CHAN : une compétition à réinventer

Tout le monde est heureux. Ou du moins, en a l’air au lendemain de la finale du Championnat d’Afrique des nations (CHAN) de football. L’Algérie, pays hôte, est particulièrement fière d’avoir relevé le pari organisationnel avec pratiquement un sans-faute, et en prime, un succès populaire matérialisé par des gradins souvent garnis. La Confédération africaine de football (CAF) se gargarise également de cette réussite. Si elle avait déclaré lors de l’édition précédente au Cameroun que c’était alors la meilleure jamais organisée, Patrice Motsepe a revu son jugement et clame désormais haut et fort que cette cuvée 2022 en Algérie restera comme la plus marquante de l’histoire de la compétition en sept éditions. Pour comprendre ce satisfecit général, il faut retourner quelques semaines avant le début du tournoi avec un contexte particulièrement tendu. 
Il faut dire que le débat fait particulièrement rage autour de la pertinence du CHAN qui peine à faire l’unanimité ces dernières années alors que son envol tarde toujours à être effectif. De nombreux médias annonçaient depuis des mois la possibilité d’annuler purement et simplement cette compétition après l’édition algérienne. Avec en arrière-plan, l’idée de soulager un calendrier déjà perturbé par les compétitions continentales et internationales. Sur le plan financier, le CHAN était (et reste) perçu par certains comme un gouffre à sous, avec d’immenses investissements pour très peu de retombées. Le sponsoring et les droits de retransmission ne sont visiblement pas toujours à la hauteur des attentes. Le peu d’entrain des pays pour organiser le tournoi avait de quoi alarmer aussi quand certains, comme l’Egypte, ne voient pas vraiment l’intérêt de perturber leurs calendriers nationaux pour y participer. Sans parler de l’absence de paillettes avec des joueurs souvent peu connus du public. L’annonce tonitruante, en 2020, de la   création de la Super Ligue panafricaine (dont les contours se font toujours attendre) a également été perçue comme un arrêt de mort. Au point où certains ont vu en ce CHAN Algérie 2022 une dernière chance.
Il semble donc que l’examen réussi il y a quelques jours offre un sursis au tournoi qui va toutefois devoir se réinventer pour espérer vraiment convaincre. Car il est hors de question d’envisager l’annulation de ce tournoi qui reste malgré tout une curiosité à travers le monde. La CAF est l’unique confédération à organiser en effet un tournoi pour les joueurs évoluant exclusivement dans leur pays. Une initiative d’Issa Hayatou, alors président de l’instance africaine au moment de la première édition en 2009 en Côte d’Ivoire. « Nous l’avons conçu en pensant aux joueurs qui évoluent dans nos championnats et qui n’ont pas la chance d’être appelés en équipe nationale senior qui est constellée de joueurs évoluant à 99% en Europe. L’objectif est aussi que le championnat puisse relever le niveau du football africain », déclarait alors le Camerounais. L’idée était par conséquent de donner une meilleure valeur marchande aux joueurs locaux et d’en faire une compétition qui se place pratiquement au même niveau que le CAN. Sept éditions plus tard, le constat est mitigé pour ces deux objectifs mais il ne remet certainement pas en cause l’existence de ce tournoi qui a clairement sa place dans un environnement où le football africain a de la peine à se faire une place. 
Au demeurant, le CHAN reste un baromètre fiable de la santé des championnats locaux. Et si peu de stars se sont révélées à l’occasion, quelques joueurs ont tout de même pu se faire remarquer. Par exemple, Nayef Aguerd, Achraf Dari et Jawad El Yamiq ont atteint les demi-finales de la dernière Coupe du monde de football avec le Maroc au Qatar en 2022. Un an plus tôt, ils faisaient partie de l’effectif sacré au Cameroun lors du CHAN 2020 et même déjà en 2018. Cela leur a valu de signer des contrats eu Europe. Le Malien Yves Bissouma, même s’il était suivi bien avant, a vu sa carrière franchir un autre cap après le CHAN 2016 au Rwanda. On peut encore citer des cas comme ceux de Patson Daka de Leicester City ou de Sekou Koita du RB Salzburg. N’oublions pas aussi que le CHAN anime le marché intracontinental. Cette année, il a contribué à de nombreux mouvements. Par exemple, l’attaquant malgache Koloina Razafindranaivo a signé au Mouloudia d’Alger. L’Angolais Herenilson do Carmo a rejoint Al Ahli de Tripoli. Le Sénégalais Ousmane D...

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