Tensions de trésorerie de l’Etat et blocage du financement des infrastructures au Cameroun: Pourquoi les remèdes du FMI et de la Banque mondiale n'améliorent pas les perspectives ? Comment y remédier ?

Les tensions de trésorerie de l’Etat dont parlent certains, bien que personnellement je crois en la capacité du Ministre des Finance de les juguler, combinées aux difficultés de financement des infrastructures publiques sont les produits d’un mélange de contraintes structurelles et de chocs conjoncturels. Les raisons principales de ces malaises économiques Ils sont de cinq ordres : 1. Des recettes fiscales trop faibles par rapport aux dépenses du fait d’un taux de pression fiscale d’environ 12% du PIB contre 20-25% dans les pays émergents comparables, d'une assiette étroite, l’économie informelle représentant près de 70% de l’activité économique, 2. D'une proportion élevée de dépenses incompressibles : masse salariale, dette, subventions aux carburants et à l’électricité telles qu'en 2023-2024, les subventions ayant explosé à cause de la hausse du prix du pétrole, le résultat a été un budget en déficit où l’État paie les salaires et le service de la dette, mais n’a plus de marge pour financer les investissements, des accès limités et chers aux financements, un marché Cemac étroit et illiquide où les émissions du Cameroun sont souvent souscrites à 80-90% par les banques locales et quand les banques sont pleines de papier, l’État ne lève plus de capitaux, un marché international où l’Eurobond 2021 à 5,95% a fermé la fenêtre, la hausse des taux mondiaux en 2022- 2023 où lever les devises coûte 9-11%, un niveau trop élevé pour des projets d’infrastructures à rentabilité longue, des conditionnalités du FMI où les programmes FEC/FRD signés en 2021 limite le déficit et interdit l’accumulation d’arriérés, ce qui oblige l’État à couper dans les investissements pour rester dans les limites d' endettement autorisées. 3. Des problèmes de gestion des projets d’infrastructures dont des retards et surcoûts, beaucoup de projets lancés sans étude de faisabilité solide. Ex : routes, stades, barrages, toutes choses qui bloquent les décaissements des bailleurs, les arriérés intérieurs parce que l’État ayant accumulé des dettes envers les entreprises BTP, beaucoup d'entreprises refusent de redémarrer les chantiers tant qu’elles ne sont pas payées, la faible exécution budgétaire avec en 2023, le taux d’exécution des dépenses d’investissement de 55-60%, l’argent étant budgétisé mais ne sortant pas à cause des procédures. 4. Des chocs externes dont les hausses des prix du pétrole et du blé qui ont obligé l’État à subventionner pour éviter l’inflation avec pour conséquence une saignée budgétaire d'environ 400-500 milliards F/an, les restrictions monétaires de la Beac car pour défendre le franc CFA, la Beac a remonté son taux directeur à 5% fin 2023 occasionnant un crédit est plus cher, y compris pour l’État, la baisse de l’aide extérieure, certains bailleurs ayant ralenti les décaissements en attendant des réformes. 5. Un cercle vicieux L'insuffisance de recettes contraint l’État à retarder les paiements aux entreprises, les entreprises BTP n’ont plus de trésorerie et sont contraintes d' arrêter les chantiers, les projets s’arrêtent avec pour conséquence un ralentissement de croissance et une chute des recettes fiscales, l’État va voir le FMI pour un décaissement qui pose comme condition de réduire encore les dépenses, l'impossibilité du recours à la création monétaire, la Beac ne pouvant pas financer le déficit et quand l’État est à sec, il n’y a pas de « QE » pour débloquer la situation. Le « QE » ou « Quantitative Easing' » est un assouplissement quantitatif par lequel une banque centrale crée de la monnaie électronique pour acheter massivement des obligations sur le marché. Ce mécanisme sert entre autres à injecter des liquidités dans un système en crise et à éviter la déflation. Cette solution n’étant pas possible, la seule option qui reste est celle des réformes fiscales, une meilleure exécution budgétaire et d'attirer le privé via des PPP. En résumé : Les te tensions actuelles résultent de la faiblesse des recettes, la cherté de la dette, la mauvaise exécution des projets, les subventions qui mangent le budget et les règles Beac/FMI qui interdisent le recours à la planche à billets. Remèdes prescrits par le FMI A travers les revues et des programmes intérimaires, le FMI pousse le Cameroun à mettre en oeuvre des politiques d’austérité à savoir : 1. Côté recettes, l'objectif étant de passer de 12 à 15% de pression fiscale en 2027 et collecter 500 Mds F en sus, élargir l’assiette fiscale sans étouffer l’économie en réduisant les exonérations car le Cameroun perd 2-3% du PIB par an en niches fiscales. La cible est représentée par les secteurs qui n’en ont plus besoin ; en numérisant la collecte des impôts et taxe par l’extension de la facturation électronique et le paiement digital pour capter l’informel, en taxant mieux les biens de luxe et l’immobilier urbain à travers l’impôt foncier qui est quasi inexistant à Yaoundé/Douala. 