Projets et délit d’initié : la gangrène

Le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières a signé le 10 juillet dernier un arrêté portant annulation de 127 titres fonciers délivrés à des individus sur le site abritant le projet d’exploitation du gisement de fer de Lobé. A la suite du rapport d’enquête du délégué départemental du Mindcaf de l’Océan, Henri Eyebe Ayissi a procédé au « constat de nullité des titres fonciers irrégulièrement établis dans la zone impactée par le projet d’exploitation industrielle du fer de Lobé dans les arrondissements de Kribi 1er et Campo, département de l’Océan, région du Sud ». A travers cette forte décision, le ministre a évité au Trésor public une scandaleuse saignée financière liée au processus d’indemnisation des victimes des expropriations consécutives à la déclaration d’utilité publique de cette zone retenue pour l’implantation de ce grand projet minier. À l’annonce du démarrage effectif de ce projet, des personnes animées par l’appât du gain, se sont ruées sur le site pour acquérir des parcelles et se faire établir des titres fonciers de manière irrégulière. Avec pour finalité de pouvoir bénéficier des indemnisations afférentes à ce projet minier. 
Ainsi malgré la main lourde de la justice pour la répression des délits d’initié, la prédation foncière qui précède la réalisation des projets de développement ne faiblit pas. Certaines personnes acquièrent des terres sur les sites de grands chantiers dans le but de capter les sommes prévues pour les indemnisations. Cette pratique est devenue le sport favori de certains hauts placés. A l’annonce d’un projet, ils se lancent dans l’achat compulsif de terres. Dans cette course effrénée, ils usent de leurs positions administrative ou sociale pour préempter de vastes domaines et ce au franc symbolique. Le mode opératoire est bien connu. Profitant de leur position ils disposent d’informations de première main sur les futurs projets gouvernementaux. Ils connaissent bien avant tout le monde le tracé de la prochaine autoroute, les sites du prochain port ou du futur aéroport, etc. C’est fort de ces informations puisées à bonne source qu’ils accaparent sans vergogne des terrains. Pour sécuriser leurs propriétés ainsi acquises dans des procédures expéditives, ils y plantent quelques pieds de cacaoyer ou de palmier, ou y construisent quelques baraques. Le but ultime étant d’émarger le moment venu sur le colossal budget d’indemnisation des populations expropriées sur le site du projet. 
L’on se souvient que l’annonce initiale du projet de construction du Port en Eau profonde de Kribi à Grand Batanga avait donné lieu à une ruée des acquéreurs de terrains sur le site. Mis au parfum de ces velléités prédatrices, le gouvernement a déplacé le site à Mboro. La commission d’identification et de recensement des personnes expropriées, dont plusieurs membres se retrouveront en prison pour avoir falsifié la liste des bénéficiaires, avait présenté au gouvernement une costaude enveloppe pour d’indemnisation. Après des dénonciations qui avaient donné lieu à l’ouverture d’une enquête, le gouvernement avait finalement pu économiser presque la moitié de cette somme après le toilettage de la liste.  Dans son rapport sur l’état de la corruption au Cameroun en 2011, la Commission nationale anti-corruption (Conac) a dénoncé ces graves délits d’initié.
 « L'occasion faisant le larron, nombre de Camerounais venant de tous les horizons et d'étrangers, de peu de scrupules, pourvus d'un flair affairiste, et sans doute informés à travers des réseaux mafieux, se sont rués dès 2008 sur la zone destinée à être expropriée. (…) Il n'est point besoin d'établir que le projet de construction du Port en eau profonde de Kribi a suscité des vocations criminelles ayant allègrement conduit à un complot financier contre l'Etat du Cameroun. (…) Jamais avant 2009, la zone en cause n'a connu une telle effervescence de demandes et d'obtention, coûte que coûte, d'un nombre ahurissant de titres fonciers », peut-on lire dans ce document.
Sur le terrain, les populations expropriées se retrouvent au moment des paiements en compagnie de personnes étrangères à leurs contrées. Ces manœuvres frauduleuses ont par exemple prévalu lors des étapes préparatoires au démarrage du projet autoroutier Yaoundé-Douala. Les malversations constatées lors du paiement des indemnisations aux populations riveraines du projet ont conduit à la prison centrale de Kodengui une douzaine de personnes dont le maire, le sous-préfet de Lobo à l’époque des faits et certains chefs traditionnel...

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