« L’économie numérique camerounaise est en pleine construction »
- Par Jocelyne NDOUYOU
- 11 Jun 2026 08:11
- Likes
Minette Libom li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications.
Madame le ministre, comment appréciez-vous globalement le développement de l’économie numérique au Cameroun aujourd’hui ? De manière générale, nous pouvons dire avec certitude que le développement de l’économie numérique au Cameroun connait une grande avancée. Le Cameroun a franchi une étape importante : le numérique est devenu un levier transversal de modernisation de l’État, de compétitivité économique, d’inclusion financière, d’innovation et de création d’emplois. De même, les usages progressent fortement. Le téléphone mobile est aujourd’hui le principal moyen d’accès aux services numériques, le mobile money s’est imposé dans les habitudes des citoyens, et de plus en plus de services publics, d’entreprises, de jeunes développeurs et de startups s’appuient sur le digital pour proposer des solutions nouvelles. Mais nous devons aussi rester conscients des défis qui restent à relever. La fracture numérique demeure, notamment entre zones urbaines et zones rurales ; la qualité de service doit être améliorée ; le coût d’accès aux terminaux et à Internet reste une préoccupation ; et il faut renforcer la cybersécurité, la confiance numérique, la protection des données, les compétences numériques et l’interopérabilité des plateformes publiques. C’est pourquoi l’action du gouvernement vise désormais à passer d’une logique de simple connectivité à une logique d’écosystème numérique intégré en terme d’infrastructures, services publics numériques, innovation locale, formation, inclusion, souveraineté des données et sécurité. C’est dans ce cadre que s’inscrit le PATNUC dont la mission est la promotion d’une transformation numérique inclusive et durable, notamment à travers les infrastructures, les compétences et l’innovation. En résumé, nous dirons que l’économie numérique camerounaise est en pleine construction. Elle avance, elle se structure, elle produit déjà des effets visibles dans la vie quotidienne des citoyens, mais elle doit encore gagner en profondeur, en accessibilité, en sécurité et en impact économique. Notre responsabilité est de faire du numérique non pas un luxe, mais un véritable outil de développement national, au service de tous les Camerounais. Qu’attend le gouvernement de ce secteur pour le développement du pays et partant, l’amélioration des conditions de vie des populations ? Il est important de savoir que le numérique participe déjà grandement à l’amélioration des conditions de vie des populations. On le constate dans les usages quotidiens : paiement mobile, accès à l’information, communication, commerce en ligne, services administratifs, éducation, santé, agriculture et inclusion financière. Les chiffres le démontrent. En 2024, le marché des communications électroniques a généré 1 022 milliards de F de revenus hors taxes, en hausse de 18,06 %. Le secteur pèse désormais environ 3,16 % du PIB pour le seul segment des télécommunications, tandis que l’économie numérique, prise plus largement, est estimée à un peu plus de 5 % du PIB. Nous voyons également cette dynamique dans les usages. Le Cameroun comptait, à fin 2025, environ 29 millions de connexions mobiles, soit 96,4 % de la population, et 14,6 millions d’utilisateurs d’Internet. En 2024, les abonnements actifs à Internet ont atteint 15,09 millions, contre 12,6 millions l’année précédente. Le mobile money illustre encore mieux l’impact direct sur la vie des populations. En 2024, le Cameroun représentait 57 % de la valeur des transactions mobile money en zone CEMAC, avec environ 26 773 milliards de F de transactions, et plus de 30,9 millions de comptes mobile money. Cela montre que le numérique est devenu un outil concret de paiement, d’épargne, de transfert, de commerce et d’inclusion financière. Ce que le gouvernement attend donc de ce secteur, c’est qu’il devienne un véritable accélérateur de développement : qu’il crée davantage d’emplois, soutienne l’entrepreneuriat des jeunes, améliore la productivité des entreprises, modernise l’administration, facilite l’accès aux services essentiels et renforce la compétitivité de notre économie. En quoi les diverses initiatives portées par les pouvoirs publics et le secteur privé contribuentelles à booster l’impact de ce domaine pour lequel les besoins semblent croître de façon exponentielle ? Les initiatives publiques et privées contribuent à renforcer l’impact du numérique parce qu’elles agissent sur toute la chaîne de valeur. D’une part, l’État crée les conditions de base : infrastructures, cadre réglementaire, inclusion numérique, cybersécurité, formation et accompagnement de l’innovation. C’est dans ce dernier que se situent les initiatives d’innovation, comme la Semaine de l’innovation numérique, permettent d’identifier, de valoriser et d’accompagner les jeunes talents. L’édition 2025, placée sous le thème de l’intelligence artificielle au service de la transformation numérique, illustre bien cette volonté de faire du numérique un outil de réponse aux besoins réels de la société camerounaise. D’autre part, le secteur privé donne de l’ampleur à cette dynamique. Les opérateurs télécoms, les fournisseurs d’accès, les fintechs, les agrégateurs de paiement, les start-up et les plateformes numériques transforment les infrastructures en services concrets : paiement mobile, commerce en ligne, solutions agricoles, services financiers, éducation à distance, télémédecine, applications administratives et services aux entreprises. En réalité, l’impact du numérique augmente lorsque l’action publique et l’initiative privée se complètent : l’État fixe la vision, sécurise le cadre et investit dans les fondations ; le privé innove, déploie les services et rapproche le numérique des citoyens. C’est cette complémentarité qui permettra de répondre à la croissance rapide des besoins et de faire du numérique un véritable levier de développement, d’inclusion et de création de richesse. L’envol véritable de l’économie numérique est cependant freiné par des obstacles tels que la faiblesse d’un Internet à très haut débit, les coûts d’accès encore prohibitifs, des zones non couvertes du pays, etc. Que fait l’État pour améliorer la donne ? Dire que les coûts d’Internet au Cameroun sont, de manière générale, prohibitifs, c’est faire une appréciation limitée de l’évolution du secteur depuis plusieurs années. Les chiffres constatés plus haut le démontrent effectivement : Les tarifs ont connu une évolution favorable, avec des offres de plus en plus diversifiées, notamment sur le mobile. Si l’on consulte l’Observatoire du marché des communications électroniques de l’ART, on constate que les prix pratiqués au Cameroun ne peuvent pas être présentés comme prohibitifs de façon absolue, même s’il est reconnu que des efforts doivent encore être faits pour améliorer le rapport coûtqualité et rendre l’accès plus confortable pour toutes les couches sociales. Ce qui place le Camero...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires