Tragédie des migrants : non à l’indifférence !

Le 12 août dernier, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) de l’ONU a recensé « au moins 2 060 morts », hommes, femmes et enfants, dans divers naufrages depuis le début de l’année 2023, rien que pour la Méditerranée. Quasi quotidiennement, la presse relaye les tentatives mortelles de traversée. Le bilan de l’OIM, bien que sous-évalué, reste pourtant vertigineux : au cours des neuf dernières années, 27 364 personnes ont payé de leur vie leur tentative tragique de passage vers l’Europe. Après un pic en 2016, avec plus de 5 000 morts, le nombre de migrants décédés ou portés disparus en mer Méditerranée s’est stabilisé autour de 2 000 à partir de 2018, avant de connaître une baisse en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19. Mais, après seulement sept mois, le bilan de 2023 est déjà plus lourd que ceux des quatre années précédentes. 
Dans près de deux tiers des cas, l’OIM dit ne pas être en mesure de retracer la région d’origine des personnes mortes ou portées disparues en mer. L’Organisation affirme néanmoins que la plus grande partie des victimes provient d’Afrique subsaharienne. Plus de 6 000 migrants morts ou portés disparus en mer Méditerranée sont ainsi originaires de cette partie du monde. Les migrants de ces contrées sont, depuis plusieurs semaines, les cibles des violences (délogements, violences physiques, expulsions et abandons dans le désert…). Des images choquantes illustrant des cas de maltraitance font le tour des chaînes de télévision : de jeunes hommes sales à la peau noire, vêtus de guenilles, manifestement à bout de souffle en plein désert, font l’effort de se mettre à genoux pour quémander une boisson. Puis, des hommes en uniforme les approchent, bouteille d’eau à la main, et versent le précieux liquide dans la bouche des infortunés. À côté de ceux-ci, une autre scène insoutenable se déroule. On voit en effet d’autres personnes déjà couchées sur un côté, presqu’à l’agonie. Une bouteille d’eau leur est portée à la bouche sans que l’on ne sache s’ils ont encore vraiment la force d’avaler son contenu.        
Comment en est-on arrivé à ces extrémités ? Les dépêches d’agences de presse rapportent que « des gardes-frontières libyens ont récemment secouru des dizaines de migrants subsahariens déposés, selon eux, par les autorités tunisiennes dans une zone désertique à la frontière entre les deux pays, et laissés sans eau, nourriture ou abris ». D’après les mêmes sources, des journalistes « ont pu photographier et filmer plusieurs groupes de jeunes hommes et quelques femmes, visiblement épuisés et assoiffés, assis ou couchés sur le sable, tentant de s’abriter sous des arbustes décharnés par des températures dépassant les 40 degrés ». Doit-on rester indifférent et insensible quand des êtres humains sont ainsi déportés dans le désert ? Non. Mille fois non ! D’aucuns pourraient croire que s’indigner dans ces circonstances, c’est défendre en quelque sorte l’immigration clandestine. Loin de nous cette idée. D’ailleurs, peu importe l’idéologie que l’on défend au regard de ce drame qui semble plutôt prendre de l’ampleur alors même que des batteries de mesures toujours plus draconiennes sont déployées pour barricader l’Europe. 
Emu par la tragédie, le pape François a parlé de « plaie ouverte pour l’humanité » aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre au Vatican, le 12 août dernier. Avant, dans une Tribune mise en ligne par « Le Monde » le 25 juillet 2023, les anthropologues Michel Agier, Filippo Furri et Carolina Kobelinsky soulignent avec force que l’écart entre l’émotion provoquée par la disparition, en juin dernier, des cinq occupants du petit submersible « Titan » dans l’Océan atlantique Nord au large de Terre-Neuve (Canada) et l’indifférence à l’égard des centaines de migrants ayant subi le même sort, huit jours plus tôt en Méditerranée, doit nous interpeller. Raison pour laquelle les signataires du texte dénoncent une empathie à géométrie variable : « Jusqu’à la difficile acceptation, le 22 juin 2023, de la mort des cinq touristes embarqués dans le submersible Titan pour voir de près l’épave du Titanic, les médias du monde entier ont suivi heure par heure les rebondissements de cette tentative de sauvetage dans laquelle plusieurs États s’étaient impliqués. L’émotion suscitée par cet accident a mis crûment en évidence, par contraste, le calme plat des États et de la plupart des médias européens face à un autre drame maritime, le naufrage, une semaine plus tôt, le 14 juin, d’un chalutier parti de Libye avec environ 750 passagers originaires pour la plupart du Pakistan, de S...

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