« Un réarmement moral s’avère nécessaire… »
- Par Yvette Mbassi
- 25 Aug 2026 05:36
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Dr Jean Roger Onah, sociologue, professeur associé, Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines, Université de Yaoundé I.
Des voix s’élèvent régu lièrement pour dénoncer les dérives comportemen tales des motos-taxis. Etes- vous d’avis que cette acti vité constitue une menace pour les autres usagers de la route ? D’abord, il est important de constater que l’activité de moto-taxi constitue aujourd’hui un mode de transport omni présent en contexte urbain et en milieu rural camerounais. En métropole, elle constitue l’une des figures parlantes des pratiques circulatoires dé viantes, observées sur la voie publique. Autrement dit, les motos-taxis constituent un vé ritable terrain d’observation de plusieurs dérives. Il s’agit en premier du non-respect de la loi. En effet, le décret n° 95/650/PM du 16 novembre 1995 fixant les conditions et modalités d'exploitation à titre onéreux des motocycles af fectés au transport public des personnes sur le territoire na tional a été signé. Ce texte a pour but d’apporter une solu tion à l’anarchie observée au sein de cette activité. Or, l’ob servation laisse percevoir qu’il s’agit d’une activité refuge pour plusieurs qui l’adoptent par reconversion profession nelle et d’autres la voient comme une aubaine pour leur insertion professionnelle. Ils s’impliquent dans cette activité sans formation, il suffit de tenir en équilibre sur un motocycle pour commencer à exercer, sans identifiant. Ce qui pose un problème sécuritaire. En ef fet, il n’est pas rare que certains se rendent coupable des actes tels que des agressions, le vol à la tire dans notre univers ur bain. A cela s’ajoutent, le non- respect des zones de station nement et des feux de signa lisation, l’adoption de nouveaux modes circulatoires (circuler sur les trottoirs, rivalisant ainsi avec les piétons ; emprunter des contresens ; opérer des dépassements autant à gauche qu’à droite, rouler à vive allure très souvent sans dispositifs de sécurité : casques et tenues adéquates etc.). De telles pra tiques circulatoires sont à l’ori gine d’accidents, de trauma tismes, d’infirmités et de pertes en vie humaine. Tout ce qui précède montre bien que l’in docilité de ces transporteurs sur la voie publique constitue une préoccupation majeure au jourd’hui. Les conducteurs de moto- taxi au Cameroun se sont constitués en véritable confrérie où s’est dévelop pée une solidarité presque aveugle. Quelle lecture faites-vous de ce phéno mène ? Les conducteurs de moto-taxi comme tout corps de « métier » s’organisent en corporation. Un regard attentif de cette ac tivité permet de dégager deux ordres associatifs des motos- taxis. D’une part des organi sations syndicales légales qui s’engagent à défendre les droits de ces transporteurs, or ganisent des séances de for mation et de sensibilisation de leurs syndiqués mais aussi, fa cilitent leur intégration profes sionnelle dans le secteur du transport public urbain. A côté de ces formes conventionnelles d’association, émergent des corporations opérantes, infor melles très souvent non léga lisées. Ces formes plus cou rantes, se constituent en grande partie sous fonds eth niques ou sur la base du lieu où s’exerce ladite activité. Cette catégorie constitue des es paces de vitalité de l’entraide (en cas d’évènement heureux comme des naissances ou mal heureux à l’instar des décès), de cohésion sociale pour ces acteurs. Cela est visible par l’organisation des activités sportives, ludiques et récréa tives. En somme, ces cadres associatifs sont perçus comme des espaces de renforcement du lien social à travers l’entre tien et le maintien des relations de convivialité, de proximité, d’interconnaissance et d’assis tance mutuelle. Mais ils sont aussi des lieux de résilience et surtout des remparts, voire une sorte de « bouclier », face à l’altérité et l’adversité venant des usagers, automobilistes et autres institutionnels. Ces or ganisations forment de ce point de vue, un véritable « univers social » jouant plusieurs fonc tions. Très agressifs pour cer tains, ces acteurs du trans port sont connus pour les invectives, les insultes et autres voies de fait dont ils se rendent régulière ment coupables. Qu’est ce qui peut expliquer une telle agressivité ? Il faut remarquer que la voie publique dans sa pratique quo tidienne est un espace d’inci visme et d’incivilité. Tout usa ger de la voie publique fait ou a fait l’expérience, au moins une fois dans sa vie, des formes de violences verbales et de discours haineux ciblés ou non. A mon sens, la voie publique comme cadre circulatoire et d’interaction constitue un vé ritable baromètre, une jauge probante du niveau de civisme et du seuil de tolérance sociale. On peut avoir l’impression que l’agressivité et l’invective sont l’apanage des conducteurs de moto-taxi, pourtant la réalité est tout autre. Il s’agit d’une pratique courante sur la voie publique. Toutefois, les conduc teurs de moto-taxi participent activement à produire ces épi sodes de tension. À travers leurs pratiques circulatoires non conformes, ils mettent en situation et en scène des spec tacles agrémentés de paroles obscènes, d’injures, d’invec tives, etc. Toutefois, l’attitude d’aversion des conducteurs de moto-taxi tend à s’inscrire dans un environnement social pré caire et permissif, caractérisé par les abus d’autorité et de pouvoir, la persistance des pra tiqu...
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