2. Côté dépenses, couper les subventions dont notamment les subventions carburants/ électricité : elles coûtent 400-500 milliards F/an. Le FMI propose un ciblage : aide directe aux ménages vulnérables via transfert mobile, au lieu de subventionner tout le monde, y compris les gros consommateurs ; stabiliser la masse salariale en gelant les recrutements non prioritaires, en digitalisant la paie pour éliminer les « agents fictifs ». L’argent dégagé irait au service de la dette et aux investissements prioritaires. Il s’agit de débloquer les projets d’infrastructures et encourager les PPP. Il insiste sur l’apurement des arriérés de la dette intérieure, le paiement des entreprises BTP en priorité pour relancer les chantiers. Un plan d’apurement sur 3 ans est en discussion ; la sélection stricte des projets : plus de lancement sans étude de faisabilité, analyse coût-bénéfice, et plan de financement bouclé ; les PPP et les financements mixtes en utilisant la BDEAC et des fonds de garantie pour attirer le privé. L’État ne finance que 20- 30%, le reste vient du privé ; le renforcement de la BVMAC par la standardisation des émissions obligataires régionales pour que les investisseurs institutionnels de la zone Cemac placent leur épargne. Il s'agit aussi de rationaliser la gestion de la dette et accès au financement. Cela se traduit par la restructuration de la dette domestique par l’allongement des maturités des bons du Trésor pour réduire la pression de trésorerie mensuelle ; la diversification des sources de financement en privilégiant les prêts concessionnels FMI, Banque mondiale, AFD, BEI à 1-2% sur 20-30 ans, plutôt que les Eurobonds à 10% ; la transparence de la dette des entreprises publiques, Sonara, Socadel, Camtel. Limites de l’efficacité des mesures préconisées par le FMI Au-delà des satisfécits officiels, les mesures préconisées par le FMI et la Banque mondiale, si elles sont techniquement solides, présentent une limite macro-économique essentielle : elles n’adressent que le problème de trésorerie et dont de bas du bilan. Et même dans leur domaine de prédilection, elles ont une efficacité relative et se heurtent à cinq limites matérielles : 1. Le politique prend le dessus sur l’économique. Le problème : couper les subventions carburantes et élargir l’assiette fiscale touche directement le pouvoir d’achat et les réseaux clientélistes. Conséquence : les réformes sont adoptées sur le papier, mais appliquées à moitié. Exemple : la suppression des subventions carburants a été envisagée plusieurs fois, puis retardée à cause du risque social. Sans volonté politique soutenue, les réformes restent "on paper". Le FMI peut suspendre les décaissements, mais il ne peut pas gouverner le pays. 2. Capacité administrative limitée Le problème : l’administration fiscale et douanière manque de moyens, de données et de personnel pour élargir l’assiette. La numérisation avance, mais 90% des PME ne tiennent pas de comptabilité. Conséquence : même avec une loi qui élargit la TVA, si on ne peut contrôler 500 000 entreprises informelles, on ne collecte pas plus. Le FMI propose des solutions qui marchent au Rwanda ou au Maroc, mais qui demandent une administration plus étoffée que celle du Cameroun aujourd’hui. 3. Le secteur privé affiche un retard de vélocité Le problème : les PPP et le financement mixte supposent un secteur privé prêt à co-investir. Au Cameroun, le risque politique, juridique et de change est perçu comme élevé. Conséquence : les investisseurs attendent la garantie souveraine à 100%. Résultat : l’État reste seul à financer, donc le blocage persiste. Ireme Invest marche au Rwanda car la BRD a un track record et que l’environnement des affaires est plus stable. Au Cameroun, la confiance est plus basse. 4. Contrainte extérieure de la zone CFA Le problème : les réformes du FMI améliorent le déficit budgétaire, mais elles ne résolvent pas la dépendance aux importations et la faiblesse des réserves de change de la Beac. Conséquence : même si l’État équilibre son budget, un choc pétrole ou un retrait des capitaux peut replonger le pays en crise de trésorerie. La politique budgétaire est bridée par la politique de change. On peut assainir les finances publiques, mais si la Beac doit défendre le franc CFA, elle va serrer le crédit et casser la reprise. 5. Effet social et délais longs Le problème : réduire les subventions et couper les dépenses fait mal à court terme. La croissance des recettes fiscales et l’attraction du privé prennent 3-5 ans. Conséquence : il y a un "valley of death" entre le moment où on coupe les dépenses et celui où on voit les bénéfices. Politiquement, c’est difficile à tenir. Socialement, ça alimente la défiance envers l’&Eacut...

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