Ensemble… chacun pour soi

Famille. Ce mot sonnait autrefois comme une assurance tous risques. Aujourd’hui c’est une sorte de Sarl « Société à responsabilité limitée. Sans associés ». Chacun gère son compte, et le service client ne ré­ pond plus. Autrefois on se serrait la ceinture. Maintenant on se débat pour ne pas donner. On a troqué le « viens manger à la maison » contre le « envoie-moi le menu par WhatsApp ». On a rem­ placé la marmite commune par des réfrigérateurs individuels avec clé. La solidarité est en réanimation. Et les médecins sont absents. Au diagnostic, on trouve trois patho­ logies qui tuent plus vite que le palu : l’ingratitude, la jalousie et le syndrome de la sorcellerie. Un cou­ sin ouvre une boutique ? « Il a vendu son âme ». Une sœur dé­ croche un bon poste ? « Elle a cou­ ché avec… ». Un oncle aide à payer l’école ? Deux ans après, on l’accuse d’avoir monté une opération de sé­ duction pour « voler les étoiles » des bénéficiaires de ses aides. Ré­ sultat : on préfère prendre un crédit à 20% chez le voisin plutôt que de demander 10 000 F à son propre frère. Oui, dans de nombreuses fa­ milles, le succès est devenu cou­ pable. La conjoncture est difficile. Le pa­ nier de la ménagère a fait régime sec. L’essence coûte cher. Mais la pauvreté explique-t-elle qu’on laisse sa propre mère compter ses com­ primés toute seule ? Justifie-t-elle qu’on fasse « vu » sur le message « enfant malade, besoin d’aide » ...

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