Débats radiotélévisés : ces débordements qui dérangent !

L’espace médiatique camerounais déborde d’enthousiasme. Il est même, au gré de l’actualité, en perpétuelle effervescence. On observe cependant ces derniers temps bien des curiosités. La montée des stars des débats radiotélévisés. Dans les radios urbaines comme dans les chaînes de télévision locales, c’est la course à l’audimat. De lundi à dimanche, et surtout les week-ends, l’espace audiovisuel, dans son segment radio et télévision, captive et séduit les publics. Les sujets sont toujours « hot », et les sorties de piste jamais loin de ces plateaux. Le journalisme, jusque-là perçu comme vecteur de développement, est en passe de devenir le carburant de la division, le passeport pour l’invective. Ce n’est pas tant les sujets abordés qui fâchent. En réalité au Cameroun, depuis 1982 avec l’accession du président Paul Biya à la magistrature suprême, les Camerounais ne vont plus au maquis pour exprimer leurs opinions. A cette volonté politique d’ouverture, s’ajoutent la loi n° 90/052 du 19 décembre 1990 relative à la liberté de communication sociale au Cameroun mais surtout le décret n°2000/158 du 03 avril 2000 fixant les conditions et les modalités de création et d’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle. Ce cadre juridique place ainsi le Cameroun dans le couloir des pays où la démocratie s’exerce allègrement. Mais la mise en œuvre de ces textes des décennies plus tard, pose de sérieux problèmes. Au point où on est en droit de se poser la question de savoir si le Cameroun n’a pas trop ouvert son espace médiatique ? Un tel questionnement pourrait résister à l’avalanche de protestations et d’indignations sélectives que cette posture soulève. 
Le paysage médiatique camerounais, au regard des dérives quotidiennes, inquiète. Le métier est chaque jour noyauté par des influences extérieures qui, pour une fois, ne viennent pas du gouvernement. La production des radios et télévisions du secteur privé indispose. Ici, on peine à trouver la frontière entre la saine pratique de la profession et les tribunaux populaires. Evidemment dans ces messes radiophoniques ou cathodiques, le gouvernement est toujours au banc des accusés. Chaque dimanche, des hautes personnalités se font massacrer sur les plateaux de télévision ou dans les studios radiophoniques, sans trop qu’on sache l’objectif finalement recherché. Certains invités emportés par l’autoglorification disjonctent tout simplement. On se retrouve ainsi avec de respectables citoyens qui appellent au repli identitaire, lorsque quelques autres, toutes griffes dehors, promettent d’en découdre avec tel ou tel ponte du régime. 
Ainsi, le président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement, les hauts responsables de la présidence de la République, les directeurs généraux, les dignitaires du parti au pouvoir (maires, députés, sénateurs) sont régulièrement jetés à la vindicte populaire. Si la loi n’interdit pas de s’intéresser à ces hauts responsables, voire à leur gestion des affaires de la cité, est-ce le rôle d’une chaîne de radio ou d’une chaîne de télévision de redresser les torts de la société camerounaise avec des relents de règlement de compte politique ? Dans ces arènes d’un autre genre, la notion d’équilibre, sans parler de celle du contradictoire, n’est pas toujours au menu. Les quelques représentants du parti au pouvoir ou dans quelques rares cas les ministres qui osent appeler à la retenue s’entendent dire sur ces plateaux enflammés qu’on n’est pas chez vous. Entendez, à la télévision publique ou à la radio nationale, accusées de ne pas ouvrir leurs antennes à ces bavardages du dimanche.
La dérive médiatique observée en ce moment dans ces émissions est dangereuse. Elle ne date cependant pas d’aujourd’hui. On la subit depuis 2002 à travers les ondes chaînes de radios urbaines appartenant à des promoteurs privés. Avec la montée de certaines chaînes de télévision sur satellite et le boulevard des réseaux sociaux, les dégâts sont devenus plus importants. Les débats télévisés au Cameroun, loin d’éduquer les masses, ont plutôt tendance à enflammer le pa...

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