Défi des partis politiques : l’engagement militant à l’épreuve des ambitions personnelles

La perversion de l’engagement militant et la montée des indisciplines dans les partis politiques.

A u Cameroun, les Partis poli­ tiques fourbissent déjà leurs armes pour affronter le double scrutin législatives et munici­ pales annoncé au mois de février 2027. A la faveur du « séminaire stratégique d’intensification de la préparation aux élections législatives et municipales », tenu le 22 juillet 2026 par le Secrétaire Général du Comité central, et dont le leit­ motiv était « l’impérative large victoire aux élections législatives et municipales », le RDPC occupe littéralement le terrain depuis lors dans une atmosphère de pré- campagne électorale. Quant à l’opposi­ tion, elle est plus discrète, comptant cer­ tainement capitaliser, le moment venu, sur ce qu’elle a perçu lors de la dernière présidentielle comme des frustrations des populations. Oubliant toutefois qu’en démocratie, les élections se suivent mais ne se ressemblent pas. Alors qu’on s’avance vers ce rendez-vous présenté par certains comme l’ultime ba­ taille d’un combat politique engagé au début des années 1990 entre le pouvoir du Président Paul Biya et les oppositions classiques ou asymétriques, les forma­ tions politiques doivent résoudre l’épi­ neux problème de la montée des indisci­ plines, portée par les ambitions personnelles des uns et des autres. Cette défiance militante, qui n’épargne aucune formation politique, se manifeste par des crises internes, des frondes et le non res­ pect des lignes hiérarchiques. Dans ses manifestations, elle met en péril l’enga­ gement militant, engendre des scissions lors des investitures électorales, pousse les directions à multiplier les sanctions disciplinaires et compromet en fin de compte l’avenir des partis politiques. Au RDPC, cela prend la forme de la dénon­ ciation active par certains militants de la méthode dite du « pli fermé », présentée comme « une consigne ou le choix dicté par la hiérarchie du parti concernant la désignation des candidats à des postes électifs ou institutionnels ». Dans l’op­ position, notamment au MRC, la confron­ tation, parfois très violente, s’est muée en combat judiciaire au centre duquel on retrouve les exclus Willy Mengue et Paul Eric Okala Ebode qui ont assigné Maurice Kamto et Mamadou Mota en justice. C’est dire si la normalisation est une préoccu­ pation à la limite vitale pour les forma­ tions politiques. Il y a toujours une décision à prendre pour s’engager en politique. Elle peut être spontanée ou longuement mûrie. Quelle qu’en soit la forme qu’elle prend, elle doit pouvoir prendre en compte les deux élé­ ments clés que sont : les ressorts cachés de l’engagement militant et les tensions entre le « je » et le « nous ». Les princi­ paux ressorts de l’engagement sont : les rétributions symboliques ; le tremplin pro­ fessionnel et la construction de soi. Les rétributions compensent les efforts, le temps ou l’argent investi dans le militan­ tisme. Par tremplin professionnel, on en­ tend un levier d’insertion et de promotion professionnelle. La construction de soi désigne la manière dont une personne façonne son identité, développe sa per­ sonnalité et trouve sa place dans la so­ ciété grâce à ses expériences, ses choix et ses relations. L’engagement militant crée une tension constante entre le « je » (les désirs d’émancipation ou limites de l’individu) et le « nous » (la discipline, l’idéologie et la solidarité du groupe). Cette dynamique oscille entre l’épanouissement personnel et l’effacement de soi au profit du collec­ tif. Finalement, les tensions entre le « je » et le « nous » résident dans : la suspi­ cion d’opportunisme qui frappe les nou­ veaux engagés et tente de les tenir en dehors du groupe ; l’usure et la désillusion qui s’installe lorsque les rétributions es­ comptées (obtenir un mandat, une recon­ naissance ou une promotion) ne se réali­ sent pas. La frustration personnelle entraine alors un désengagement brutal ou un cynisme militant qui amène cer­ tains à voter contre leur propre parti. La présente analyse souhaite donc pro­ poser une intégration optimale des am­ bitions personnelles dans l’investisse­ ment au sein des partis politiques et pouvoir ainsi contribuer à la pacification des relations entre les partis politiques et leurs militants. Et pour conclure, nous allons explorer une possibilité de parve­ nir à une éthique de l’engagement mili­ tant. Pour une éthique de l’engagement militant Le problème de l’engagement militant se pose aujourd’hui avec acuité dans notre contexte camerounais parce que plu­ sieurs opérateurs économiques ont in­ vesti la sphère politique avec réalisme. Dans leur milieu d’origine qui est celui des affaires, ils sont habitués au concept de retour sur investissement qui veut tout simplement dire que les fonds inves­ tis en politique doivent aider à l’atteinte des objectifs personnels. Cela passe par l’obtention des marchés publics ou en­ core les rabattements obtenus sur les im­ pôts et les droits de douane et plusieurs autres privilèges. D’après Damien Le Guay, « l’engagement militant est un système à double détente : d’une part, un sens de fidélité, une cau­ tion morale et d’autre part, un acte d’en­ gagement par lequel je donne et me donne ». Pour lui, l’éthique de l’engage­ ment militant intègre la pleine responsa­ bilité et une quête de souveraineté, d’épanouissement et d’autonomie. Elle invite à « se mettre en gage dans une al­ liance à une cause ». Au bout de l’éthique de l’engagement militant, les partis poli­ tiques doivent pouvoir réussir l’intégra­ tion des ambitions personnelles de leurs militants. Ceci, entre compromis et rup­ ture. Cela passe par : la professionnalisa­ tion qui fera que l’engagement se trans­ forme en métier ; la légitimation de la réussite qui fera que réussir grâce à son militantisme n’est pas toujours suspect et condamné mais doit être perçu comme une juste récompense d’un travail de ter­ rain et d’une compétence reconnue ; l’éthique de la responsabilité qui va ré­ soudre l’épreuve qui réside dans la capa­ cité à subordonner ses ambitions person­ nelles au service de la cause plutôt qu’à subordonner la cause à ses propres am­ bitions. Le RDPC, un cas d’école Au Cameroun, le RDPC est de loin le parti qui excelle dans l’organisation structu­ relle et qui innove dans la recherche des méthodologies devant lui permettre de parvenir à une éthique de l’engagement militant et garantir les victoires ...

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