Enfants et sucreries : bombe à retardement
- Par Elise ZIEMINE NGOUMOU
- 10 Jun 2026 09:45
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Certains pensent bien faire en offrant régulièrement à leurs enfants bonbons, biscuits, jus et autres sucreries. Au Cameroun comme partout ailleurs, c’est l’astuce à la mode. Surtout pour les parents pas très présents. Lorsque le moment de rentrer à la maison arrive, ils passent par le magasin le plus proche et ramènent des paquets de friandises. Même lorsque les précédents ne sont pas terminés. C’est une manière de montrer de l’estime à son fils ou à sa fille, sauf qu’avec le temps, l’excès de sucre n’est pas sans conséquences dans le petit corps de l’enfant, qui ne demande qu’à grandir et à grossir au bon rythme. Les professionnels de la santé sont d’ailleurs très clairs làdessus : avant deux ans, les enfants ne devraient consommer aucun sucre ajouté. Au-delà, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande de ne pas dépasser l'équivalent de cinq à six cuillères à café par jour. Pourtant, dans les faits, les rayons de biscuits ne désemplissent pas. Ils sont toujours bien fournis. Les petites boutiques du quartier ont aussi compris qu’il ne faut surtout pas manquer de biscuits ou de chocolat. Les enfants sont leurs plus gros clients. La raison, c’est que pour beaucoup de familles, le paquet de bonbons est devenu le couteau suisse de l'éducation. Qui n'a jamais promis un dessert sucré en échange d'une chambre rangée, ou cédé pour un paquet de gâteaux afin d'éviter une crise de larmes au supermarché ? La sucrerie agit comme un bouton pause immédiat selon les psychologues de l'enfance. Face à l’épuisement parental ou à la pression du regard des autres en public, le sucre offre un répit instantané. C'est aussi une « monnaie d'échange »facile pour obtenir l'obéissance à court terme. Au-delà de la gestion des crises, offrir une douceur est souvent un acte d'amour inconscient. Le parent y trouve une gratification affective immédiate. De plus, notre culture a sacralisé le sucre. Des anniversaires aux baptêmes, en passant par les fêtes de fin d'année, le sucré ne manque pas. Ne pas en donner est parfois vécu par les parents comme une forme d'exclusion ou une rigidité excessive qui priverait l'enfant des plaisirs de l'enfance. Beaucoup de parents reproduisent d'ailleurs le schéma de leur propre jeunesse, où le biscuit était « l'aliment doudou » par excellence après un chagrin ou une blessure. Pourtant c’est un véritable piège pour la santé future. Si le plaisir est immédiat, la facture sanitaire se paie, elle, sur le long terme. Les dentistes rappellent que les caries apparaissent dès les premières dents de lait. Plus grave encore, l'introduction précoce du sucre fausse le palais de l'enfant. Habitué à cette saveur très stimulante, il aura tendance à rejeter les goûts plus subtils, comme les légumes, installant des habitudes néfastes pour l'avenir. À long terme, cette surcharge fatigue le pancréas et le foie, ouvrant la voie au diabète de type 2, à l'obésité infantile et aux maladies cardiovasculaires dès l'adolescence ou l'âge adulte. Il est donc temps de rompre ce cercle vicieux. Pour les spécialistes, l'objectif n'est pas de diaboliser totalement le sucre, ce qui pourrait pousser l'enfant à se ruer dessus en cachette. Mais d’enlever sa charge émotionnelle. La nourriture ne devrait jamais servir de récompense, de punition ou de consolation. Remplacer le bonbon par une attention non alimentaire – une histoire lue, un autocollant, un moment de jeu partagé – permet de célébrer ou de consoler, sans hypothéquer le capital santé des tout-petits. D’ailleurs, doit-on vraiment se retrouver avec un enfant obèse ou souffrant de diabète de type 2 à cause des bonbons, biscuits et consorts ? La réponse ne saurait être positive. Ce qui est sûr est que chaque parent aime son enfant. Il ne lui veut que du bien. On peut comprendre que certains géniteurs ignorent les conséquences de leurs actes. Mais il n’est jamais trop tard pour changer. Pour corriger ce qui a été fait. Et même ce qui est en train d’être fait, avant qu’il ne soit tard. Ce n’est pas parce que l’enfant est en pleine forme aujourd’hui, a un poids imposant que tout va pour le mieux. Faux ! Ce sucre accumulé au quotidien est une véritable bombe à retardement. Lorsqu’elle va exploser ce n’est pas seulement l’enfant qui en souffrira. Les parents paieront cher la note. Après plusieurs années d'évolution, le diabète entraîne des complications graves. Le patient perd la sensi...
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