaf et que les autres filières s’inspirent pour un...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires