Trafics aux concours et recrutements : combat sans relâche

L’information a fait le tour de la toile il y a une semaine. Un présumé escroc se faisant passer successivement pour un haut magistrat de la Cour suprême et pour l’épouse du DGSN a extorqué pas moins de 20 millions de F à une victime en lui faisant miroiter l’admission au concours de la police. Sur les réseaux sociaux, notamment sur les plateformes digitales Badoo et WhatsApp, le présumé arnaqueur utilisait des profils de personnalités pour appâter ses victimes en quête d’emploi à la fonction publique. Sa dernière victime, une dame, a d’abord déboursé la somme de 3 500 000 F pour un concours de la police. Il s’était présenté comme un proche du patron de la police. Sauf qu’à la publication des résultats, « sa cliente » ne verra pas son nom parmi les heureux candidats. Il prend la poudre d’escampette non sans avoir muté son modus operandi. Revenu à la charge, le fameux procureur use de sa voix via une application pour se faire passer pour l’épouse du DGSN. En plus d’une promesse d’admission à l’école nationale supérieure de police, il promet à la candidate une promotion à un poste « juteux » dès sa sortie d’école. Une offre alléchante qui fait augmenter la mise pour atteindre 20 millions de F. Somme que la candidate s’est battue à rassembler et déposer sur un compte bancaire au nom de E.S.E. Ne pouvant plus supporter un deuxième échec après avoir autant déboursé de l’argent, la victime dépose une plainte et l’enquête menée par le cabinet du DGSN permet de mettre la main sur ce présumé arnaqueur qui a été interpellé le 3 mai dernier après avoir été localisé à travers son téléphone dans un quartier de Yaoundé. L’exploitation de l’un des téléphones a révélé une abondante communication avec des victimes. 
Le cas de ce faussaire spécialisé dans l’escroquerie des personnes qui sollicitent un recrutement au concours de la police n’est pas malheureusement isolé. Même si pour le commun des Camerounais, il est difficile d’admettre qu’un individu capable de mobiliser une somme de 20 millions puisse tomber dans ce type de traquenard. Malheureusement, compte tenu de l’ingéniosité des escrocs qui ont investi le terrain et eu égard au nombre élevé de chercheurs d’emplois et à la course effrénée vers la fonction publique, il est difficile de freiner l’ardeur des victimes. Les arnaqueurs ont tissé leur toile. Aucun concours d’accès à l’emploi public ne leur échappe. Le 31 juillet 2019, le ministre de la Fonction publique a présenté à la presse le cas de six personnes, suspectées d’avoir introduit 74 faux noms dans la liste des admis au test de sélection de 1 000 instituteurs de l’enseignement maternel et primaire. Grâce aux fins limiers de la police, elles ont été interpellées et placées en garde à vue au commissariat central n°1 de Yaoundé. A Ngaoundéré, c’est un pasteur qui a assigné en justice un démarcheur qui lui a fait casquer la somme de sept millions pour l’admission de sa progéniture à l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature (Enam). L’homme de Dieu dit avoir vendu tous ses biens immobiliers pour remplir les conditions financières exigées par cet intermédiaire pour l'entrée à l'Enam de sa fille. Seulement, cinq ans après, sa fille n'a pas réussi à intégrer la prestigieuse école. 
A chaque saison de concours, le Minesup, le Mindef, le Minfopra, et le DGSN, à coup de communiqués, mettent régulièrement en garde les vendeurs d’illusions et appellent à la vigilance des candidats et des familles…Mais rien ne semble freiner l’ardeur des arnaqueurs et de leurs victimes. Dans la conscience collective de l'opinion publique, le mérite seul ne suffit plus pour réussir. Certaines familles se trouvent sur la paille, après avoir été délestées de fortes sommes d’argent. Cependant, peu de victimes osent porter cependant plainte, par honte ou par peur de se faire appliquer la loi pénale sur la corruption. Ainsi, bien que régulièrement combattus par l’administration, les pratiques de corruption, d’arnaque et de trafic d’influence aux concours et recrutements à la Fonction publique et dans les grandes écoles ne faiblissent pas.  Bien au contraire, ces phénomènes se montrent bien résilients et les acteurs de ces déviances redoublent d’ingéniosité pour affiner davantage et muter sans cesse leur modus operandi. Même la sanction la plus extrême, la révocation, ne semble pas dissuader les arnaqueurs. Dans l’édition spéciale du « Temps des Opportunités » du mois d’août 2022, le président de la République a, à travers deux arrêtés, révoqué un gardien de la paix principal et infligé un abaissement de grade à un inspecteur de police de deuxième grade pour, respectivement, « extorsion de fonds à un tiers en vue de faciliter l’admission de son cousin au concours de la police » et « extorsion de fonds à un usager en vue de faciliter son admission au concours de l’Enam ».
Les arnaqueurs ont investi toute la chaîne administrative partant de l’accès aux grandes écoles en passant par les concours administratifs jusqu’au circuit des affectations en passant par les prises en solde des nouveaux agents publics, les avancements et les nominations. Des individus se recrutant aussi bien dans l’administration qu’en dehors, promettent, contre des espèces sonnantes et trébuchantes, l’accès dans les grandes écoles ou dans la fonction publique aux jeunes Camerounais en quête d’emploi. Leurs victimes se comptent par milliers. Ces pratiques sont devenues tellement addictives que ni leurs acteurs encore moins leurs vict...

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