« Il faudrait que la vente promotionnelle devienne un débouché stable pour la production locale »
- Par Marilyne NGAMBO TCHOFO
- 10 Sep 2026 13:04
- Likes
Dr. Moussa Elhadji Saidou, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Ngaoundéré, spécialiste en économie du développement.
Qu’est-ce qui explique le boom des ventes promotionnelles organisées ces dernières années tant par les pouvoirs publics que par les grandes surfaces ? Ce boom des ventes promotionnelles s’explique par la conjonction de trois facteurs. Le premier est politique et social. En effet, face à la contes tation liée à la vie chère, les pouvoirs publics ont besoin de gestes visibles à court terme, plus faciles à mettre en œuvre qu’une réforme struc turelle des filières ou de la fiscalité. Une opération axée sur la vente promotionnelle a l’avantage d’être immédiate, médiatisée et mesurable poli tiquement. La deuxième logique est purement commerciale. Les grandes surfaces utilisent ces opérations comme un outil marketing classique : écoulement des stocks en fin de cycle, fidélisation de la clientèle, différenciation par rapport au commerce de détail informel qui capte une part importante des ménages. Pour elles, la promotion est aussi un investissement en image. La troisième logique est mimétique. Une fois que l’Etat a légi timé ce type d’opérations comme réponse à la cherté de la vie, les distributeurs privés s’y en gouffrent, davantage pour ne pas apparaître dé connectés de l’effort national que par calcul éco nomique pur. On assiste ainsi à une multiplication d’initiatives qui, prises isolément, sont utiles mais qui, faute de coordination, ne constituent pas encore une politique cohérente de régulation des prix. Coincés entre un pouvoir d’achat faible et une inflation galopante, les consommateurs sont- ils véritablement gagnants ? A ce niveau, il faut dire qu’à l’instant, oui, un mé nage qui achète pendant l’opération réalise une économie réelle, parfois significative sur des pro duits de première nécessité, mais ce gain est partiel et temporaire. En effet, une réduction ponctuelle de 10 à 20% sur certains produits ne compense pas une inflation structurelle qui érode le revenu réel tout au long de l’année. C’est un soulagement conjoncturel, pas une solution au problème de fond. Le risque est même que ces opérations créent un effet d’aubaine trompeur, donnant l’impression d’une amélioration du pouvoir d’achat alors que la tendance de fond reste défa vorable. De quelle manière ces initiatives encouragent-elles la production locale, au moment où plusieurs produits importés sont également concernés par les réductions ? C’est là que se situe la principale limite de ces dispositifs tels qu’ils sont généralement conçus. Une réduction de prix appliquée indistinctement aux produits locaux et importés ne crée aucun avantage comparatif pour le producteur national. Elle profite même souvent davantage à l’impor tateur, qui bénéficie déjà d’économies d’échelle et de coûts de production plus bas dans le pays d’origine des produits. Dans certains cas, cela peut même fragiliser des filières locales naissantes ...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)


Commentaires