Par Alain Michel ANTIBÉ*
Par-delà les cérémonies, la célébration de la 32e Journée Africaine de la Fonction Publique et de l’Administration réhabilite le mérite dans l’administration camerounaise et ouvre la voie à une transformation silencieuse mais profonde de la culture administrative. Tout compte fait, il fallait le faire. À première vue, il ne s’agissait que d’une cérémonie de plus inscrite au calendrier administratif. Une cérémonie solennelle de remise de récompenses à quelques agents publics méritants, organisée à l’occasion de la célébration de la 32e Journée africaine de la Fonction publique et de l’Administration. Mais à y regarder de plus près, l’événement du 23 juin 2026 pourrait bien constituer un moment charnière dans l’histoire récente du management public au Cameroun. Car derrière les témoignages officiels de satisfaction, les mentions honorables se dessine une ambition beaucoup plus profonde : replacer le mérite au coeur de la gestion des ressources humaines de l’État et faire de la reconnaissance un véritable instrument de gouvernance. Pendant longtemps, notre administration a davantage été perçue comme le lieu de la sanction que comme celui de l’encouragement. Une administration où les insuffisances sont rapidement relevées, où les fautes donnent lieu à des procédures disciplinaires, mais où les performances remarquables, le professionnalisme, l’innovation, le dévouement et la loyauté au service de l’État sont rarement célébrés avec la même visibilité. Le Secrétaire Général du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (MINFOPRA), Anatole Maina, l’a résumé avec une lucidité désarmante dans son exposé consacré aux récompenses administratives : « On est comme par enchantement plus prompt à sanctionner qu’à féliciter. » À elle seule, cette phrase justifie l’opportunité de l’initiative portée cette année par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Monsieur Joseph LÉ. Car si la sanction demeure indispensable au bon fonctionnement de toute organisation, elle ne saurait constituer l’unique langage du management public. Une administration performante est aussi une administration capable de reconnaître les femmes et les hommes qui servent l’État avec compétence, intégrité et dévouement. C’est précisément ce que rappelle le statut général de la Fonction publique depuis plus de trois décennies. Encore fallait-il remettre ces dispositions au coeur des pratiques administratives. C’est ce qui confère à cette célébration une portée qui dépasse largement le cadre protocolaire: – elle marque le retour du mérite comme valeur institutionnelle ; – elle réhabilite la reconnaissance comme outil de management ; – elle engage, silencieusement mais résolument, une transformation de la culture administrative. Réhabiliter le mérite : le retour des récompenses administratives au coeur de la gestion des ressources humaines de l’Etat L’un des plus grands mérites de cette célébration est sans doute d’avoir permis à de nombreux agents publics de découvrir, ou de redécouvrir, un pan méconnu du statut général de la Fonction publique. En effet, les articles 111 à 115 du Statut Général prévoient un véritable dispositif de récompenses administratives destiné à récompenser les fonctionnaires qui « se distinguent particulièrement par leur dévouement à la cause publique et par leur contribution exceptionnelle à l’accroissement du rendement et de l’efficacité du service». L’exposé présenté par le Secrétaire général du MINFOPRA aura eu le mérite de remettre en lumière cette architecture juridique, longtemps restée dans l’ombre. Cette architecture repose sur une progression cohérente. Elle commence par les récompenses destinées à encourager l’effort : – la Lettre d’encouragement s’adresse à l’agent dont les premiers résultats sont prometteurs. Elle constitue une invitation à persévérer et un message de confiance de la hiérarchie ; – la Lettre de félicitations, quant à elle, vient consacrer un rendement constant et une qualité de service durablement reconnue. Ces deux récompenses sont attribuées par le Préfet, le Gouverneur ou le Ministre utilisateur, sur proposition du supérieur hiérarchique direct. Le deuxième niveau est celui de la reconnaissance institutionnelle : – le Témoignage officiel de satisfaction traduit la volonté de l’administration d’officialiser son appréciation du travail accompli ; – la Mention honorable, plus prestigieuse encore, récompense un engagement exceptionnel et ouvre droit à un avancement d’échelon. Ces deux distinctions relèvent de la compétence du Ministre chargé de la Fonction Publique, après proposition motivée du supérieur hiérarchique et avis du Ministre utilisateur. Enfin, viennent les distinctions de consécration : – le Diplôme d’excellence, attribué par arrêté du Premier ministre, chef du gouvernement, récompense une carrière ou une contribution particulièrement remarquable et ouvre droit à l’avancement de deux échelons ; – au sommet de cette pyramide figure l’Honorariat, distinction suprême décernée par décret du Président de la République aux fonctionnaires admis à faire valoir leurs droits à la retraite après un parcours exemplaire. Ainsi présentées, ces récompenses apparaissent comme un véritable parcours de reconnaissance professionnelle. Elles démontrent que le législateur camerounais n’a jamais conçu la gestion des ressources humaines de l’État sous le seul prisme de la sanction. Bien au contraire, il avait déjà prévu une politique de valorisation du mérite qui, faute d’avoir été suffisamment connue et utilisée, est longtemps demeurée en sommeil. En remettant ces distinctions au premier plan, le ministre Joseph LÉ n’a donc pas créé un nouveau dispositif, il a redonné vie à un instrument juridique existant. Mieux encore, il lui a redonné sa vocation première : faire comprendre aux agents publics que l’excellence professionnelle n’est pas seulement une exigence ; elle peut aussi être reconnue, célébrée et honorée par la République. Faire du mérite un moteur de la performance publique Toute initiative ambitieuse suscite naturellement des réactions. La célébration de cette 32e Journée africaine de la Fonction publique et de l’Administration n’a pas échappé à cette règle. Des observations ont été formulées. Des critiques également. Certains ont notamment regretté la faible représentativité de quelques administrations parmi les récipiendaires ou se sont interrogés sur les critères ayant présidé à la sélection des agents distingués. Ces préoccupations sont compréhensibles. Dès lors que la reconnaissance publique est en jeu, chacun souhaite que celle-ci soit perçue comme juste, équitable et représentative. Le MINFOPRA a d’ailleurs apporté des réponses précises à ces interrogations, en rappelant que les propositions de récompenses relèvent d’abord des administrations utilisatrices, à travers ...
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