Hemley Boum : ouverture sur le monde

Le prix Ahmadou Kourouma 2020 continue d’élargir sa base de locuteurs de plusieurs langues avec la traduction de son dernier roman.

Le 5 septembre 2022, la version anglaise du livre « Les Jours viennent et passent », le quatrième roman de l’auteure camerounaise Hemley Boum paru chez Gallimard en 2019, paraitra simultanément aux États-Unis et en Afrique subsaharienne. L’afrique subsaharienne dont l’édition est assurée par la maison camerounaise Bakwa Books. Bakwa qui assure également la traduction. C’est une étape supplémentaire pour l’œuvre récompensée par le Prix Ahmadou Kourouma 2020. « Une très belle aventure » pour l’écrivaine. 
A côté de ce défi, Hemley Boum continue à se rapprocher de ses lecteurs. Ainsi, en plus de la réédition de son dernier roman par les Editions Eburnie en 2020, à un prix accessible au public africain en général et camerounais en particulier, l’auteure a aussi trouvé une solution innovante pour toucher le lectorat, en s’associant à un distributeur et diffuseur littéraire local, Le Grand Vide Grenier (GVG). Rendant ainsi disponibles les livres de l’écrivaine « dans les supermarchés, les commerces du coin, les stations-service qui sont pour nous de vrais espaces de proximité », a expliqué la promotrice de GVG, Ange Mbelle. 
Cette proximité, Hemley Boum la possède aussi dans son style et le choix de ses thèmes, comme l’a rappelée sa jeune consœur, l’auteure Danielle Eyango, lors de la semaine de la littérature africaine organisée par l’Institut français du Cameroun en avril dernier : « Hemley a une plume extraordinaire. Son écriture est très sobre. Il n’y a jamais de phrase construite de manière compliquée, elle a une écriture dépouillée, une écriture paisible. De plus, elle célèbre l’humain… » 
Ces qualités ont trouvé écho dans toutes les récompenses raflées par pratiquement chacune des œuvres de l’auteure du roman « Le Clan des femmes » (L’Harmattan, 2010). Le Prix Ivoire 2013 pour « Si d’aimer » (La Cheminante, 2012) ; le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire en 2015 et le Prix du livre engagé en 2016 pour « Les Maquisards » (La Cheminante, 2015). « Les Maquisards » qui a d’ailleurs été traduit en allemand en 2018 chez Peter Hammer sous le titre « Gesang für die Verlorenen ».

La version anglaise du roman « Les Jours viennent et passent » parait en septembre prochain. Peut-on revenir sur cette aventure ? 
Les droits de traduction du livre « Les Jours viennent et passent » ont été rachetés par Bakwa Books très vite, quelques mois après sa sortie. Il y avait deux autres éditeurs nigérians qui étaient très connus. Mais avec Raphaël Thierry de l’agence littéraire Pierre Astier, on a parié sur Bakwa parce qu’il y avait un aspect de contexte camerounais. L’idée c’était d’avoir un traducteur camerounais, parce que je trouvais que même si le roman est écrit dans un français classique, je voulais que ça respecte le contexte. Et c’est vrai qu’on le sent dans certaines traductions quand ce travail de contextualisation n’a pas été fait. Et quand Melvin Nchanji a fini de traduire les trente premières pages, il nous les a donc soumises pour appréciation avant de continuer son travail et nous avons tellement apprécié que nous avons décidé de les remettre sur le marché. Cette fois sur un marché beaucoup plus global, les États-Unis, l’Angleterre, etc. Et sur la base des 30 pages qui ont été traduites par l’équipe de Bakwa, le livre a été acheté par une maison d’édition américaine. 
Cela signifie que la traduction de Bakwa Books, maison d’édition camerounaise, est la base de l’édition américaine ?
En effet. Au moment de signer le contrat, ils nous ont demandé ce qu’on souhaitait comme traduction, ce qu’ils n’ont pas du tout l’habitude de faire. Les Américains sont très directifs sur leur manière de travailler. Mais à ce moment-là, il y avait une polémique sur la poétesse Amanda Gorman (Afro-américaine, ndlr) qui avait été traduite par une autre poétesse (la Néerlandaise  Marieke Lucas Rijneveld, ndlr). Donc il s’était posé le problème de « qui peut traduire qui » qui chauffait dans le milieu littéraire et la maison d’éditions américaine a, je pense, ressenti l’obligation de nous demander à qui on voulait confier cette traduction. Est-ce que nous voulions continuer avec le traducteur avec lequel on travaillait, donc une traduction africaine, ou alors nous voulions travailler avec leur traducteur habituel. Sans hésiter, on a choisi Bakwa. Nous leur avons expliqué qu’ils ont acheté les droits sur la base de ce travail et on supposait que ça leur convenait jusqu’ici, donc nous allons continuer avec ce traducteur-là. Donc c’est la traduction qui a été faite par Melvin Nchanji qui va aussi sortir telle quelle aux États-Unis. Cette même traduction a encore été sollicitée, parce que les droits viennent également d’être achetés en Afrique du sud. 
Dans cette démarche de garder le lien avec votre terre, peut-on revenir sur votre volonté de rendre vos œuvres accessibles au public africain ?
Lors de la publication de mon dernier livre, « Les jours viennent et passent », j’étais sur une grande déception : mes autres livres n’étaient absolument pas disponibles au Cameroun et quand ils l’étaient, ils étaient beaucoup trop chers. Les gens n’avaient pas du tout les moyens de s’acheter un livre à 15 000F. Donc le Cameroun ou l’Afrique qui était mon public naturel n’avait pas du tout accès à ce que j’écrivais. Alors, on a mené une réflexion qui consistait à dir...

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