« Nous devons anticiper les besoins »

Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Energie.

Monsieur le ministre, de façon globale, quel est l’état des lieux de la disponibilité et de la dis­ tribution du gaz domestique au Cameroun ? Par le passé, l’approvisionnement du pays en gaz domestique était assuré par la Société nationale de raffinage (Sonara) à hauteur de 20 % et par les importations à hauteur de 80 %. Avec l’entrée en service du dépôt SNH de Bipaga en 2018, la production locale est passée à 35 %. Malheureusement, à la suite du sinistre survenu à la Sonara en mai 2019, la production locale est redescendue à 20 %. À ce jour, avec le départ du navire LNG Hilli Episeyo, l’approvisionnement du pays est en­ tièrement assuré par les importa­ tions. L’emplissage des bouteilles, quant à lui, s’effectuait dans quatre centres emplisseurs situés à Douala, Yaoundé, Bafoussam et Ngaoundéré. Le gouvernement, à travers la Caisse de stabilisation des prix des hydro­ carbures (Csph), a construit trois au­ tres centres à Maroua, Bertoua et Bamenda, portant ainsi leur nombre à sept. Il convient également de re­ lever que le secteur privé a contribué au développement de cette activité à travers la construction de centres emplisseurs. Concernant la distri­ bution du GPL, il est opportun de rappeler que les bouteilles de gaz en circulation étaient entièrement importées. Grâce aux mesures prises par le gouvernement dans le cadre de la politique d’import-substitution, deux entreprises, Progaz et Africa Cylinder, ont vu le jour à Douala et fabriquent désormais localement des bouteilles de gaz. De plus, grâce à la libéralisation du secteur impul­ sée par le chef de l’Etat, le nombre de marketeurs/distributeurs de gaz domestique n’a cessé de croître, passant de cinq avant les années 2000 à 22 en 2025. Les mises à la consommation ont également aug­ menté, passant de 33 125 tonnes métriques à 216 500 tonnes mé­ triques au cours de la même période. Cette croissance de la consommation résulte de l’évolution démographique et des mesures mises en place par le gouvernement afin de rendre le gaz domestique disponible sur l’en­ semble du territoire national. Vous avez inauguré, le 21 août dernier à Douala, un ensemble de nouvelles infrastructures de la SCDP. Qu’est-ce que cela va concrètement changer dans l’ap­ provisionnement en gaz domes­ tique ? Il faut partir d’une réalité simple : plus un pays dispose de capacités de stockage importantes, plus il est en mesure de faire face aux aléas de l’approvisionnement. Par le passé, le dépôt SCDP de Bonabéri ne dis­ posait que d’une capacité de récep­ tion de 1 500 tonnes métriques. Il fallait environ 10 jours pour dé­ charger un navire de 10 000 tonnes métriques. À ce jour, les capacités de réception de Bonabéri s’élèvent à 3 500 tonnes métriques, soit plus du double des capacités initiales. En perspective, deux sphères d’une capacité nominale de 1 000 tonnes métriques chacune seront construites dans le dépôt SCDP de Bonabéri, ce qui portera sa capacité totale à 5 500 tonnes métriques. Ces investissements permettront d’augmenter significativement les capacités de réception à Douala et de réduire le temps de déchargement des navires. De plus, ils contribueront à sécuriser les approvisionnements du pays, à accroître l’autonomie en produit et à constituer des stocks de sécurité. Avec ces nouvelles installations, l’approvisionnement des mé­ nages devrait donc s’améliorer. Sur le long terme, qu’est-ce qui est prévu pour garantir la pleine satisfaction des besoins, notam­ ment en termes de production locale ? Notre démarche consiste précisé­ ment à ne pas attendre qu’une dif­ ficulté survienne pour agir. Nous devons anticiper les besoins de de­ main. Le premier axe concerne la réhabilitation de la Sonara afin de réduire notre dépendance aux im­ portations. Le deuxième axe est de transformer le dépôt de Bonabéri en un hub sous régional, avec deux autres sphères de gaz domestique en construction, afin de doubler les capacités quotidiennes de charge­ ment de gaz vrac pour faciliter la mise à disposition du produit. Le troisième axe consiste à remonter la production de Bipaga avec la pers­ pective de l’extension future par la SNH. Tous ces projets permettront d’accroître la production locale afin de réduire notre dépendance aux importations. Il y a dans le pipe plusieurs pro­ jets à Kribi visant à garantir de meilleurs stocks de sécurité na­ tionaux. Où en est-on ? Kribi constitue précisément l’une des réponses structurelles aux vul­ nérabilités de notre dispositif actuel. La construction du Terminal à hy­ drocarbures de Kribi par la SCDP constitue une réponse apportée par l’État, dans l’optique non seulement d’augmenter les capacités de stockage, mais également de consti­ tuer des stocks de sécurité pour faire face aux cas de force majeure. Il me semble opportun d’indiquer que le Cameroun doit disposer d’un espace pour les stocks de sécurité correspondant à 30 jours d’autono­ mie. Compte tenu de la conjoncture internationale et des crises géopo­ litiques qui se multiplient dans les principales zones d’approvisionne­ ment en produi...

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